Alpes-Maritimes
"Le CO2 est une valeur comptable pour tous les acteurs économiques"
Interview Alpes-Maritimes # Industrie # Start-up

Hervé Hamy président de Qairbon "Le CO2 est une valeur comptable pour tous les acteurs économiques"

S'abonner

Et si la transition écologique de l’industrie mondiale passait par l’espace ? Implantée à Grasse, la jeune entreprise Qairbon y travaille. Elle traite et simplifie les mesures d’émissions de CO2 industrielles réalisées par satellite à travers le monde. Pour Hervé Hamy, son président qui a quitté Thales Alenia Space pour se lancer dans cette aventure entrepreneuriale, il s’agit d’avoir un impact majeur avant tout environnemental mais aussi économique.

Jean-Philippe Durieux, Hervé Hamy, le président, et Benoît Blanco, sont les cofondateurs de Qairbon qui vise à mesurer les émissions de CO2 industrielles par satellite — Photo : Qairbon

Comment votre jeune entreprise Qairbon est-elle née ?

Nous sommes trois cofondateurs dont deux associés qui étions chez Thales Alenia Space, à Cannes. Nous nous sommes demandé, à un moment, ce que nous pourrions faire, nous-mêmes, avec toutes ces technologies, pour avoir un impact sur l’environnement, pour aller au-delà de ce que nous faisions. De cette motivation forte sont nées Qairbon et l’idée de mesurer des émissions de CO2 de sites industriels par satellite.

Comment proposez-vous alors de mesurer les émissions de CO2 industrielles dans le monde ?

Aujourd’hui, le CO2 est une valeur comptable pour tous les acteurs économiques. Or, en face de cela, il y a beaucoup d’imperfections, d’hétérogénéité et d’incertitudes dans les données utilisées. Et les informations sont souvent annuelles, peu disponibles.

Comment récupérez-vous ces données ?

Nous utilisons les données des satellites existants, institutionnels qui sont accessibles, ou commerciaux, exploités par des opérateurs de services canadiens, européens, américains. Peu sont capables de mesurer du CO2, car c’est très compliqué. Notre positionnement est d’utiliser, de valoriser toutes les données existantes. Les satellites, c’est une chose, apportent des mesures très brutes. Mais la capacité de traiter ces données-là requiert beaucoup de data science, d’algorithmie, de science de l’atmosphère, c’est là qu’est notre valeur ajoutée.

À qui vous adressez-vous essentiellement ?

Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) va entrer pleinement en vigueur en 2026. Les produits importés en Europe seront soumis aux quotas carbone déjà en place sur les produits fabriqués en Europe. Sont donc concernés l’industrie lourde, l’acier, l’aluminium, la chimie, le verre, les engrais, le ciment… ce sont tous ces produits dont on parle qui sont très producteurs de CO2. Les importateurs européens vont donc voir le prix de leurs importations augmenter. Ils pourront choisir leur fournisseur en fonction de ses émissions de carbone. C’est donc aussi un enjeu de compétitivité majeur.

Un autre exemple concerne les investisseurs, pour lesquels il est important de connaître précisément les "émissions financées" (indirectes, NDLR) de leur portefeuille d’actifs.

Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

Nous sommes une jeune entreprise, créée en juillet 2024 mais véritablement opérationnelle depuis début 2025. Nous venons de réaliser une première preuve de concept grâce au soutien du CNES, en partenariat avec le ministère de la Transition écologique, dans le cadre du programme Copernicus, de Bpifrance, de l’incubateur Provence Côte d’Azur, du Pôle Safe et de la Région Sud. Nous avons pu lever, pour nous lancer, un million d’euros auprès de Bpifrance et d’investisseurs.

L’objectif est d’être les premiers, d’aller vite. Notre ambition est de devenir la référence mondiale des émissions de CO2 industrielles.

Nous pensons effectuer notre lancement commercial avant la fin de l’année. En parallèle, nous avons lancé une première phase de R & D sur le traitement de données pour lequel nous avons des collaborations avec des laboratoires de recherche, nous sommes vraiment dans de la deeptech, et de la R & D sur l’aspect spatial. Nous voulons nous-même développer un satellite.

Qairbon doit permettre de mesurer par satellite les émissions de CO2 issues de sites industriels dans le monde, en toute indépendance et avec une grande précision — Photo : EMIT (NASA/JPL-Caltech), Copernicus Sentinel (2023), Sentinel-2. Qairbon.

Tous les satellites ne peuvent-ils pas effectuer ce type de mesure ?

Il faut en effet des satellites spécifiques qui analysent les flux lumineux et très concrètement, les rayons du soleil quand ils sont réfléchis par la Terre. Il faut une capacité d’analyse de spectroscopie très fine. Il n’y a que quelques satellites qui font cela au niveau requis. C’est extrêmement complexe. Il faut retrouver la composition de l’atmosphère à partir de multiples mesures, cela donne une carte de concentrations, il faut identifier le panache, le CO2, il faut déduire le flux d’émissions, trouver la source du panache, savoir combien elle émet par heure… Il y a beaucoup de complexité, beaucoup de technique, mais c’est notre valeur ajoutée de simplifier les choses pour apporter un produit directement utile que ce soit pour un industriel, un financier ou un institutionnel.

La précision est-elle donc un enjeu majeur ?

Oui, car nous faisons de la mesure à l’échelle des sites industriels. Pour arriver à avoir une incertitude faible et avoir ces mesures partout et en quantité, sachant qu’on parle de 20 000 sites dans le monde. Il y a donc du travail devant nous mais on sait par où prendre le sujet, on sait comment avoir de la donnée fiable.

Alpes-Maritimes # Industrie # Aéronautique et spatial # Start-up # Transition écologique # Innovation
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise QAIRBON