Trente ans après avoir imaginé un "système expert" capable d’assister les déclarants en douane, Conex passe un nouveau cap. L’entreprise d’Orchies (Nord), spécialisée depuis 1985 dans les logiciels de dédouanement, a dévoilé en 2026 deux agents d’intelligence artificielle intégrés à ses solutions : ALBA, dédié à la classification tarifaire des marchandises, en février, puis LEO, spécialisé dans le traitement documentaire, en mars.
Une forte croissance
Cette accélération illustre la dynamique de la PME nordiste. Depuis l’entrée à son capital du fonds 21 Invest, fin 2023, Conex a plus que doublé de taille. L’entreprise est passée de 60 à 105 salariés et de 12 à 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. Déjà implantée au Royaume-Uni, en Belgique et en Irlande, elle poursuit son développement européen et travaille actuellement à l’ouverture d’une filiale en Allemagne. Elle devrait atteindre les 150 salariés en 2028.
"Nous ne déployons pas de l’intelligence artificielle pour cocher une case technologique. Nous construisons une famille d’agents spécialisés, chacun expert d’un geste métier précis", résume Bertrand Gruson, président de Conex.
Des agents spécialisés pour les déclarants
Les deux agents répondent à des problématiques bien identifiées par les déclarants en douane. ALBA intervient sur la classification tarifaire, un exercice qui consiste à attribuer à chaque marchandise un code déterminant les droits de douane et les réglementations applicables, parmi des milliers de possibilités. Selon Conex, l’outil atteint un taux de classification exacte de 95 %, validé sur plusieurs milliers de requêtes.
"Dans un environnement aussi réglementé que la douane, en cas d’erreur de classification les risques sont majeurs : contrôles, blocages de marchandises, contentieux, redressements financiers", alerte Bertrand Gruson. "ALBA permet au déclarant de décrire en langage courant le produit qu’il veut déclarer. L’agent pose des questions, fait des suggestions et les justifie, dans une démarche pédagogique. Il ne s’agit pas de faire à la place de l’humain, ce qui reviendrait à lui retirer des compétences. Au contraire, l’idée est d’apprendre avec ALBA."
LEO, lancé un mois plus tard, s’attaque quant à lui à une autre difficulté du métier : la gestion des documents. Factures commerciales, certificats d’origine, bons de livraison ou "packing lists" représentent des heures de ressaisie pour les équipes douane. L’agent est capable de lire et d’extraire automatiquement les données pertinentes, dans des documents dans toutes les langues, avant de les injecter dans les outils déclaratifs de Conex.
"Ce ne sont pas des outils généralistes : ce sont des expertises incarnées, intégrées là où le déclarant en a besoin, au cœur de son poste de travail. C’est notre conception de la douane augmentée : des agents qui amplifient l’humain, jamais ne le remplacent", insiste Bertrand Gruson.
Un projet imaginé dès les années 1990
Si l’entreprise s’empare aujourd’hui de l’IA, elle rappelle que cette orientation s’inscrit dans une histoire plus ancienne. En 1995, son fondateur Alban Gruson lançait SelecTarif, une encyclopédie douanière numérique, alors que les référentiels réglementaires existaient encore sous forme de classeurs papier et de microfiches. Aujourd’hui rebaptisée Tariff via Conex, cette base documentaire est déployée dans six pays européens.
"Mon père rêvait d’un système expert capable de guider les déclarants dans leur démarche de classement tarifaire. Les limites technologiques de l’époque ne l’ont pas permis", retrace Bertrand Gruson.
Trente ans plus tard, ALBA, dont le nom est un clin d’oeil à celui du fondateur de Conex, concrétise cette ambition. Après ces deux premiers lancements, l’entreprise annonce déjà le déploiement d’autres agents spécialisés au cours de l’année 2026.