En 2022, l’empreinte carbone du secteur numérique s’élevait à 29,5 millions de tonnes d’équivalents CO2. Soit 4,4 % de l’empreinte carbone totale de la France, dont 46 % sont attribuables aux datacenters, d’après les chiffres collectés par le think tank The Shift Project.
La plus grosse part de l’empreinte carbone de ces datacenters est occupée par l’électricité, servant à faire fonctionner les serveurs. L’un des autres postes principaux est le refroidissement, opéré le plus souvent par le biais de climatiseurs et de systèmes de refroidissement liquide.
Nommé PUE, pour "Power Usage effectiveness", un indicateur permet de mesurer l’énergie totale d’un datacenter, par rapport à celle utilisée directement par ses équipements informatiques. Plus ce PUE est proche de 1, plus un datacenter est efficace. En Moselle, la "FoilBox" développée par Greenfield IT vise un PUE cible de 1,02 . En France, le PUE moyen des datacenters est estimé à 1,7, selon des chiffres publiés par l’Ademe en 2024. L’innovation développée par la start-up mosellane mise sur un refroidissement passif des serveurs des datacenters. Et n’utilise pour cela ni eau, ni électricité.
Créée en avril 2026, Greenfield IT (2 collaborateurs) s’appuie sur près de trois ans de recherche lui ayant permis de breveter sa "FoilBox". Pour se développer, la jeune pousse s’est appuyée sur l’aide de l’Inria start-up studio (Institut national de recherche en sciences et en technologies du numérique), et sur les moyens techniques du bureau d’études du mosellan Est Usinage, filiale du groupe Muvo, dirigé par Geoffrey Muller, l’un des deux associés à la tête de Greenfield IT. Et comptera dès la rentrée 2026 sur l’appui de l’ENS (École Normale Supérieure) de Lyon, qui s’apprête à tester les solutions développées par la jeune pousse mosellane.
Une technique dite "par immersion"
Pour refroidir les serveurs informatiques, le parti pris de Greenfield IT est d’utiliser une technique dite "par immersion", consistant à plonger les composants dans de l’huile diélectrique, c’est-à-dire non conductrice de l’électricité. Cette opération permet d’obtenir une dissipation thermique à travers l’huile, la chaleur étant transmise jusqu’aux parois métalliques du boîtier puis évacuée dans l’air ambiant par convection naturelle. Dès lors, l’huile, permet de répartir la chaleur, de la transporter et d'amortir les variations de température.
Alors que la plupart des solutions d’immersion consistent à plonger les serveurs dans un bac de plusieurs centaines de litres d’huile, ce qui complique notamment l’installation des serveurs et leur maniement, Greenfield IT conçoit plutôt de petits boîtiers. Et parie sur la micro-immersion, qui consiste à ne plonger que les composants les plus chauds dans un boitier hermétique contenant de l'huile diélectrique. Le boîtier FoilBox est dès lors autonome et scellé, et son huile n’est changée que tous les cinq ans.
Deux nouveaux brevets en juin 2026
Si la FoilBox vise principalement les petits serveurs et les baies peu denses, Greenfield IT développe déjà une solution destinée aux infrastructures plus puissantes. Greenfield IT a déposé en juin 2026 deux nouveaux brevets, portant sur une nouvelle innovation. Nommée "AlemBox", cette dernière doit permettre à la start-up de se positionner sur des puissances de datacenters plus importantes. Fonctionnant toujours avec de l’huile diélectrique, la technologie intègre cette fois un circuit de refroidissement avec de l’eau.
"L’huile nous permet de travailler à des températures élevées. Nous pourrions monter les températures d’exploitation des datacenters"
Pour autant et toujours pour répondre au problème du refroidissement des datacenters, Greenfield IT explore actuellement une nouvelle piste avec l’ENS de Lyon. "L’huile nous permet de travailler à des températures élevées. Nous pourrions monter les températures d’exploitation des datacenters", avance Marc Feld, cofondateur et dirigeant de l’entreprise. En l’occurrence, les composants des serveurs peuvent fonctionner jusqu’à une température de 85 degrés, d’après les chiffres communiqués par Greenfield IT. En effet, si l'huile ne refroidit pas davantage que l'air, son intérêt est qu'elle évacue la chaleur beaucoup plus efficacement et de manière plus homogène. Les composants n'ont donc pas de points chauds localisés et leur température est beaucoup plus stable.
Collectées via des capteurs, les données des boîtiers de la start-up sont analysées en direct, pour évaluer la performance des serveurs notamment en fonction de leur température. "Travailler à une température plus élevée peut également être intéressant quand un datacenter est relié à un réseau de chaleur. Il n'y a plus qu'à augmenter la température de quelques dizaines de degrés pour que la chaleur puisse être exploitée dans le réseau", appuie Marc Feld.
Passer à l’échelle industrielle en 2028
"L’ENS de Lyon va nous permettre d’obtenir une vitrine, mais aussi une validation scientifique : l’idée est de bénéficier de leur retour d’expérience pour passer à l’échelle supérieure", vise Marc Feld. À la rentrée 2026, Greenfield IT prévoit de lancer une levée de fonds, dans l’objectif de réunir 1,5 million d’euros. La jeune pousse est également encouragée par une subvention de 30 000 euros de la Région Grand Est, et prépare des demandes d’aides auprès de Bpifrance, ou encore de l’Ademe.
En parallèle, la start-up prépare le recrutement d’un directeur technique et d’un consultant. Des étapes qui devraient permettre à Greenfield IT d’envisager une marche vers une production industrielle en 2028, pour les boitiers développés par la jeune pousse. Dans cet objectif, la start-up est en cours de discussion avec des constructeurs, dont l’alsacien 2CRSI, pour développer son produit, en lien avec les universités. "Nous allons mener une étude d’industrialisation. Si on le peut, nous garderons la production en interne. Mais dans tous les cas, elle sera réalisé à l'échelle régionale", lance Marc Feld.
Viser de petits acteurs
Greenfield IT s’adressera en priorité à des acteurs possédant de petits data centers, comme des universités ou des banques. "L’avantage de notre système, c’est qu’il est moins lourd à adopter par apport à de gros bacs d’immersion. L’idée est d’encourager l’adoption de ce système, avec une approche progressive. C’est certainement AlemBox qui séduira le plus vite nos futurs clients, mais c'est la FoilBox, qui ne nécessite pas de refroidissement à eau, qui restera la plus vertueuse", mesure le dirigeant.