Le réseau électrique va-t-il être submergé par les besoins en énergie des data centers ? C’est en tout cas ce que craint le think tank The Shift Project dans son dernier rapport. Alors que la France se place déjà en 6e position des pays comptant le plus de data centers et que 109 milliards d’euros d’investissements sont attendus dans l’intelligence artificielle, la transparence et la planification sont cruciales selon ce rapport.
Une consommation électrique qui pourrait être multipliée par 4 en 10 ans
Actuellement, les data centers en France consomment entre 10 et 12 TWh par an. "On estime que si les annonces faites au sommet de l’IA en février dernier sont mises en œuvre, on arrivera à 40-45 TWh en 2035", explique Hugues Ferreboeuf, chef de projet numérique au sein de The Shift Project. Une consommation supplémentaire qui n’a été "nulle part tracée dans les prévisions énergétiques", relève le spécialiste.
Des données difficilement accessibles
Pour tracer ces consommations, The Shift Project demande de la transparence de la part des entreprises. L’UE a d’ailleurs exigé qu’elles communiquent les données relatives à leur consommation énergétique quand les data centers sont d’une puissance supérieure à 500 kW. Après six mois de travail, la Commission européenne n’a réussi qu’à récupérer un tiers des données demandées.
"Un secteur qui traîne des pieds pour organiser sa transparence"
Et les entreprises n’ayant rien communiqué invoquent le secret des affaires. "Nous sommes face à un secteur qui traîne des pieds pour organiser sa transparence tout en sachant qu’à partir du moment où on s’apercevra que leur consommation est trop importante par rapport à la réglementation, l’étape suivante pourrait être de leur imposer des sanctions", commente Hugues Ferreboeuf.
Une absence d’anticipation
Au-delà de la transparence requise côté entreprises, les pouvoirs publics doivent quant à eux planifier. Pour éviter les blocages sur le réseau électrique, "une grande partie de la solution réside dans la capacité à mettre en cohérence l’évolution de la production électrique et l’évolution des usages de chacun autour de l’intelligence artificielle", explique le spécialiste du think tank français.
"Jusque-là, la consommation des data centers n’a pas été prise en compte dans les grands documents de planification énergétique. La programmation pluriannuelle de l’énergie ou encore la Stratégie nationale bas carbone 2 n’en font pas mention explicite", indique Hugues Ferreboeuf.
Des risques de congestion sur le réseau
Sans anticipation, le risque de congestion sur le réseau est important. "Ces congestions pourraient arriver plus tôt que prévu et c’est déjà le cas à Marseille où les data centers sont désormais orientés vers le nord de la ville et non plus à côté du port où il y a aussi un besoin d’électrification des paquebots venant accoster", prévient Hugues Ferreboeuf.
Et si des saturations devaient se multiplier, le Shift project craint un retour en arrière avec l’utilisation de sources d’énergie abandonnées pour augmenter la production d’électricité comme le charbon ou une reprise des importations de gaz dont la France a réussi à se passer.