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"Nous avons mis la France sur la carte de l'IA"
France # Intelligence artificielle # Réseaux d'accompagnement

"Nous avons mis la France sur la carte de l'IA"

10 milliards d'euros, c'est la somme que Bpifrance va investir d'ici 2029 dans l'intelligence artificielle. Un investissement qui s'inscrit dans la dynamique du sommet mondial de l'IA organisé à Paris en février. De quoi permettre à la France de rester dans la course à l'IA, selon Paul-François Fournier, directeur innovation de Bpifrance.

Paul-François Fournier, directeur de l'innovation de Bpifrance — Photo : Olivier Vincent

Bpifrance va investir 10 milliards d'euros dans l'intelligence artificielle d'ici 2029. Que représente cet effort pour développer l'IA ?

Bpifrance a investi cinq milliards d'euros sur les cinq dernières années, et nous nous apprêtons à investir dix milliards sur les 5 prochaines années. En doublant nos investissements, nous sommes au rendez-vous de ce défi.

Quels sont les principaux dispositifs ?

Il s'agit pour la moitié des 10 milliards d'un soutien au capital d'entreprises en fort développement, comme Ekimetrics, Artefact, Braincube, ou Chapsvision. Pour l'autre partie, c'est un financement de l'innovation avec France 2030, ainsi que de financement d'infrastructures, notamment les datacenters.

Où en sont les entreprises sur utilisation de l'IA en France ?

La dynamique est plutôt bonne. Le sommet mondial sur l'IA organisé à Paris a généré un effet d'attractivité. Des start-up comme Mistral AI m'ont confiée que leur visibilité s'était accrue aux Etats-Unis. On a mis la France sur la carte de l'IA sur un plan mondial.

Au sein même de notre pays, ce sommet a permis de parler d'IA à toutes les PME. Notre dernier baromètre de 2024 sur l'usage de l'IA des entreprises a révélé que 30% d'entre elles l'utilisent, contre 12% l'année d'avant. L'usage a donc considérablement augmenté en l'espace d'un an. On voit que cela va devenir un usage standardisé.

"L'IA va transformer les logiciels de B to B"

Pour le moment, cela prend surtout la forme de production de contenu écrit, mais cet usage va se diversifier. Le deuxième phénomène majeur concernant l'IA pour les entreprises, c'est la modification de tous les logiciels de B to B. Que les entreprises en aient conscience ou non, tous les logiciels commerciaux vont intégrer de l'intelligence artificielle.

On observe depuis deux ans un ralentissement sur les levées de fonds des start-up en France. Dans quelle mesure cela concerne l'IA ?

La tech est encore un peu sous pression, au niveau mondial d'ailleurs. Elle est encore en train de digérer l'euphorie des années Covid. L'IA en revanche, continue d'exploser. Les réductions des aides à l'innovation et le report d'une partie du budget de France 2030, n'auront que des impacts marginaux sur son développement en France. L'enveloppe de France 2030 reste conséquente, sans parler du fait que l'IA attire beaucoup de capitaux privés.

Sur les 109 milliards d'euros d'investissement annoncés au sommet de l'IA : comment cela positionne la France à l'international ?

La France a réussi à réunir beaucoup de monde, et elle avait la légitimité de le faire, d'un point de vue technologique aussi bien que diplomatique.

Comparer les investissements des Etats-Unis avec ceux de la France n'a pas de sens. Les Etats-Unis sont dix fois plus grands que la France, c'est incomparable. Ils disposent d'un écosystème vieux de 50-60 ans. Malgré tout, nous avons des entreprises qui sont dans la course de l'intelligence artificielle, et qui font des annonces de capitaux très significatifs, comparables à ceux des américains.

La France est capable de jouer à hauteur de ce qu'elle représente. D'ailleurs, nous avons senti une énergie et un enthousiasme particulièrement fort lors de ce sommet. Lors de notre évènement co-organisé avec France Digitale, nous avions tablé sur 3 000 participants, et nous avons été complètement dépassés par le nombre. C'est un signal positif vis-à-vis de notre culture entrepreneuriale qui se déploie.

Et comment cela positionne la France en Europe, spécifiquement ?

En Europe, la France va garder sa place de leadership, grâce à des chercheurs mondialement reconnu dans l'IA. Ce sommet crée de l'émulation dans l'UE. Il y a besoin de projets européens.

Quelles sont les prochaines étapes dans le développement de l'IA ?

La prochaine frontière, c'est celle des datacenters. Alors que ces structures vont générer une grosse consommation énergétique, notre choix de produire une énergie décarbonée et à un prix raisonnable est stratégique. Le pari est d'arriver à faire sortir de terre les datacenters dans les deux ans à venir.

France # Intelligence artificielle # Banque # Numérique # Réseaux d'accompagnement # Innovation