En mars dernier, UV Germi (environ 50 salariés) a bouclé une offre publique de rachat d’actions, autrement dit une réduction de capital, la société rachetant 800 000 de ses propres actions pour 2,64 millions d’euros. Pour quelle raison avez-vous lancé cette opération ?
UV Germi est entrée en Bourse sur Euronext Growth dans le contexte économique de 2017. Les conditions de 2026 ne sont pas les mêmes, que ce soit dû à la géopolitique ou à l’intérêt des marchés. Il m’a semblé utile de restituer de l’argent qui nous avait été confié à un moment où nous avions des projets qui correspondaient à un contexte qui a évolué. Plus exactement, nous n’avons pas opéré de croissance externe pour des raisons de sécurité, alors qu’on l’avait imaginé.
Au-delà de ce contexte, le patron fondateur d’UV Germi, André Bordas, a aussi souhaité faire valoir ses droits à la retraite et a cédé ses parts (24,38 %, cédés à Origine, détenue en totalité par Willy Fortunato, NDLR) en juillet 2025. J’en suis aujourd’hui l’actionnaire principal (à hauteur de 36 % en tout, NDLR). J’ai augmenté ma participation pour, dans un moment de houle, être en capacité d’avoir un maximum de capital dans l’entreprise.
"J’ai augmenté ma participation pour, dans un moment de houle, être en capacité d’avoir un maximum de capital dans l’entreprise."
Le but du rachat d’actions était donc de structurer le haut de bilan de l’entreprise et de restituer à des porteurs qui souhaitaient peut-être l’investir ailleurs. La société est rentable et on ne s’interdit pas un rachat futur. Si demain, je trouve une cible qui fait sens, je n’aurai pas de difficulté à la financer. Je préfère solliciter la Bourse en cas de besoin plutôt que d’avoir une manne et qu’on attende de moi des choses sans que je sois en capacité de les faire.
La réduction de capital et le départ du fondateur interviennent dans un contexte défavorable pour UV Germi, qui a terminé 2025 avec un chiffre d’affaires de 6,8 millions d’euros, en recul de 20 %. Qu’est-ce qui explique cette chute ? Quelles sont les perspectives pour 2026 ?
On est toujours sur un marché porteur et un secteur d’avenir. La France n’arrive pas à fournir assez d’eau pour être à l’équilibre de ses besoins. Les restrictions d’eau, les baisses de production industrielles par manque d’eau, la baisse des rendements et les conflits pour la ressource dans l’agriculture l’illustrent bien. Les besoins sont là, je suis donc confiant sur le métier d’UV Germi (ses solutions rendent l’eau potable ou permettent de la réutiliser, NDLR) et l’avenir de la filière eau en France, même si ça va évoluer sous la contrainte.
Tout ça sans compter le changement climatique et les tensions qui en découlent. Nous sommes en train de prendre un retard abyssal. La situation se tend comme un élastique qui, un jour, va nous péter à la figure.
2025 a été une année assez pluvieuse et UV Germi est climato-dépendant. L’activité augmente quand les tensions vont croissant. Les étés secs, on a beaucoup de commandes. Pour 2026, on est plus sereins, le début d’année est plus en phase avec ce qu’on a connu en 2024 (8,47 M€, + 5,5 %).
Vous avez fait état dans votre dernier bilan d’une "réorganisation commerciale", pour adresser notamment l’international, qui reste une cible. Qu’avez-vous changé dans la stratégie, quelle part de votre croissance espérez-vous en tirer ?
Pour la structuration des équipes, notamment à l’international vers l’Europe (Espagne, Italie, Allemagne et Europe de l’Est), on partage les effectifs entre des commerciaux basés à l’usine et des sous-traitants qui m’accompagnent pour aller chercher des distributeurs. En France, on a recruté des commerciaux en interne pour avoir une présence terrain supérieure.
"Il y a quelques années, commercialiser en direct pouvait faire sens mais aujourd’hui, avec les tensions créées sur certains pays, avoir un intermédiaire semble quasiment indispensable."
Notre modèle de commercialisation a aussi évolué, nous sommes davantage dans la recherche de partenariats commerciaux avec des distributeurs implantés dans des pays en capacité d’embarquer notre technologie. Il y a quelques années, commercialiser en direct pouvait faire sens mais aujourd’hui, avec les tensions créées sur certains pays, avoir un intermédiaire semble quasiment indispensable. Sur le Maghreb, notamment la Tunisie, l’Algérie et le Maroc, des distributeurs pourraient nous emmener dans d’autres pays demain, notamment africains où le besoin en qualité de l’eau est fort.
Si aujourd’hui UV Germi réalise 80 % de son chiffre d’affaires en France et 20 % à l’export, l’objectif est d’équilibrer. Et on vise à doubler le chiffre d’affaires global actuel à horizon 2030.
En novembre 2025, la Région a accordé à UV Germi une subvention de 116 000 euros (environ 10 % de l’investissement) pour développer une "nouvelle gamme de réacteurs UV plus sobres et performants" dédiés au traitement de l’eau. Où ce projet en est-il ?
Il s’agit de nouveaux ballasts électroniques, qui régulent l’alimentation électrique des lampes UV des stérilisateurs. L’objectif est de réduire leur consommation énergétique de 25 à 30 %, augmenter leur durée de vie et de les fabriquer en France, certains étant sourcés à l’étranger. Cette gamme de produits devrait voir le jour cette année et être un important relais de croissance.