Créée fin 2023, TheraSonic conduit sa deuxième levée de fonds avec un objectif de 2 millions d’euros. À la mi-juillet, environ 1,5 million avait déjà été réuni. Ouverte au grand public, la campagne de financement participatif en capital doit être complétée par des aides publiques et des contributions d’associations de patients.
L’entreprise espère ainsi disposer d’une enveloppe globale proche de 4 millions d’euros pour financer ses premiers essais cliniques, poursuivre le développement du dispositif et préparer une version commercialisable. "Les étapes cliniques en Europe et aux États-Unis ne pourront pas être financées avec quatre millions d’euros. Il y aura nécessairement d’autres levées de fonds", prévient toutefois Benoît Larrat, cofondateur et dirigeant de TheraSonic.
Ouvrir temporairement l’accès au cerveau
La technologie vise à franchir la barrière hémato-encéphalique. Celle-ci est formée par les cellules très serrées qui tapissent les vaisseaux sanguins du cerveau. Elle protège l’organe contre les substances indésirables, mais empêche également la majorité des médicaments transportés par le sang d’atteindre les tissus cérébraux.
Le dispositif associe des ultrasons dirigés à travers le crâne vers les zones à traiter et des microbulles de gaz injectées dans le sang par voie intraveineuse. Sous l’effet des ondes, ces microbulles vibrent dans les petits vaisseaux cérébraux et écartent temporairement les jonctions entre leurs cellules. Un médicament administré dans la circulation sanguine, par exemple une chimiothérapie, peut alors pénétrer plus facilement dans la tumeur.
L’émission d’ultrasons dure environ deux minutes et la barrière se referme progressivement en moins de 24 heures. "Nous ne sommes pas une thérapie en nous-mêmes, mais un système de délivrance de médicaments", souligne Benoît Larrat. La société cible d’abord les tumeurs et métastases cérébrales, avec environ 2 000 centres experts en neuro-oncologie identifiés en Europe et en Amérique du Nord.
Un brevet et deux logiciels développés à Strasbourg
À Strasbourg, Jonathan Vappou, directeur de recherche au CNRS, et Florent Nageotte, professeur à l’Université de Strasbourg, travaillent au sein d’ICube, le laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie placé sous la tutelle de l’Université de Strasbourg, du CNRS, de l’INSA Strasbourg et de l’ENGEES.
Leur équipe a développé les outils qui pilotent un bras robotisé placé à proximité de la tête du patient. Celui-ci porte l’émetteur d’ultrasons et le déplace autour du crâne. À partir des zones désignées par le médecin, les logiciels calculent les positions et les mouvements nécessaires pour couvrir précisément la tumeur ou plusieurs métastases dans un temps limité.
Ces travaux ont donné naissance à un brevet et deux logiciels, désormais exploités par TheraSonic grâce à une licence exclusive signée avec la SATT Conectus. ICube ne fabrique ni le bras robotisé ni le futur appareil médical : le laboratoire conçoit les algorithmes permettant de piloter le robot pour cette application. TheraSonic assemble ensuite le robot, le système à ultrasons et les logiciels dans un dispositif répondant aux normes médicales.
Une commercialisation visée en 2030
Les premiers essais doivent débuter à l’automne au centre Gustave Roussy, à Villejuif dans le Val-de-Marne. L’établissement, également actionnaire minoritaire de TheraSonic, pilotera cette étude consacrée à la sécurité et à la faisabilité du dispositif.
Une seconde étude menée dans plusieurs hôpitaux européens et américains doit ensuite fournir les données nécessaires aux autorisations de commercialisation. Les premières ventes sont espérées en 2030 ou 2031. D’ici là, TheraSonic prévoit de générer des revenus en réalisant des études pour les laboratoires pharmaceutiques, avant de vendre ses machines aux hôpitaux. La société compte actuellement sept salariés permanents et deux doctorants.