Les outils de gestion des tâches administratives pour les travailleurs indépendants basculent dans une nouvelle ère. La start-up Abby, basée à Nancy, officialise le lancement d’Abby Intelligence, un assistant fonctionnant grâce à l’intelligence artificielle, nativement intégré aux outils de base d’Abby, et qui doit permettre d’automatiser les processus administratifs directement depuis les données de l’utilisateur.
"Que ce soit pour la facturation, les devis, les déclarations fiscales ou encore l’Urssaf, nos utilisateurs vont arrêter de chercher comment réaliser ces démarches. Ils vont demander à l’IA et obtiendront la réponse", résume Nicolas Lespinasse, le PDG d’Abby. En citant les théoriciens de la Tech outre-Atlantique, qui évoquent une transition du "search and click" vers le "ask and get".
10 000 utilisateurs d’Abby Intelligence d’ici la fin de l’année
Toujours discret sur le niveau de chiffre d’affaires, mais revendiquant 100 000 utilisateurs de la solution développée par l’équipe d’Abby, Nicolas Lespinasse a fixé l’objectif commercial pour le lancement d’Abby Intelligence : convertir au moins 10 000 utilisateurs actifs à ce nouvel outil d’ici la fin de l’année.
Un premier jalon pragmatique dans ce qui s’annonce comme un "challenge et un développement perpétuel", anticipe Nicolas Lespinasse.
"Contrairement à un logiciel classique, affichant des boutons et un parcours balisé, l’IA générative place l’utilisateur face à un champ libre, dans lequel absolument tout peut arriver"
Pour les petites structures et les indépendants, qui forment l’essentiel des utilisateurs des outils d’Abby, la gestion administrative quotidienne reste une source de frictions majeures. Depuis 2020, Abby s’est développée sur la promesse de simplifier les formalités liées par exemple à la facturation ou aux déclarations obligatoires.
Mais l’intégration d’un LLM, ces grands modèles de langage popularisé par OpenAI à travers son chatbot ChatGPT, modifie la nature même de l’ingénierie logicielle : "Nous passons du développement d’un produit fini à un produit qui est totalement infini. Il est absolument impossible d’anticiper, de prévoir, de documenter 100 % des cas d’usage", illustre Nicolas Lespinasse pour souligner la complexité de cette transition pour ses équipes techniques.
"Contrairement à un logiciel classique, affichant des boutons et un parcours balisé, l’IA générative place l’utilisateur face à un champ libre, dans lequel absolument tout peut arriver", anticipe le dirigeant d’Abby qui croit déjà savoir que "les utilisateurs essaieront tout".
Cinq mois de développement, du hackathon au terrain
La genèse de ce projet s’est articulée autour d’un calendrier serré de moins d’un semestre. Tout a débuté en janvier 2026 lors d’un séminaire d’entreprise. Durant deux jours, les 26 collaborateurs d’Abby ont été répartis en trois groupes, mobilisés autour d’un hackathon visant à imaginer l’architecture du futur outil d’intelligence artificielle d’Abby. À la suite de cette séance d’émulation interne, les quatre cofondateurs se sont isolés pendant deux semaines pour coder une première version minimale.
Le directeur technique, Jérémy Dieuze, et le directeur produit, Corentin Allemand, ont ensuite porté le projet en marge de leurs fonctions habituelles. La phase de stabilisation a ensuite mobilisé le reste de l’équipe afin de confronter l’outil à des cas réels. Déployé de manière progressive auprès des utilisateurs les plus actifs, l’outil entre désormais dans sa phase opérationnelle avec le lancement officiel.
Refacturer une partie du surcoût lié à l’IA aux utilisateurs
Abby Intelligence s’appuie sur le modèle de langage de l’américain Anthropic, mais le LLM est cloisonné et exécuté sur des serveurs privés en France. "Aucune donnée ne part sur les serveurs d’Anthropic", garantit Nicolas Lespinasse en soulignant que le modèle de langage est hébergé sur un datacenter parisien. Bien consciente des coûts exponentiels engendrés par l’utilisation de l’IA, l’équipe d’Abby n’a pas souhaité ouvrir les vannes gratuitement pour accéder à son nouvel outil. "Abby Intelligence va être disponible pour n’importe quel utilisateur d’Abby, insiste Nicolas Lespinasse. Mais en fonction du plan souscrit, vous aurez accès à plus ou moins d’usage."
À partir d’une certaine quantité de requête adressée à l’outil, l’équipe d’Abby a même prévu de commercialiser des "packs", afin que les utilisateurs puissent augmenter leurs usages de l’outil. "L’intelligence artificielle coûte cher et donc inévitablement, nous allons être obligés de refacturer une partie de ce surcoût à nos utilisateurs, analyse Nicolas Lespinasse. Mais l’idée, c’est quand même d’en faire profiter l’écrasante majorité de nos utilisateurs sans qu’ils aient besoin de remettre la main au portefeuille."
Une trajectoire d’accélération "assez impressionnante"
Si les modèles de langage généraliste excellent dans la génération de textes, ils restent incapables de s’interfacer avec les structures administratives françaises. "ChatGPT, Mistral, Claude n’auront jamais un agrément pour faire la déclaration des micro-entrepreneurs, ne seront jamais immatriculés pour la facturation électronique", rappelle Nicolas Lespinasse. En insistant : "Les entrepreneurs auront toujours besoin de ce que nous avons créé sur les cinq dernières années".
Mais l’interface d’Abby est en passe de changer profondément : "Le futur de notre produit c’est avant tout une IA conversationnelle qui permettra d’interagir avec des modules beaucoup plus simples, enrichis de visuels clairs et ergonomiques, pour que l’utilisateur puisse aller toujours plus vite, toujours plus simplement sur les actions qu’il a besoin de réaliser au quotidien", anticipe Nicolas Lespinasse.
Surfant sur 100 % de croissance sur les cinq derniers exercices, Abby compte atteindre les 200 000 utilisateurs à la fin de l’exercice 2026. "L’arrivée de la facture électronique nous a placés sur une trajectoire d’accélération assez impressionnante", constate Nicolas Lespinasse.
Reconnue comme plateforme de dématérialisation par l’Etat
La loi contraignant tous les travailleurs indépendants n’ayant aucun moyen de gestion à s’équiper, a minima pour pouvoir émettre des factures, la solution d’Abby se voit propulsée. La start-up fait partie de la liste des 80 sociétés reconnues comme plateformes de dématérialisation partenaires, ou PDP, par les services de l’État.