C’est une opération majeure pour la filière des oléagineux français qui vient de se concrétiser en Meuse. Le groupe Avril (8 400 salariés, 7,7 Md€ de CA), basé à Paris, a finalisé le rachat de l’unité industrielle de Champlor, située à Baleycourt, à proximité immédiate de Verdun. Ce site, jusqu’alors propriété de l’entreprise américaine Valtris Specialty Chemicals (700 salariés, CA : 7 Md$), opère dans la trituration, le raffinage et la production d’huiles et de biodiesel à partir de graines de colza, pour une capacité de 400 000 tonnes par an.
Un ancrage territorial renforcé pour Saipol
L’opération est réalisée par Saipol, filiale du groupe Avril et leader européen de la transformation des oléagineux. "Nous avons trois métiers aux dynamiques très différentes au sein de Saipol", précise Emmanuel Manichon, directeur général des domaines grande consommation et première transformation et énergies renouvelables pour le groupe Avril. À partir d’environ 3,4 millions de tonnes de graines de colza et de tournesol transformées chaque année en France, Saipol produit 1,8 million de tonnes de tourteaux destinés à l’alimentation animale. Un marché "très fortement poussé aujourd’hui par la consommation de chair blanche, notamment les poulets, les œufs, ou encore les petits ruminants", souligne Emmanuel Manichon.
Des tourteaux, de l’huile et des biocarburants
Autre métier, la production d’huile végétale, notamment pour la marque Lesieur : Saipol produit chaque année près d’un million de tonnes d’huile de table, une activité "très fortement corrélée à l’activité des crêpes", précise le directeur général. Enfin, troisième métier, poussé par "la question de la transition environnementale", comme le rappelle Emmanuel Manichon, la production de biocarburants qui permettent de limiter d’environ "60 % par rapport par rapport au diesel fossile" les émissions de CO2 : Saipol met sur le marché environ 1,2 million de tonnes de biocarburant chaque année.
"Après un certain nombre de traitements chimiques, nous produisons des additifs qui rentrent dans la composition du diesel B7, mais aussi des solutions comme le B100, que nous commercialisons sous la marque Oléo 100 et qui est destinée au transport routier", détaille Emmanuel Manichon.
Six sites de production en France
Avec cette acquisition, Saipol renforce ses capacités industrielles et son maillage territorial. L’entreprise, qui affiche un chiffre d’affaires variant "très fortement suivant le prix de la graine sur les marchés", soit entre "4 et 5 milliards d’euros", intègre désormais une unité capable de transformer environ 400 000 tonnes de graines par an. L’usine de Baleycourt s’ajoute aux cinq autres sites industriels de Saipol répartis sur le territoire français.
"L’enjeu est de saturer les outils de production pour qu’ils puissent avoir la meilleure performance à la fois industrielle et économique."
En termes d’emploi, avec l’intégration des 86 salariés de l’équipe meusienne, Saipol emploie désormais plus de 770 salariés en France. "Actuellement, le site doit être utilisé à environ 85 % de ses capacités", estime Emmanuel Manichon. "Maintenant, ce qui compte, c’est de saturer les outils de production pour qu’ils puissent avoir la meilleure performance à la fois industrielle et économique." Concrètement, l’enjeu pour le groupe est désormais d’acheter les volumes de graines qui permettront d’atteindre 100 % de l’utilisation des capacités de production. "Nous nous positionnons clairement pour le faire", assure Emmanuel Manichon. Les graines transformées à Baleycourt sont collectées dans un rayon de 150 kilomètres autour de l’usine, essentiellement en Champagne Ardennes.
Des capitaux français pour une pérennité "extrêmement forte"
Pour Jean-Philippe Puig, le directeur général d’Avril, cette acquisition dépasse la simple opportunité industrielle et permet au groupe d’affirmer sa "mission fondatrice" visant à valoriser "les productions agricoles françaises". En rejoignant le groupe Avril, le site est désormais contrôlé par "des capitaux français", insiste Emmanuel Manichon. "C’est le gage d’une pérennité extrêmement forte, qui est l’enjeu numéro un, et la raison pour laquelle le groupe Avril existe", poursuit-il.
Le désengagement partiel de l’américain Valtris
Du côté du cédant, cette vente marque un recentrage stratégique. Valtris, groupe américain basé dans l’Ohio, est un poids lourd mondial des additifs de performance. Si l’entreprise affiche un chiffre d’affaires global de 7,7 milliards de dollars et emploie environ 700 personnes, l’activité de transformation de graines de colza n’était plus au cœur de son portefeuille "Specialty Chemicals". Valtris ne quitte pas pour autant le site de Baleycourt. L’accord prévoit en effet que l’entreprise américaine continuera d’exploiter ses activités de chimie fine, qui restent co-localisées sur la même plateforme industrielle. Ce détourage d’activité permet à Valtris de se focaliser sur ses métiers de production d’additifs pour les polymères, utilisés dans divers secteurs tels que les revêtements, les adhésifs ou encore les produits d’étanchéité.