Ne le classez pas dans le packaging ! Bien plus qu’un bouchonnier, le groupe Diam Bouchage (653 salariés, CA 2025 : 222,5 M€), basé à Céret (Pyrénées-Orientales), se définit comme une entreprise de haute technologie œnologique. Il ne se contente pas d’acheter du liège : depuis 20 ans, il accumule les innovations, avec 20 brevets à son actif afin de révolutionner la conservation du vin. Son coup de maître a été la mise au point du procédé "Diamant", qui utilise le CO2 supercritique pour extraire les composés volatils du liège, responsable du goût de bouchon.
L’innovation comme levier de croissance
Sur un marché mondial du vin en baisse (8 % de volume en moins depuis 2020), Diam Bouchage continue de miser sur une R & D intensive pour tirer sa croissance : fin 2025, il s’est doté d’un plan quinquennal promettant au moins 4 produits innovants par an. "Après 13 ans de croissance continue, nous arrivions à un plateau de chiffre d’affaires depuis le Covid. Même si la profitabilité reste bonne, même si nous gagnons des parts de marché chaque trimestre – notamment dans le haut de gamme –, nous devons continuer à investir dans notre R & D et nos process pour aller chercher de la valeur", analyse Eric Feunteun, directeur général de Diam Bouchage depuis 2024.
L’intelligence artificielle au service de la qualité
L’exercice 2025 s’est caractérisé par un montant record d’investissements, avec 15 millions d’euros engagés en un an. Diam Bouchage vient notamment de refondre son process d’emballage (coût : 3 M€), avec une nouvelle ligne qui sera mise en service en avril 2026 face à ce défi : tracer les quelque 2 milliards de bouchons fabriqués par le groupe chaque année. "Cette nouvelle ligne assure tous les contrôles de qualité finaux par intelligence artificielle. La machine contrôle chaque bouchon un à un par système optique", vante le dirigeant. De même, le groupe a consolidé son pôle R & D, qui emploie 20 personnes, avec le recrutement de Moaad Bakali comme directeur de l’innovation de rupture, et de 2 ingénieurs en recherche.
Le pari du biosourcé pour la durabilité
Dans le cadre de son plan 2030, Diam Bouchage prévoit de revenir à un niveau plus habituel de 10 millions d’euros investis par an, "sauf si la conjoncture commande de faire plus". L’un des axes stratégiques vise à poursuivre l’innovation dans les produits biosourcés. Depuis 2017, le groupe développe la gamme "Origine", où il intègre une émulsion de cire d’abeille au liège pour stopper l’utilisation des liants chimiques. "Nous sommes persuadés que cette gamme représente une solution d’avenir pour la viticulture car elle allie la sécurité du produit à une réelle préoccupation de durabilité", estime François Margot, directeur commercial de Diam Bouchage.
Avec 4 bouchons aux caractéristiques différenciées, la gamme semble complète, mais le groupe doit encore résoudre l’équation économique pour mieux la vendre. "Cette gamme est plus chère que notre offre de bouchons traditionnels. Nous allons travailler pour réduire cet écart de prix. Nous voulons aussi la transposer, au-delà des vins tranquilles, aux segments des vins effervescents et des spiritueux", poursuit Eric Feunteun.
Cap sur la neutralité carbone
Dans cet esprit, le plan 2030 vise à accélérer la transition écologique du groupe. Celui-ci a atteint, avec un an d’avance, son objectif fixé à 2025 (15 % d’émissions en moins). Il veut désormais réduire d’un tiers son impact carbone par rapport au dernier exercice à l’horizon 2030. Plusieurs investissements sont prévus à cette fin, comme le nouveau process d’emballage. Diam Bouchage vient aussi d’inaugurer une centrale solaire destinée à alimenter l’un de ses 3 sites de production, l’usine de San Vincente de Alcantara (Espagne) : à la clef, 5 millions d’euros d’investissement pour déployer cette infrastructure de 13 ha, qui couvrira 100 % des besoins en été.
De même, le groupe réfléchit aux moyens d’optimiser sa performance industrielle, afin de monter en qualité de fabrication tout en réduisant les coûts et les délais. "En raison de contraintes liées à la fabrication des bouchons, notre métier connaît d’importantes pertes de matières premières. Un kg de liège en entrée de ligne n’équivaut pas à un kg de bouchons à la fin, loin de là. Nous étudions des innovations de ruptures sur les process industriels pour réduire ces pertes", promet Eric Feunteun.
L’oxygène sous haute surveillance
En d’autres termes, Diam Bouchage aligne les innovations pour développer une stratégie œnologique de précision, visant à couvrir chaque niche connue ou émergente du marché. Le plan stratégique prévoit 5 lancements en 2026, après les 6 réussis en 2025. Parmi les pistes explorées figure la maîtrise de l’oxygène : le groupe a récemment lancé "LiOX", un nouveau bouchon technologique destiné aux vins effervescents, permettant de réduire de moitié l’apport d’oxygène à l’embouteillage. "Les maîtres de chais peuvent choisir le taux d’oxygénation en milligrammes d’oxygène par an : c’est unique au monde", sourit le dirigeant.
Diam Bouchage veut aller plus loin dans cette voie : deux déclinaisons de ce produit sont prévues, notamment pour cibler le segment des vins no/low (sans ou à faible teneur d’alcool), qui rencontrent un vif succès. "Privés de l’effet protecteur de l’alcool, les vins no/low se révèlent sensibles à l’oxygène et sont un défi en matière de stabilité et de conservation des arômes. Notre savoir-faire répond concrètement à ces enjeux", assure Eric Feunteun.
S’adapter aux nouveaux formats
Alors que la consommation mondiale de vin est à son plus bas niveau depuis les années 1960, Diam Bouchage professe l’urgence d’expérimenter pour se greffer aux nouvelles tendances, dans une filière "où on a peu innové depuis 50 ans", d’après son DG. Par exemple, le groupe travaille avec une deeptech spécialisée dans l’œnologie pour voir comment aborder le sujet des contenants plus petits que la bouteille classique. "Nous voulons voir comment ces formats vont segmenter le marché, et comment le bouchon de liège gardera sa pertinence technique", évalue Eric Feunteun.
Car le bouchon traditionnel doit faire face à la montée en flèche de la capsule vissée. "Aux États-Unis, nos plus gros clients sont en recherche d’économies et basculent vers la capsule", confirme le dirigeant. Lequel garde foi dans la capacité de Diam Bouchage à rebondir, une fois de plus. "Le film plastique du surbouchon – une aberration qui n’a jamais eu la moindre fonction œnologique – va bientôt disparaître. Le client verra le bouchon par transparence et sera d’autant plus sensible à sa qualité. Il est encore possible d’éduquer l’amateur de vin, d’aller vers lui. Cela nous aidera dans notre combat contre la capsule vissée !"