Grand Est
"Le Grand Est a une carte à jouer dans les start-up industrielles"
Interview Grand Est # French Tech # Start-up

"Le Grand Est a une carte à jouer dans les start-up industrielles"

En cinq ans, Quest for change a accompagné près de 550 start-up dans le Grand Est. Le réseau régional d’incubateurs revendique 1 500 emplois créés et 719 millions d’euros de retombées économiques. Son directeur, Stéphane Chauffriat, veut désormais accélérer sur l’industrialisation des jeunes pousses deeptech.

Stéphane Chauffriat, directeur du réseau d’incubateurs Quest for Change — Photo : Document remis

Quest for change fête ses cinq ans. Quel bilan tirez-vous de cette première phase ?
En cinq ans, nous avons transformé un ensemble d’incubateurs en un véritable moteur régional de l’innovation. Quest for change est né en 2021 du rapprochement de cinq incubateurs du Grand Est : SEMIA en Alsace, Innovact à Reims, The Pool à Metz, Quai Alpha à Épinal et Rimbaud’Tech dans les Ardennes. Depuis, nous avons accompagné près de 550 start-up. Elles ont contribué à la création de 1 500 emplois et généré ou attiré 719 millions d’euros de flux économiques sur le territoire. Cela comprend 145,9 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé, 269,1 millions d’euros de fonds dilutifs levés et 304 millions d’euros de financements non dilutifs.

Votre priorité est désormais l’industrialisation des startups deeptech. Pourquoi ?
Le Grand Est est un territoire d’industrie. Cette carte des start-up industrielles, nous avons envie de la jouer pour le territoire, parce qu’elle peut contribuer à la création d’emplois non délocalisables. Cela fait quatre ou cinq ans que nous travaillons sur ces sujets, avec une équipe qui s’est renforcée. Nous avons clairement pris le parti de construire des contenus d’accompagnement autour de l’industrialisation. Aujourd’hui, l’un des enjeux pour les start-up qui veulent lever des fonds, c’est d’avoir fait tout le travail préparatoire : preuve de marché, analyse de marché, structuration du projet. C’est cela qui permet d’attirer les investisseurs.

Des start-up accompagnées par Quest for change sont-elles déjà passées à l’industrialisation ?
Oui, plusieurs projets sont déjà passés à l’échelle industrielle, comme Mélia, Cygnes ou Superbranche. RDS devrait également suivre prochainement. Nous avons aussi des projets qui arrivent autour des pompes à chaleur, des nanomatériaux ou des technologies de santé. Mais il faut bien comprendre que passer d’une technologie à un outil de production, ce n’est pas un sujet d’un, deux ou trois ans. On est plutôt sur cinq ou six ans. C’est pour cela que nous tenons beaucoup à la capacité d’accompagner les projets dans la durée. Les start-up deeptech que nous accompagnons projettent à elles seules 1,2 milliard d’euros d’investissements industriels à cinq ans, entre usines, lignes pilotes et équipements de production.

Comment convaincre les investisseurs de financer ces projets longs et capitalistiques ?
Il ne faut pas brûler les étapes. Certaines start-up industrielles ont consommé énormément de capitaux très tôt, avec de très grosses levées réalisées avant d’avoir suffisamment validé leur marché. Cela a pu faire du mal à la profession. Il faut rassurer les investisseurs sur la trajectoire : démontrer un premier pilote industriel, prouver une traction marché, puis passer à l’échelle. Nous défendons une approche plus cadencée. Dans ce cadre, nous commençons clairement à exister sur la carte deeptech nationale, avec cette dimension de projets scalables.

Le contexte des levées de fonds reste pourtant tendu. Comment les start-up du réseau s’en sortent ?
L’année 2025 a été paradoxale. Dans un climat fortement dégradé, nous avons réalisé notre meilleure année en fonds propres depuis cinq ans. Les start-up accompagnées par Quest for change ont levé 78,2 millions d’euros de fonds dilutifs en 2025, contre 51,7 millions en 2024 et 21,7 millions en 2023. Est-ce parce que nous arrivons à les accompagner suffisamment loin, avec un bon niveau de maturité, de telle sorte qu’elles puissent réaliser des séries A ? C’est en tout cas vers cela que nous voulons tendre. Nous sommes en train d’orienter tout le processus d’accompagnement pour augmenter le nombre de belles histoires positives à la sortie d’incubation.

Comment éviter que ces start-up quittent ensuite le Grand Est ?
Nous ne constatons pas d’exode des start-up accompagnées. Dans le portefeuille Quest, il y a peut-être eu deux ou trois départs ces dernières années, mais cela reste vraiment à la marge. Le sujet est différent lors des rachats industriels, parce que lorsqu’un investisseur entre au capital, il doit pouvoir sortir. Là, nous ne maîtrisons pas toujours l’origine de l’acquéreur. Mais si une société a ici un véritable ancrage, avec de la R & D, des équipes importantes et des partenaires forts, il n’y a pas forcément de raison que l’entité locale soit dissoute. Notre enjeu, c’est précisément de créer cet ancrage.

Grand Est # French Tech # Industrie # Agriculture # Finance # Services # Start-up # Écosystème et Territoire