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En Moselle, Eclairion compte injecter 2 milliards d’euros dans deux datacenters
Moselle # Numérique # Investissement industriel

En Moselle, Eclairion compte injecter 2 milliards d’euros dans deux datacenters

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Acteur français opérant dans la construction de datacenters répondant au déploiement de l’intelligence artificielle, Eclairion a profité de la dernière édition de Choose France pour dévoiler ses projets mosellans.

Le concept de datacenter dédié à l’intelligence artificielle porté par Eclairion a notamment convaincu les équipes de Mistral AI, avec un projet dans l'Essonne. Depuis, deux nouveaux datacenters ont également été annoncés en Moselle, sur les communes de Richemont et La Maxe — Photo : Eclairion

Une bulle dans l’intelligence artificielle ? "Nous sommes en contact avec un volume de demandes qui est totalement en cohérence avec le volume de nos investissements", assure Arnaud Lépinois, le PDG d’Eclairion. L’entreprise, fondée en 2021 à l’initiative des dirigeants du fonds parisien HPC Capital, vient de profiter de la version française de Choose France, organisée le 17 novembre à Paris, pour dévoiler deux milliards d’investissements, projetés dans deux datacenters situés en Moselle, sur les communes de Richemont et La Maxe.


Sommet organisé par l’Élysée et dédié à l’attractivité du pays, Choose France met traditionnellement en avant les investissements étrangers dans l’Hexagone. Cette première "édition française" se focalise cette fois sur les projets d’entreprises tricolores.

L’infrastructure de Mistral AI

Pour les spécialistes du secteur de l’intelligence artificielle et de ses infrastructures, Eclairion résonne comme une belle carte de visite : la jeune pousse va en effet mettre en service, d’ici quelques semaines, le datacenter qui sera utilisé par Mistral AI, le champion français de l’intelligence artificielle valorisé 12 milliards d’euros. Situé à Bruyères-le-Châtel dans l’Essonne, ce datacenter affiche une puissance de 40 MW, pour un investissement estimé à 300 millions d’euros.

Arnaud Lépinois est le PDG d’Eclairion — Photo : Eclairion

Deux sites "au-delà de 500 MW"

En Moselle, les équipes d’Eclairion, soit une cinquantaine de personnes, veulent aller beaucoup plus loin. "Les deux sites que nous visons sont au-delà de 500 MW", consent à indiquer Philippe Luce, le directeur marketing d’Eclairion. Soit un total supérieur au gigawatt de puissance, une cible qui entraîne des "budgets conséquents", soit deux milliards d’euros.

"C’est long, c’est douloureux, cela demande des armées d’avocats, mais ce n’est pas le plus compliqué de trouver de l’argent, assure Arnaud Lépinois. Le plus compliqué, c’est d’être à temps et dans le budget, car nous sommes lancés dans une compétition mondiale."

Face à une technologie qui change "tous les six mois"

Portée par le fonds HPC Capital, Eclairion n’engrange pour l’instant pas de chiffre d’affaires et s’appuie sur des partenaires financiers tels que Omnès Capital, Tikehau et Absolute Capital. Le budget conséquent des installations s’explique du fait des prix des GPU, ces processeurs conçus à l’origine pour équiper des cartes graphiques et aujourd’hui capables de faire tourner les moteurs des intelligences artificielles génératives. Combien de GPU seront installés à La Maxe et Richemont ? Trop tôt pour le dire, estiment les dirigeants d’Eclairion, qui soulignent que la technologie "change tous les six mois".

Un marché qui va "s’assécher extrêmement vite"

Sur le calendrier du projet, le conditionnel est aussi de rigueur : "Cela se compte en années, lâche Philippe Luce. La vraie difficulté, c’est d’être en maîtrise de tout ce que l’on peut, pour garder la main sur le calendrier et sur le déploiement. C’est important, parce que si, à qualité égale et voire même à qualité moindre, il devient possible de déployer ailleurs dans le monde quatre fois plus vite, mon marché va s’assécher extrêmement vite."

Concrètement, malgré la demande croissante à l’échelle de la planète pour le déploiement des infrastructures liées à l’intelligence artificielle générative, il n’y aura pas de place pour tout le monde, et les premiers à déployer seront les gagnants.

Deux fonciers à proximité d’un poste haute tension

Les deux sites mosellans ciblés par Eclairion ont été mis sur le marché par EDF, en mars 2025, par le biais d’un appel à manifestation d’intérêt. L’énergéticien national souhaitait en effet utiliser le foncier de deux anciens sites de production d’électricité, occupés par des centrales à charbon par le passé, à La Maxe et Richemont, en Moselle, pour y implanter des "centres de données de grande puissance".

Interrogés, les services locaux d’EDF indiquaient alors que "les espaces fonciers retenus peuvent accueillir rapidement des projets industriels car ils sont placés à proximité d’un poste haute tension". Une situation décrite comme "favorable" qui doit permettre "de réduire de plusieurs années la durée nécessaire à la réalisation des projets". Le pari semble réussi.

D’une centrale à charbon à un datacenter ?

Construite en 1967 sur les communes de la Maxe et de Woippy, en bordure de la Moselle, la centrale à charbon de La Maxe a été mise à l’arrêt en 2015, après 44 années de production électrique, et est aujourd’hui déconstruite. La puissance installée, soit 485 MW, permettait d’injecter chaque année dans le réseau électrique jusqu’à 1 375 GWh d’énergie. Plus au Nord, la centrale à charbon de Richemont a été construite en 1950 par plusieurs sociétés sidérurgiques, et produisait 2,5 GWh par an, en transformant en électricité les excédents de gaz des hauts-fourneaux voisins. EDF, qui l’a rachetée en 1995, a engagé sa déconstruction en 2008. Elle s’est arrêtée définitivement en 2011 et est aujourd’hui déconstruite. Place aux datacenters ?

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