Coup dur pour Glass Express (250 collaborateurs), une ETI spécialisée dans le remplacement de pare-brise automobiles basée à Évreux (Eure). Samuel Brigantino - ex candidat aux élections municipales d’Évreux et président de l’Évreux Football Club - a demandé et obtenu le placement en redressement judiciaire, fin 2026, des deux holdings (80 collaborateurs) de son groupe : Glass Express France exerçant les fonctions support de son activité vitrages et HBI (Holding Brigantino Investissement) qui assure les fonctions support généralistes (finances et RH).
Les cinq plateformes de distribution de vitrages situées à Gravigny, près d’Évreux (Eure), Arras (Pas-de-Calais), Rennes (Ille-et-Vilaine), Tours (Indre-et-Loire) et Troyes (Aube) restent, elles, opérationnelles.
15 millions de retards de paiement depuis 2024
En cause selon Samuel Brigantino : une dette de 15 millions d’euros résultant de retards de paiement des compagnies d’assurances accumulés depuis 2024 jusqu’au premier trimestre 2026, en attente principalement de la Macif, Matmut et Pacifica. Le dirigeant pointe d’ailleurs chez les compagnies d’assurances, des pratiques commerciales qui menacent gravement l’activité des réparateurs de vitrages indépendants, par définition non agréés par ces assureurs.
Néanmoins, Glass Express s’est fortement développé depuis sa création en 2013. Sa croissance s’est confirmée sur le dernier exercice, avec un chiffre d’affaires passé de 20 millions d’euros en 2024 à 27 millions en 2025, légèrement en deçà des 30 millions d’euros par lesquels le dirigeant espérait clore son exercice à la fin de l’année dernière. Le tout en refusant d’être agréé par les compagnies d’assurance lesquelles, en verrouillant le marché, imposeraient des taux horaires intenables aux réparateurs.
Un marché de plus en plus verrouillé
"Certains assureurs ont décidé de racheter des entités de vitrage pour maîtriser le marché qu’ils avaient pénétré par des garages agréés, comme l’illustre le rachat de Mondial Pare-Brise par la compagnie d’assurances La Macif en 2023", certifie Samuel Brigantino.
À tel point que les réseaux de réparation agréés par les compagnies d’assurances, dominés par trois grands réseaux nationaux (Carglass, France Pare-Brise et Mondial Pare-Brise), représentent ensemble désormais près de 75 % du volume de l’activité de ce marché, le reste étant occupé par des indépendants (non agréés) tels que Oui Glass, 123 pare-brise (1 300 employés) ou Glass Express.
La loi Hamon contournée
Samuel Brigantino dénonce un contournement de la loi n°2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation, dite loi Hamon, qui consacre le libre choix du réparateur (garagiste, mécanicien, carrossier) par l’assuré. "Les clients sont fortement incités à s’adresser aux réparateurs agréés. Puis, on fait intervenir des cabinets d’expertise. Or, certains assureurs ont également acquis des cabinets d’expertise : le numéro 1 en France, BCA Expertise, est détenu par les compagnies d’assurances AXA, Covéa, Pacifica et Allianz", ajoute le dirigeant.
"Les experts ne se déplacent même plus pour examiner le véhicule. Ils délivrent des avis sur pièces et n’examinent plus que des factures".
Selon le dirigeant, ce sont 80 % des dossiers, selon le dirigeant, qui passeraient entre les mains de ces experts pas vraiment indépendants des compagnies d’assurances. "Non seulement, les experts ne se déplacent même plus pour examiner le véhicule et exercent des avis sur pièces et n’examinent plus que des factures, mais ils appliquent, de surcroît, des barèmes d’assurance, ce qui est strictement interdit", dénonce le chef d’entreprise.
Depuis 2017, la cession de créance, dispensant l’avance des frais de réparation aux clients, permet aux réparateurs indépendants de notifier les créances à l’assureur qui rembourse à la réception de la facture. Mais Glass Express a pu constater un allongement des délais de paiement pouvant dépasser 80 jours. Des retards qui ont conduit au redressement judiciaire d’une partie des actifs de l'entreprise normande.
La libre concurrence menacée
"La libre concurrence des entreprises est menacée, au détriment du consommateur. Nous ne pouvons pas baisser les coûts, ne serait-ce qu’au regard de l’augmentation de la matière première de 22 % et de la nécessité de former nos techniciens". Pour un certain nombre d’entreprises, l’exercice devient très compliqué, dans la mesure où les assureurs imposent une uniformisation nationale des tarifs aux réparateurs. Ceux-ci, en contrepartie de tarifs extrêmement dégradés, se voient garantir d’importants volumes de réparation par les assureurs.
Et le dirigeant d’évoquer la liquidation judiciaire en janvier 2025 d’un autre réparateur indépendant, l’entreprise rouennaise Elite Pare-brise, comptant 180 salariés.
Une enquête nationale
Samuel Brigantino a déposé une plainte devant l’Autorité de la concurrence en janvier 2026 conjointement avec la FFC (Fédération française de la carrosserie mobilité réparations et services), laquelle a été acceptée et ouvrira, selon l’annonce de Serge Papin, ministre des petites et moyennes entreprises, une enquête nationale sur ce secteur en 2026. "Nous proposons un amendement à la loi Hamon et souhaitons trouver une solution de sortie à cette crise. On estime que la rétention des remboursements par les assureurs se monte à plusieurs centaines de millions d’euros", analyse le dirigeant normand. Le marché de la réparation du vitrage automobile française est énorme : 2 milliards d’euros tous les ans, 1 500 entreprises et 500 000 emplois.
Six mois d’observation
S’est engagée une période d’observation de six mois au cours de laquelle, Samuel Brigantino devra proposer un plan de retournement au tribunal attestant de sa capacité à subvenir aux besoins quotidiens. Le passif des deux structures en redressement judiciaire est actuellement gelé pour une période qui peut s’étendre jusqu’à 18 mois. "Ce qui nous laisse le temps de réfléchir aux moyens de résoudre notre dette sociale et fiscale", juge-t-il.
En 2026, les réparateurs non agréés par les compagnies d’assurances tels que Oui Glass, 123 pare-brise (1 300 employés) ou Glass Express ne représentent plus que 10 % des acteurs de ce marché et sont, du fait de ces pratiques commerciales, en risque.