SAF + veut implanter une usine de carburant vert à 700 millions d’euros à Port-La-Nouvelle
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SAF + veut implanter une usine de carburant vert à 700 millions d’euros à Port-La-Nouvelle

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Le canadien SAF + International Group (SAF + IG) compte faire construire à Port-La-Nouvelle (Aude) une unité de production d’électro-carburant d’aviation durable (e-SAF). Ce projet ambitieux représenterait un investissement de 700 millions d’euros, voire plus d’un milliard avec les équipements connexes.

Le projet de SAF + occupera au moins 7 hectares sur la zone logistique récemment créée à Port-la-Nouvelle — Photo : DR

La bonne nouvelle attendue depuis fin 2025 est enfin annoncée : la Semop, qui gère l’activité du port de Port-La-Nouvelle (Aude), vient de signer en avril 2026 un protocole d’accord avec SAF +, pure player canadien (6 personnes), portant sur un projet d’unité de production de carburant d’aviation durable (e-SAF, electro sustainable aviation fuel). L’e-SAF, carburant synthétique qui remplace le carburant fossile conventionnel, émet 90 % de carbone en moins que le kérosène. Une surface de 7 hectares (extensible à 10 hectares) sur la zone portuaire est réservée pour cette implantation.

75 000 tonnes

La future usine pourra produire chaque année 75 000 tonnes d’e-SAF. Son cœur productif sera composé de deux réacteurs chimiques (des tours de 20 mètres de haut et 15 mètres de large) où se réaliseront les conversions gazeuses. Cette unité emploiera 100 personnes sur place et générera 300 à 400 emplois indirects pour l’approvisionnement, la maintenance, etc. À ce stade, SAF + estime son projet à 700 millions d’euros, mais "je pense que l’installation de l’écosystème industriel global mobilisera plus d’un milliard d’euros", glisse Pierre Gonthier, PDG de SAF +. L’échéance envisagée pour un début de production est 2031.

De l’hydrogène et du CO2

On n’en est pas là. Ce projet va suivre les étapes réglementaires et techniques nécessaires à sa concrétisation. Créée en 2019 au Canada, SAF + est une start-up dédiée à la production d’e-SAF. Elle a monté une unité pilote à Montréal, qui a prouvé en 2021, qu’il était possible de produire du carburant d’aviation durable (SAF) de troisième génération, c’est-à-dire non issu de la biomasse (le e de e-SAF désigne le recours à d’importantes quantités d’électricité). SAF + produit du e-SAF par une combinaison d’hydrogène décarboné et de CO2 capté. "Tant qu’il y aura de l’eau sur Terre et des énergies renouvelables pour la convertir en hydrogène, nous ne serons pas contraints pour l’approvisionnement", résume Pierre Gonthier. D’autres contraintes techniques ou économiques sont à lever, et ce projet entend faire la preuve de sa viabilité. L’usine de Port-La-Nouvelle sera la première pour le groupe.

L’unité pilote montée par SAF + à Montréal a fait ses preuves — Photo : Saf+ international

Un pool de partenaires internationaux

SAF + France est le développeur de ce projet franco-canadien. Pour le mener à bien, il s’associe à un panel de partenaires techniques. La compagnie pétrochimique sud-africaine Sasol (CA : 13 Md€) dispose du savoir-faire pour transformer les intrants décarbonés en carburant synthétique (procédé Fischer-Tropsch). Le danois Topsoe (2 800 employés) apportera sa technologie pour les catalyseurs. Quant au californien Captura, il sait capturer le CO2 océanique, 150 fois plus concentré que celui de l’atmosphère. SAF + a également noué un partenariat avec Schneider Electric (CA : 40 Md€, 176 000 salariés) en 2024. Le groupe français apportera son expertise sur la construction d’usine, et en particulier une simulation grâce à un jumeau numérique. On trouve encore le cabinet d’ingénierie canadien BBA Consultants (1 650 collaborateurs), qui va gérer la relation avec le constructeur retenu (EPCiste, pour Engineering Procurement and Construction), le moment venu.

Pierre Gonthier, PDG de SAF + International Group, lors du salon Hyvolution — Photo : Saf+ international

Les étapes du parcours

Plusieurs étapes ont été franchies : le FEL1 (Front-end loading) sur la faisabilité, le FEL2 sur le concept d’usine. "Il nous manquait le terrain pour passer au FEL3/FEED (Front-end engineering and design). C’est le cas maintenant", se réjouit le dirigeant. Ainsi, des études de faisabilité vont être engagées en prenant en compte les particularités du site de Port-La-Nouvelle : environnement, ressources, accès, etc. "Nous espérons les démarrer en janvier 2027. Elles dureront de 12 à 18 mois".

La marge d’erreur de l’estimation de l’investissement de 700 millions d’euros est de 30 %. Ces études Feed vont permettre de l’abaisser à 15 %. Ce n’est qu’à ce moment-là que la décision d’investissement finale sera prise et que "nous pourrons aller sur le marché des capitaux afin de convaincre des investisseurs", explique le dirigeant québécois. Ce dernier promet de délivrer des compléments d’information d’ici quelques semaines, portant sur ces pistes de financement, ainsi que sur les sources d’approvisionnement envisagées, notamment pour l’hydrogène.

Futur hub de l’hydrogène bas-carbone, Port-La-Nouvelle accueille déjà l’usine Hyd’Occ de l’énergéticien montpelliérain Qair (730 collaborateurs) et s’annonce comme le point d’ancrage du projet de réseau de distribution HySow, à l’étude, porté par le palois Téréga (CA 2024 : 517 M€). Hans Kerstens, le directeur de la Semop, se félicite logiquement de "cette nouvelle étape dans la trajectoire du port de Port-La Nouvelle au service de la transition énergétique".

Décisions politiques

Le choix de l’implantation dans le port audois tient d’abord à deux décisions politiques. "Initialement, nous espérions nous appuyer sur le surplus de l’hydroélectricité produite au Québec, mais en 2023, le gouvernement a décidé de l’attribuer à d’autres usages", explique Pierre Gonthier. La même année, l’Union européenne a adopté sa législation sur l’e-fuel "ReFuel EU" ouvrant la voie à un marché de l’e-SAF en 2030 pour le RFNBO (carburant renouvelable d’origine non biologique).

Ensuite, la France présentait divers signaux positifs aux yeux des Canadiens. Après avoir étudié plusieurs sites, une "convergence" est apparue avec Port-La-Nouvelle, en termes de timing et d’offre.

En janvier 2026, lors du salon Hyvolution 2026 à Paris, SAF + avait annoncé son projet d’implantation dans le sud de la France, sans préciser la localisation.

Même le délégué commercial de l’Ambassade du Canada en France, Denis Trottier, a commenté cette annonce : "Ce partenariat franco-canadien illustre l’engagement commun de nos deux pays en faveur d’une économie sobre en carbone et d’une coopération industrielle durable."

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