La France compte 322 datacenters en 2025, selon le dernier recensement de la plateforme Cloudscene. Un nombre qui est appelé à croître rapidement. Lors du Sommet de l’IA en février, Emmanuel Macron a ainsi annoncé 109 milliards d’euros d’investissements, portés par des entreprises privées, dans l’IA et les datacenters. Un lourd coût économique, mais aussi écologique, les centres de données étant très énergivores.
Google installera un centre de données à Châteauroux
"Une suite de boîtes à chaussures couleur sombre", voilà comment Guillaume Pitron, cofondateur de la société de conseil Psyché16, et journaliste spécialisé dans le numérique, décrit les datacenters. Des entrepôts sans logo, discrets, qui occupent pourtant des surfaces de plus en plus importantes. En France, le dernier projet de data center annoncé s’installera dans l’Indre à Châteauroux sur une parcelle de 195 hectares. Derrière lui, le géant Google.
Châteauroux fait partie du dispositif des sites prêts à l’emploi du gouvernement. Il bénéficiera par ailleurs d’ici quelques années d’une nouvelle ligne à très haute tension de 400 000 volts, en cours de construction par RTE, le gestionnaire public de transport d’électricité. Un élément loin d’être anodin lorsqu’on sait la consommation électrique colossale des datacenters.
2 % de la demande électrique française
En 2024, la consommation énergétique des centres de données a représenté 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité, soit 415 TWh. C’est presque autant que la consommation d’électricité annuelle de la France, de 467 TWh.
L’Europe est le troisième plus grand consommateur d’électricité pour les datacenters (15 %), derrière les États-Unis (45 %) et la Chine (25 %). En France, les datacenters consomment chaque année 10 TWh, selon RTE. Cela représente 2 % de la demande électrique du pays.
Les centres de données du futur consommeront 20 fois plus d’énergie
Ce taux pourrait continuer à augmenter sans cesse. "Un centre de données axé sur l’IA consomme aujourd’hui autant d’électricité que 100 000 ménages, mais les plus grands centres actuellement en construction consommeront 20 fois plus dans le futur", prédit l’Agence internationale de l’énergie.
L’optimisation des centres permet des gains énergétiques
Comment expliquer cette tendance ? Le secteur numérique suit deux dynamiques. "D’une part, celle de l’efficacité et de l’optimisation qui vise à accroître les performances de stockage des données dans les centres. Les industriels améliorent leur architecture, et rentabilisent au mieux les flux d’air chaud et d’air froid", explique Guillaume Pitron. Des innovations qui permettent de réaliser des gains énergétiques considérables.
Les services consomment de plus en plus d’électricité
Pour autant, l’autre dynamique à l’œuvre vise à consommer toujours davantage. "Chaque année, de nouveaux services sortent, encore plus gourmands en énergie. Cryptomonnaies, NFT, métavers, nouvelles IA génératives… de quoi nous parlera-t-on dans deux ans ?", s’interroge le journaliste. Les gains d’énergie gagnés par l’optimisation sont ainsi perdus par l’explosion de la consommation.
Les datacenters émettent la moitié des émissions de gaz à effet de serre du numérique
En plus d’une forte consommation électrique, les datacenters alourdissent la facture environnementale par leurs émissions de gaz à effet de serre. Entre 2022 et 2023, les émissions rejetées par les centres de données ont augmenté de 11 % en France. Au total, en 2023, elles représentaient 137 000 tonnes de gaz à effet de serre, soit presque la moitié des émissions du numérique en France, selon l’Ademe et l’Arcep.
L’Irlande contrainte d’adopter un moratoire sur les datacenters
La consommation vertigineuse des datacenters a d’ailleurs contraint certains États à adopter des moratoires sur leur installation. En Irlande, l’opérateur de transport public d’électricité l’a imposé en 2022, face à la saturation du réseau due à la concentration de datacenters. Amsterdam et Singapour en ont également mis en place pendant plusieurs années, afin de faire face à cette demande. En France, les voix qui défendent un moratoire sur les datacenters ne sont pas parvenues à empêcher le vote de la loi de simplification de la vie économique en avril, visant à faciliter l’installation de nouveaux centres de données.