C’est une alliance d’ampleur qu’ont scellée les groupes viticoles AdVini (CA 2025 : 270 M€, 950 salariés), basé à Saint-Félix-de-Lodez (Hérault), et le bordelais Cordier by InVivo (CA : 191 M€, 420 personnes), filiale vin du groupe InVivo (CA : 11,4 Md€).
Reprise des marques Café de Paris et Cordier
Entré en vigueur le 30 avril 2026, l’accord prévoit que Cordier by InVivo apporte au groupe languedocien 1,8 million d’euros de cash et 9,7 millions d’euros d’actifs à travers ses marques phare Café de Paris et Cordier, soit une valeur totale d’environ 11,5 millions d’euros. En retour, InVivo prend une participation d’environ 7,8 % au capital d’AdVini et Thierry Blandinières, le directeur général du groupe InVivo, obtient une place au conseil d’administration d’AdVini. Cette acquisition par AdVini comprend le transfert des équipes de Cordier, soit 80 personnes et de son usine de Saint-André-de-Cubzac (Gironde), qui viendra s’ajouter aux sept sites d’embouteillage d’AdVini. À la clé, le chiffre d’affaires d’AdVini va s’étoffer de 40 à 50 millions d’euros.
S'étant séparé de Cordier, InVivo renomme sa filiale vin : elle devient Vinadeis by InVivo à compter de ce mois de mai 2026. Celle-ci réunit 10 caves coopératives partenaires et 4 100 viticulteurs dans tout le Sud de la France et la vallée du Rhône, avec notamment les marques Mythique et Bonne Nouvelle.
"InVivo a décidé de s’adosser à un leader : nous, en l’occurrence"
InVivo, qui a créé son pilier vin en 2015, n’a pas connu le succès espéré et a dû revoir ses ambitions. En position de fragilité, "InVivo a décidé de s’adosser à un leader : nous, en l’occurrence", commente Antoine Leccia, PDG d’AdVini.
"Dans un contexte économique et géopolitique qui n’a jamais été aussi incertain, avec une baisse de la consommation qui s’accentue depuis quelques années, et un changement climatique impactant la production de vin, la filière fait face à des défis sans précédent", explique Thierry Blandinières. "C’est dans ce cadre que j’apporte une partie de nos actifs et tout le soutien de notre groupe à AdVini."
Le marketing, talon d’Achille français
Antoine Leccia affiche une lecture plus optimiste du contexte : "Le marché mondial représente trois milliards de bouteilles. Même s’il diminue de 10 %, il restera 2,7 milliards de bouteilles. C’est énorme ! Un des points majeurs dans les difficultés du vin français est son manque de capacités commerciales et marketing. L’enjeu pour la France est d’être présente sur le terrain, de s’adapter aux différents marchés. Souvent en France, les structures n’ont pas la taille suffisante pour assurer cette présence. Les budgets pour le marketing sont très faibles."
Première étape : proposer une offre de qualité
AdVini a commencé par structurer ses fondations en constituant au fil du temps une offre diversifiée et de qualité, avec un vignoble en majorité en bio ou en HVE (haute valeur environnementale). Le domaine Le Pive (AOP Sable de Camargue) a été le premier à obtenir la certification Bio en 2005.
"C’est bien de produire de jolis vins, mais la deuxième étape, c’est d’être capable de les vendre. Le métier, ce n’est pas seulement taper aux portes, c’est toute une organisation, une supply chain, de l’intelligence culturelle, du marketing. Cette organisation est peu fréquente aujourd’hui dans le monde du vin. Aussi, chez AdVini, nous devons continuer à muscler nos équipes de vente et aller à l’étranger". C’est là que Cordier intervient.
Le groupe languedocien, dont le premier actionnaire reste la famille historique Jeanjean (à 43 %), n’a pas repris toute l’activité de Cordier, mais bien les actifs qui l’intéressaient, complémentaires de son portefeuille, afin de l’enrichir. Il entend les faire fructifier pour porter son développement.
