Le groupe Orano prépare un gigantesque chantier à La Hague (Manche) pour moderniser ses équipements de traitement et de recyclage des déchets nucléaires. Que vous inspire ce projet Aval du Futur qui pourrait démarrer en 2031 pour se terminer dans les années 2050 ?
Au total, les projets industriels du nord du Cotentin qui englobent Orano, les projets de maintenance des EPR de Flamanville et Penly d’EDF, représentent entre 10 000 et 15 000 emplois. C’est colossal. Beaucoup de territoires nous envient ce projet, cela reste une opportunité extraordinaire pour la région. Et même pour la nation française tout entière.
Le sujet est celui de l’organisation. C’est un défi. La question est de savoir comment on fait pour que ce projet profite à notre territoire, sans asphyxier un département qui est aujourd’hui au plein-emploi.
Un certain nombre de PME de la Manche redoutent que le projet génère des tensions sur le plan des ressources humaines…
Nous devons tout faire pour ne pas cannibaliser les entreprises en allant piocher des salariés dans les entreprises existantes, qui ont déjà du mal à recruter. Il s’agit du risque majeur, avéré. Des entreprises du territoire ne peuvent pas forcément proposer des conditions de travail et salariales similaires à celles des grands donneurs d’ordres, comme Orano, EDF ou Naval Group. Nous devons nous battre avec des armes différentes. Une PME peut offrir davantage de souplesse qu’une grande entreprise. Dans la société de 30 personnes que je dirige, Dataouest, nous avons par exemple mis en place un week-end de trois jours deux fois par mois, en travaillant les horaires différemment. Une initiative très appréciée de mes collaborateurs, qui les fidélise.
"Le territoire de la Manche manque de logements. Nous devons donc relancer des programmes ambitieux de logements"
À l’échelle du département, il faut axer nos politiques sur la formation et sur les écoles pour garder nos jeunes sur le territoire et attirer les compétences depuis l’extérieur.
C’est aussi un enjeu majeur pour la Manche de faire venir de nouvelles compétences sur son territoire ?
La deuxième condition de réalisation de ce projet, c’est effectivement de pouvoir accueillir les nouveaux arrivants. Nous devons loger les salariés qui vont se déplacer au sein de la région. Des territoires comme Rouen et Le Havre ont des taux de chômage bien supérieurs aux nôtres, aux alentours de 7 % ou 8 % (contre 5,3 % dans la Manche, NDLR). Ce sont des viviers dans lesquels nous allons pouvoir piocher des ressources humaines, à condition d’être en mesure d’accueillir ces personnes dans de bonnes conditions. Le territoire de la Manche manque de logements. Nous devons donc relancer des programmes ambitieux de logements. Ensuite, il faut gérer les infrastructures. L’intensification des liaisons Paris-Cherbourg en train, annoncée par la Région, est ainsi une bonne nouvelle.
Comment se passent les relations avec Orano et les autres acteurs du territoire ?
Orano a cette vraie volonté de dialogue. Il a mis en place un Comité stratégique, qui réunit les organisations patronales et salariales, les communautés de communes, les mairies. Il essaie d’impliquer l’ensemble des acteurs économiques du territoire. J’ai participé aux trois comités stratégiques depuis 2025, dans lesquels l’industriel explique de manière très pragmatique le projet, le planning, les enjeux et ses besoins.
Les échanges avec les équipes projet d’Orano sont facilités par les comités stratégiques. Nous nous situons sur un temps très long, avec des besoins de recrutement déjà en cours, et qui vont s’étaler jusqu’à 2040 pour une première mise en production, et une durée d’exploitation qui court jusqu’à 2100. La montée en charge sera progressive.
"Orano fait passer le message qu’il a besoin de toutes les entreprises"
Notre rôle, au Medef, est de faire remonter les irritants de nos adhérents dans le Comité stratégique. Nous voulons faire en sorte que les entreprises locales soient bien considérées dans la chaîne de valeur. De fait, Orano fait passer le message qu’il a besoin de toutes les entreprises, du coiffeur local jusqu’à l’entreprise déjà sous-traitante.
L’avantage est que nous sommes sur le temps long. Nous sommes capables de nous organiser. Les premiers échanges sont constructifs. C’est une vraie opportunité pour le territoire. On dit qu’il s’agit du plus gros projet industriel européen, dans un territoire bien particulier qu’est la Hague. Un projet pas simple mais passionnant.