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Vivoka va lever des fonds pour mettre le cap sur la croissance
Metz # Intelligence artificielle # Start-up

Vivoka va lever des fonds pour mettre le cap sur la croissance

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Après avoir pivoté d’un modèle généraliste vers une stratégie ciblant des secteurs clés, la start-up Vivoka, installée à Metz, veut changer de dimension. Son nouveau dirigeant, Christophe Couvreur, prépare une levée de fonds de 2 à 3 millions d’euros pour accélérer sa stratégie de croissance, portée par le partenariat stratégique signé avec un géant du secteur, l’américain Cerence.

Christophe Couvreur est arrivée à la direction de Vivoka en mai 2024 — Photo : Vivoka

À Metz, dans l’ombre des géants américains, une équipe de 19 personnes, dont cinq docteurs, redéfinit l’avenir de l’intelligence artificielle vocale dans le monde de l’entreprise. Installé à la direction de Vivoka depuis mai 2024, Christophe Couvreur, un vétéran du secteur, affiche désormais ses ambitions. "Nous prévoyons de doubler le chiffre d’affaires chaque année, pendant les trois prochaines années", fixe le dirigeant.

Des recrutements à venir

Concrètement, si l’exercice 2024 de Vivoka s’est terminé sur un chiffre d’affaires de 430 000 €, l’arrêt des comptes de 2025 devrait déjà venir valider la stratégie de Christophe Couvreur, et dévoiler un chiffre d’affaires proche du million d’euros. En parallèle, la start-up messine prévoit de recruter, pour réussir à transformer le potentiel technologique de Vivoka en une machine de guerre commerciale. "Dans un horizon de deux ans, nous serons une quarantaine de personnes", décrit Christophe Couvreur.

60 % de l’activité aux États-Unis

Pour soutenir cette trajectoire "agressive", Vivoka doit s’armer financièrement. Très discret sur l’opération et son déroulement, Christophe Couvreur prépare cependant activement une levée de fonds de 2 à 3 millions d’euros, auprès de fonds de capital-risque, principalement français. L’objectif ? Muscler les équipes commerciales et assurer un support technique de l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis. Pays dans lequel Vivoka réalise 60 % de son activité, sur un marché déjà bien plus mature pour les technologies d’IA vocale embarquée que l’Europe. "Il nous faudra un petit bureau aux États-Unis pour faire de la vente et assurer le support malgré le décalage horaire. Pour la technique, nous allons rester à Metz, car il est possible d’y trouver des talents de très haute qualité, nettement moins chers qu’aux États-Unis", souligne Christophe Couvreur.

Pour suivre la stratégie de croissance tracée par Christophe Couvreur, l’équipe de Vivoka devra compter une quarantaine de personnes d’ici deux ans — Photo : Vivoka

Convaincu par l’écosystème messin

Le dirigeant ne cache pas les difficultés de l’exercice en France, pointant un "trou d’air" entre les fonds d’amorçage et les grosses séries A, ainsi qu’une certaine frilosité des investisseurs européens face aux entreprises encore non rentables. Pourtant, le dirigeant de Vivoka reste convaincu par l’écosystème messin. "Nous n’atteindrons jamais une taille gigantesque, mais cela n’empêchera pas la possibilité de créer un acteur solide sur la durée".

Cerence veut se diversifier

Une confiance qui s’appuie sur un partenariat, signé il y a quelques semaines. Le pedigree de Christophe Couvreur a en effet permis de sceller un accord de poids avec Cerence. La société américaine, basée à Burlington, dans le Massachusetts, pèse 331 millions de dollars et emploie 2 000 salariés pour déployer des systèmes d’IA vocale embarquée chez quasiment l’intégralité des constructeurs automobiles. "Le nouveau management de la société a proposé une nouvelle stratégie de diversification", précise Christophe Couvreur. Parmi les secteurs visés, celui de la logistique. Soit un secteur d’activité qui pèse 50 % de l’activité de Vivoka.

De réelles capacités de développement

Dans le modèle imaginé par les deux partenaires, Vivoka intègre des briques technologiques de Cerence, pour y ajouter ses propres innovations, comme le traitement des accents régionaux ou l’extraction de données dans les manuels techniques, et va chercher les clients finaux. Ce partenariat avec un acteur majeur du secteur est un véritable accélérateur de crédibilité pour la start-up messine. "Nous avons une capacité à développer de l’intelligence artificielle, là où beaucoup de petites sociétés se contentent de repackager des modèles de langage avec un prompt", tacle Christophe Couvreur.

Se concentrer sur certains marchés

Si l’histoire de Vivoka a commencé comme un rêve de fans de science-fiction, avec l’envie de développer un assistant vocal à l’image de celui imaginé dans le film Iron Man, baptisé "Jarvis", la pandémie de Covid-19 a brutalement douché ces ambitions. À son arrivée, Christophe Couvreur a imposé un pragmatisme reposant sur son expérience : arrêter de développer une intelligence artificielle vocale pour tous les secteurs d’activité, et se concentrer sur des marchés où la voix apporte une valeur immédiate.

Vers les deux millions d’euros de chiffre d’affaires cette année

"Nous avons pris la décision d’arrêter de développer une plateforme générique, pour cibler trois verticales", retrace le dirigeant de Vivoka. Ces piliers sont désormais la logistique, le médical et la maintenance industrielle, soit plus de 80 % de l’activité de la start-up. Un choix payant : le chiffre d’affaires devant déjà être multiplié par deux pour l’exercice 2025. "En fonction des deals que nous allons signer dans les prochaines semaines, nous verrons si nous maintenons encore un trimestre supplémentaire de croissance forte. Le premier trimestre est toujours un peu plus lent, mais notre plan prévoit de dépasser les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année", confie le dirigeant.

Pas de poème dans un entrepôt frigorifique

À l’heure où les modèles comme ChatGPT, développé par OpenAI, consomment des ressources colossales apportées par des datacenters distants, Vivoka a fait le pari d’une IA embarquée qui peut être qualifiée de "frugale". L’assistant vocal de la start-up messine tourne en effet directement sur l’appareil, comme par exemple un casque, sans besoin de connexion à internet. "Les IA génératives de type ChatGPT sont extrêmement capables, mais souvent, c’est comme acheter un PC avec Excel pour calculer 2 + 2, illustre Christophe Couvreur. Dans un entrepôt, on n’attend pas de l’IA qu’elle rédige un poème, mais qu’elle confirme un stock." Une approche qui permet de réduire drastiquement les coûts énergétiques et de fonctionnement.

Metz # Intelligence artificielle # Start-up # Levée de fonds # Innovation # International