Telehouse veut créer son propre datacenter dans les Bouches-du-Rhône. La filiale parisienne du géant japonais des télécoms KDDI (61 000 salariés) projette de construire un datacenter près de Marseille, dans une localisation pour l’instant tenue secrète. Devant s’étendre sur 60 000 mètres carrés, ce centre de données affichera une cinquantaine de mégawatts de puissance électrique. Il doit voir le jour "en 2027, si tout va bien", confie Sami Slim, DG France de cette entreprise qui exploite une quarantaine de datacenters dans le monde.
Telehouse va investir un milliard d’euros en France dans des datacenters
En France, où il emploie 120 salariés, Telehouse projette d’investir un milliard d’euros dans quatre centres de données. Outre son projet marseillais, l’entreprise veut construire un nouveau datacenter, dans l’est de l’Île-de-France, à horizon 2029. Elle compte aussi agrandir ses deux centres de données existants, à Paris et dans les Yvelines.
Pionner de l’exploitation de centres de données, le groupe japonais revendique la création du premier datacenter en France. C’était en 1996 à Paris. Ses investissements dans l’Hexagone sont liés à la hausse de la demande en capacité d’hébergement informatique, provoquée par la montée du cloud et de l’intelligence artificielle. Les projets de Telehouse font partie des 109 milliards d’euros d’investissement dans l’intelligence artificielle annoncés par Emmanuel Macron, début février, lors du Sommet mondial pour l’action sur l’IA.
L’attrait des câbles sous-marins marseillais et de l’électricité nucléaire
Entre les projets du suédois Evroc dans les Alpes-Maritimes et ceux de l’américain Digital Realty à Marseille, la région Paca est, avec l’Île-de-France, la région susceptible de capter le plus grand nombre d’investissements dans les datacenters. La présence de 18 câbles sous-marins n’y est pas étrangère. Reliant Marseille à 57 pays dans le monde, ces câbles "représentent un avantage stratégique en termes d’interconnexion", explique Sami Slim. Cet avantage, Telehouse en profite depuis 2021 à Marseille, suite à un partenariat lui permettant d’utiliser l’infrastructure de Jaguar Network (devenue Free Pro). En attendant la construction de son propre datacenter, la filiale du groupe japonais propose en effet un "point de présence" dans la cité phocéenne.
Dans ce contexte de développement massif des capacités d’hébergement informatique, "notre seule limite, c’est la disponibilité en électricité en France", s’enthousiasme Sami Slim. Cette limite ne semble pas, dans l’immédiat, poser problème : la France a exporté 89 TWh d’électricité en 2024.
Les freins : bureaucratie et coût de l’électricité
La complexité de la bureaucratie française interroge beaucoup plus le DG France de Telehouse. Entre les normes environnementales et les procédures d’attribution des permis de construire, en France, "il faut compter douze mois en moyenne entre la prise de décision et le début du chantier de construction", témoigne Sami Slim. "En Espagne, cette durée n’est que de 4 mois", ajoute-t-il.
Autre source d’inquiétude : la disparition en fin d’année de l’Arenh, ce mécanisme garantissant un prix bas de l’électricité en France. Pour des infrastructures aussi énergivores que les datacenters, la question du coût de l’électricité est sensible. "Cela ne remet pas en cause nos projets en France, assure Sami Slim mais cela va rendre le pays moins compétitif".