Place à l’action. Le 27 janvier au sein de Skema Business School à Sophia Antipolis, plus de 200 personnes, en très grande majorité des femmes, ont participé au lancement officiel de la communauté des réseaux professionnels féminins de Sophia.
Pas de place au verbiage ni à la complainte de genre, l’objectif était de "participer à des actions concrètes", selon les mots de Yannick Blancafort, directrice de Sophia Club Entreprises, organisatrice de la soirée aux côtés du collectif What06 (Women Hackers Action Tank).
Levier numéro 1 : le mentorat
Car sur ce terrain de jeu si particulier qu’elle la technopole azuréenne, nombre de réseaux féminins existent déjà : Nouvelles, Professional Woman Network (PWL), les DéCCIdeuses… Sans compter ceux internes aux entreprises qui pratiquent activement le mentorat. "Le mentoring c’est bien plus que transmettre des compétences, assure Valérie Guillon, toute nouvelle présidente de WHAT06 et, depuis 2010, chez Orange Business. C’est donner une image du possible, concrète et humaine de ce que sont les métiers de la filière. C’est donc vraiment important."
"Les femmes ne se sentent pas légitimes, on parle du syndrome de l’imposteur, parce qu’elles n’ont pas les bonnes personnes autour d’elles, confirme Olga Gerber, présidente d’Amadeus Women’s Network. Le mentoring, ça change tout. Une simple conversation peut tout changer, aider à révéler le potentiel qui est déjà là."
Une charte de la mixité
C’est pour cela qu’agissent les réseaux féminins sophipolitains, une quinzaine au total présents ce soir-là, représentant 90 établissements, des start-up aux grands groupes, des centres de recherche ou d’enseignement. Ils ont donc décidé de s’unir pour pousser plus loin encore l’entraide et l’efficacité en faveur de la mixité professionnelle. Personne n’a parlé de sororité ou de parité. Car dans ce combat, les hommes sont les bienvenus et certains sont déjà engagés.
"Si les métiers de la tech manquent de femmes, ce n’est pas un problème de talent ni de compétences, ça, on le sait, reprend Valérie Guillon. C’est un problème de projection, d’accès et de visibilité." D’où l’idée pour le collectif WHAT06 de porter une Charte de la mixité pour appuyer le sujet au sein des différents établissements.
Des stages "Un jour-une entreprise" pour les collégiennes
Une mixité qui pourrait concerner de la même façon les élèves de 4e, 3e et 2e en stage en entreprises, autre levier concret déjà expérimenté et qui ne demande qu’à être développé.
Directrice du site Thales DMS à Sophia Antipolis, Marjorie Bihoreau a en effet déjà mis en place avec Caroline Briand d’Air France (toutes deux engagées au sein de l’association Elles Bougent) une formule de stages "un jour-une entreprise" pour montrer aux jeunes filles un éventail de possibilités le plus large possible, en les recevant sur les deux sites. "La mécanique va se mettre en place, explique-t-elle. L’intérêt est que ce soit un peu moins contraignant pour les entreprises, mais tout aussi passionnant pour les enfants."
Toutes en sont convaincues, les graines doivent être semées au plus tôt. Avant même le collège selon Célia Augé, directrice des opérations au sein de la licorne Symphony. "Car les biais de genre se construisent vers 5-6 ans. On ne va pas créer des vocations en primaire mais l’idée est de susciter chez les jeunes filles de l’intérêt pour l’univers de la tech."
Seulement 17 % des effectifs de la tech
Car quelques années plus tard, elles ne représentent que 17 % des effectifs dans les métiers de la tech pourtant si variés. "Et on s’aperçoit que le phénomène du tuyau percé est monstrueux, reprend-elle, puisqu’au lycée, 58 % des filles de Première prennent une spécialisation scientifique, ce chiffre descend à 34 % en Terminale et à 15-20 % dans les écoles d’ingénieurs ! Il faut ajouter à cela le fait que les femmes abandonnent la tech après 8 à 10 ans de carrière, parce que c’est "un boys club", parce qu’on manque de rôle modèle, qu’on est isolées, en minorité… c’est évident qu’il nous faut travailler sur la sensibilisation et agir à la racine."
Un travail qu’elles sont toutes très déterminées à poursuivre et à renforcer, ensemble, en créant des ponts supplémentaires entre entreprises, comme cela se fait si fréquemment au sein de Sophia Antipolis. À l’issue de la soirée, elles avaient déjà lancé trois groupes de travail pour avancer au plus vite.