Au sein de l’agence de développement économique Lorr’Up, qui opère sur le Sud de la Lorraine et la métropole du Grand Nancy, les datacenters sont devenus un "sujet" : "Nous travaillons sur l’implantation de ce type d’équipement", confirme Charly Lalo, le directeur de l’agence, sans vouloir révéler les lieux d’implantations et encore moins les noms des futurs exploitants. "Tout est codifié, et même nous, au sein de l’agence, nous ne savons pas toujours qui est le client final", botte en touche le directeur.
Deux sites dévoilés en Moselle : La Maxe et Richement
C’est par la publication d’un appel à manifestation d’intérêt que l’implantation de datacenters dans le Grand Est est devenue plus concrète : l’énergéticien national propose en effet d’utiliser le foncier de deux anciens sites de production d’électricité, à La Maxe et Richemont, en Moselle, pour y implanter des "centres de données de grande puissance". Interrogés, les services locaux d’EDF indiquent que "les espaces fonciers retenus peuvent accueillir rapidement des projets industriels car ils sont placés à proximité d’un poste haute tension (400 ou 225 kV)". Une situation décrite comme "favorable" qui doit permettre "de réduire de plusieurs années la durée nécessaire à la réalisation des projets", insiste la communication d’EDF.
D’une centrale à charbon à un datacenter ?
Construite en 1967 sur les communes de la Maxe et de Woippy, en bordure de la Moselle, la centrale à charbon de La Maxe a été mise à l’arrêt en 2015, après 44 années de production électrique, et est en cours de déconstruction. La puissance installée, soit 485 MW, permettait d’injecter chaque année dans le réseau électrique jusqu’à 1 375 GWh d’énergie. Plus au Nord, la centrale à charbon de Richemont a été construite en 1950 par plusieurs sociétés sidérurgiques, et produisait 2,5 GWh par an, en transformant en électricité les excédents de gaz des hauts-fourneaux voisins. EDF, qui l’a rachetée en 1995, a engagé sa déconstruction en 2008. Elle s’est arrêtée définitivement en 2011 et aujourd’hui est déconstruite.
Trier les candidats
Concrètement, ces deux terrains sont aujourd’hui un petit trésor, et EDF veut s’attacher à trouver les bons candidats : pour être retenues, les entreprises devront justifier "d’une structuration technique, juridique et financière solide", soulignent les services d’EDF, mais aussi d’un projet "compatible avec les caractéristiques des différents sites et des contraintes existantes, notamment en termes d’empreinte environnementale". Pour résumer, l’énergéticien veut trier les candidats et éviter les effets d’annonce, qui ont pullulé lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle.
Des projets en milliards d’euros
En parallèle de l’investissement lancé dans la Drôme, la start-up marseillaise Sesterce a ainsi indiqué avoir ciblé la région Grand Est pour y implanter "deux sites d’une puissance globale de 600 MW pour 500 000 GPU d’ici 2028 puis 1,2 GW d’ici 2030 soit plus de 1 million de GPUs". Les "GPUs" dont il est fait mention sont les processeurs permettant de faire les calculs exigés par les différents modèles d’intelligence artificielle. Très prisées sur le marché, ces unités de calcul peuvent dépasser les 35 000 dollars pièces. Le plan imaginé par l’équipe de Sesterce consiste donc à investir plus de 35 milliards d’euros dans la région… "Le Grand Est est propice à l’installation de ce type d’infrastructure", assure Charly Lalo. Le foncier et l’électricité, ce sont les deux clés pour envisager d’installer un datacenter. "L’eau est un demi-sujet, car les techniques de refroidissement évoluent", assure le directeur de Lorr’Up. Ensuite, après les études et les annonces, il faut lancer les projets.