Pour le PDG d’EDF, Bernard Fontana, c’est une première en France. "Et peut-être même dans le monde", glisse malicieusement le dirigeant, visiblement très satisfait. Sur le site de la centrale à gaz EDF de Blénod-lès-Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, les équipes de l’énergéticien (CA : 118,7 Md€ ; 191 444 salariés) viennent de réussir à brancher une batterie de 15 MW de puissance pour la faire fonctionner en symbiose avec la centrale thermique, qui injecte du courant dans le réseau électrique depuis 2011. Confronté à l’arrivée des énergies renouvelables "par nature intermittentes", précise le PDG d’EDF, l’énergéticien a voulu "développer un système de stockage d’énergie par batterie innovant", rappelle Bernard Fontana.
"Une disponibilité instantanée d’énergie supplémentaire"
"Face à un réseau électrique qui varie de manière très rapide dans son appel de puissance, il nous fallait trouver un moyen de compléter notre cycle combiné gaz avec une disponibilité instantanée d’énergie supplémentaire. Et ça, c’est la batterie qui est capable de le faire", détaille Régis Clément, directeur de la division thermique, expertise et appui industriel multi-métiers. Si les montants injectés pour arriver à cette première n’ont pas été communiqués, le groupe EDF compte aujourd’hui non seulement dupliquer ce système sur d’autres moyens de production d’électricité, mais aussi le vendre à l’international. "Nous avons breveté l’ensemble du système", précise Régis Clément. "Et cela nous permet d’envisager de le vendre à l’international. Nous avons déjà des signes intéressants de nos clients, notamment au Moyen Orient."
Vers l’hybridation de centrale nucléaire ?
Autre piste de développement de cette solution technique explorée à Blénod, la possibilité d’hybrider, donc d’ajouter des batteries à d’autres moyens de production. "À Blénod, nous sommes sur une batterie de 15 MW pour le démonstrateur industriel, mais demain, nous envisageons clairement d’augmenter l’échelle et d’aller encore plus loin. Notre parc d’une manière générale a des vitesses de réponse qui sont plus lentes qu’un cycle combiné gaz. Nous pensons aux centrales nucléaires, nous pouvons aussi penser à d’autres moyens", révèle le directeur de la division thermique, expertise et appui industriel multi-métiers.
Un nouvel équipement industriel
Parmi les 5 000 signaux qui remontent dans la salle de commande de la centrale à gaz de Blénod, les opérateurs ont désormais un nouvel écran à surveiller, présentant le fonctionnement des batteries. "Sur la conduite de l’installation, cela ne change pas grand-chose", précise Arnaud Perquia, le directeur du cycle combiné gaz de Blénod. "Par contre, il faut désormais s’approprier ce nouvel équipement industriel et faire de la maintenance sur ce matériel pour qu’il reste fiable."
De 10 minutes à quelques secondes
À quelques dizaines de mètres du bâtiment abritant les installations de la centrale de Blénod, ont été installés quatre conteneurs, abritant 25 000 modules de stockage d’électricité, le tout fourni par une filiale d’EDF, Agregio Solutions. Capable de fournir 430 MW de puissance électrique, soit la consommation de la métropole de Nancy, le cycle combiné gaz de Blénod fonctionne grâce à deux turbines : une première turbine à combustion, qui permet, grâce à la combustion de gaz, de délivrer les deux tiers de la puissance. Le tiers restant est délivré par une turbine à vapeur, fonctionnant grâce à l’énergie récupérée à la sortie de la turbine à combustion. "Pour atteindre la pleine puissance, il nous faut 600 secondes, soit 10 minutes", précise Arnaud Perquia. C’est ce laps de temps que permet de réduire à une poignée de secondes l’utilisation d’une batterie. "Ensuite, quand la turbine vapeur monte en puissance, les batteries s’effacent progressivement", détaille le directeur du CCG.
Un algorithme qui tient compte de tous les paramètres
Déjà flexible par nature, la centrale thermique de Blénod est désormais capable de répondre encore plus rapidement aux sollicitations du gestionnaire du réseau électrique, RTE. "Nous avons fait évoluer nos certifications", souligne Arnaud Perquia. "RTE a certifié nos batteries, certifié notre mode de fonctionnement et nos fiches de performance. RTE connaît donc notre capacité à produire et la façon dont nous produisons." Pour arriver à ce résultat, deux ans de travail auront été nécessaires, menés dans la plus grande discrétion sur le site de Blénod. Parmi les défis les plus délicats, figure la gestion du système de batteries : elle est confiée à un algorithme, qui travaille comme "un système automatisé qui va en permanence ajuster le niveau de la charge de la batterie, le niveau de la décharge de la batterie, la vitesse à laquelle les cycles vont se faire", souligne Régis Clément. "Tout cela en fonction des conditions techniques mais aussi économiques des besoins du réseau. Ça, c’est vraiment très innovant."