Accélérer sur le marketing à l’export
"Avec Cordier, notre intérêt est d’abord de renforcer nos équipes de distribution à l’international", assure le dirigeant. AdVini va ainsi pouvoir compter sur de nouvelles équipes aux Pays Bas, en Belgique, au Japon, au Canada et aux États-Unis. Le groupe occitan est historiquement implanté en Afrique du Sud où il possède des domaines sur 250 hectares (sur les plus de 2 000 hectares du groupe). Il est également n°1 français sur le marché canadien. Le fruit de "vingt ans de travail". L’agence locale, qui compte 15 personnes aujourd’hui, a été ouverte en 1997. Le groupe compte huit bureaux de commercialisation dans le monde : aux États-Unis, en Scandinavie, en Angleterre, en Italie, en Chine, etc. Avec une ambition : devenir le n°1 français dans ces pays.
Avant les années 2000, l’export représentait moins de 5 % du chiffre d’affaires. Il atteint désormais 60 % du chiffre d’affaires, et AdVini espère passer à 70 %. Aux 300 collaborateurs du groupe employés à l’étranger s’ajouteront les équipes commerciales de Cordier, soit environ 50 personnes.
Une ouverture sur les vins effervescents
Le deuxième objectif d’AdVini est d’entrer sur de nouveaux marchés, qui se développent dans le monde entier. Café de Paris répond à cette attente en lui ouvrant les portes du monde des vins effervescents, essentiellement pour l’export. Cette marque est déjà présente au Japon, aux États-Unis et en Suisse. "Notre force de vente peut la distribuer sur d’autres pays, comme nous l’avons fait avec nos autres marques", envisage Antoine Leccia.
AdVini caresse un projet complémentaire : celui d’utiliser le site girondin de Saint-André-de-Cubzac dédié à Café de Paris, pour développer la production de vin sans alcool, encore naissante. Le savoir-faire et les outils utiles au vin pétillant sont comparables à ceux du vin sans alcool.
Dernière motivation pour AdVini : "Nous reprenons la marque Cordier pour consolider notre présence à Bordeaux." Présent depuis 2007, le groupe possède déjà dans ce vignoble près de 200 hectares, cinq châteaux, et une activité de négociant, avec la marque Jules Lebègue.
Une maîtrise de la supply chain
L’alliance avec InVivo s’inscrit dans la stratégie de longue date déployée par le groupe héraultais : celle de maîtriser l’ensemble de la filière, de la production à la distribution. Au début des années 70, la famille Jeanjean a décidé d’arrêter le vrac – et donc de se couper de ses clients existants — pour s’orienter vers le conditionnement en bouteille et la commercialisation en grandes surfaces. Les premières bouteilles, en plastique, ont été produites en 1969. "Cela a façonné la maison Jeanjean pendant toutes ces années", explique Antoine Leccia. Ayant d’abord recours à des commerciaux externalisés, le groupe a ensuite pris en main cette activité.
Avec les premières acquisitions, le modèle s’est affiné avec la reprise de la Maison Ogier (Châteauneuf-du-Pape, Vaucluse) en 1993, puis de Gassier en Provence (Sainte-Victoire, Bouches-du-Rhône) en 2004. Ces structures, souvent en difficulté, ont été redressées. Autour des vins du domaine, une marque régionale est valorisée, et une chaîne complète maîtrisée, de la vigne à la commercialisation. Ainsi, par exemple, à côté du Château Gassier et ses 142 hectares, on trouve des vins de toute la Provence vendus sous la marque Gassier : "Nous utilisons nos propres raisins, mais nous achetons aussi des raisins et du vin en vrac", détaille le dirigeant. Cela permet de rentabiliser les outils de vinification sur place et les moyens de commercialisation.
Écoles de dégustation et e-learning
Du marketing, de l’international et de la diversification : pour compléter ou appuyer ces trois piliers, Advini investit les multiples facettes de l’immense univers du vin. Le groupe développe l’œnotourisme sur ses domaines, a créé Prodégustation, première école de dégustation en France avec 13 000 élèves en 2025, a acquis le Club français du vin (vente par correspondance), déploie des modules d’e-learning pour ses salariés. Avec toujours cette ambition de devenir "un acteur à 360°".