Bercy se met en ordre de bataille pour favoriser la transmission d’entreprise
# Industrie # Politique économique

Bercy se met en ordre de bataille pour favoriser la transmission d’entreprise

Environ 550 000 entreprises seront à transmettre en France dans les dix ans avec à la clef 3 millions d’emplois concernés. Le constat est sans appel et l’enjeu d’importance nationale avec des impacts sur la compétitivité des entreprises et la cohésion économique des territoires.

Serge Papin, Ministre des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat — Photo : Ministère de l'économie et des finances

Serge Papin, ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat a annoncé le 23 avril 2026 la mise en œuvre d’un plan d’action spécifique "Objectif Reprises" pour relever le défi de la transmission d’entreprise, qu’elle se fasse dans le cadre intrafamilial, en externe ou avec les salariés.

550 000 entreprises à transmettre

Environ 550 000 entreprises seront à transmettre en France dans les dix ans avec à la clef 3 millions d’emplois concernés. En point de mire, "trois enjeux majeurs, selon Serge Papin, garantir notre souveraineté économique (pour) continuer à produire en France […] promouvoir nos territoires […] transmettre nos savoir-faire et compétences".

Pour promouvoir cette "grande cause économique nationale" le ministre a réuni à Bercy les acteurs du dossier, participants des groupes de travail de la mission "Reprise" lancée en juillet 2025 par le gouvernement Bayrou pour circonscrire le problème. Parmi les intervenants de cette matinée d’échanges, Patrick Martin, président du Medef, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, Michel Picon, président de l’U2P, Alain Di Crescenzo, président de CCI France, Joël Fourny, président de CMA France ou encore Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.

29 % des dirigeants de PME et d’ETI ont plus de 60 ans

En ouverture des débats l’économiste Alain Tourdjman a brossé un rapide tableau de la situation, rappelant que si l’essentiel des cessions d’entreprises se fait avant que le dirigeant ait atteint l’âge de la retraite, le vieillissement de la population de dirigeants a malgré tout pris une ampleur considérable. Aujourd’hui 29 % des dirigeants de PME et d’ETI ont plus de 60 ans contre 15 % il y a 20 ans. Or ce mouvement ne s’est pas traduit par une vague de cession au cours des dernières années, bien au contraire.

Alain Tourdjman souligne également que désormais chaque année un nombre de plus en plus important de dirigeants notamment de TPE, cesse son activité sans céder son entreprise qui du coup disparaît. Autre sujet d’inquiétude évoqué par l’économiste, le vieillissement marqué des dirigeants dans le secteur industriel (un tiers des dirigeants ont plus de 60 ans) avec de fortes disparités régionales, le rajeunissement des dirigeants de PME industrielles étant selon lui beaucoup plus marqué par exemple en Bretagne ou en Pays de la Loire que dans les Hauts-de-France.

Convaincre les dirigeants de préparer la cession

En filigrane de ce diagnostic la menace qui pèse sur la réindustrialisation du pays et la baisse de compétitivité des entreprises dans lesquelles l’absence de cession transmission nuit à l’investissement.

C’est pourquoi Serge Papin veut déployer un dispositif permettant d’infléchir la tendance en jouant sur plusieurs leviers. Il s’agit tout d’abord de convaincre les dirigeants de plus de 55 ans de préparer la cession de leur entreprise "avec notamment 3 mesures concrètes", précise le ministre : un message de sensibilisation envoyé à tous les dirigeants de plus de 55 ans […], la diffusion d’un guide du repreneur et la mise en place d’un un accueil physique partout en France dans les CCI et les Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) pour accompagner, concrètement, les cédants. Avec l’objectif de sensibiliser 25 000 dirigeants par an.

Créer le Tinder de la reprise

Deuxième levier "faire naître l’envie chez le repreneur" affirme Serge Papin qui veut notamment "susciter des vocations chez les jeunes générations". Troisième axe : créer le "Tinder" de la reprise pour mieux connecter l’offre et la demande et favoriser "la meilleure rencontre possible entre un cédant et son repreneur" affirme le ministre. Ce dernier souhaite créer "un événement cédant repreneur par trimestre dans chaque département, organisé par les CCI et les CMA".

Améliorer les financements

Enfin Serge Papin entend s’attaquer à "l’épineuse question des financements" en sanctuarisant le pacte Dutreil, dans le cadre de la reprise familiale, en instaurant dans le prochain Projet de loi de finances des dispositifs fiscaux incitatifs pour la reprise par des salariés (l’idée d’un "pacte Dutreil pour les salariés", assorti d’une fiscalité avantageuse, est évoquée par l’entourage du ministre). Ou encore en valorisant les outils existants proposés par Bpifrance comme le prêt transmission, le prêt d’honneur, ou la garantie bancaire.

L’ancien patron de Système U souhaite également monter au créneau pour mobiliser les banques, notamment les établissements mutualistes. Et ce, afin d’aider les repreneurs à financer leur projet, en actionnant par exemple le dispositif du crédit vendeur par lequel le cédant accepte d’être payé en plusieurs fois par l’acheteur. "J’y ai eu recours quand j’ai transmis à un jeune le Super U de la Châtaigneraie en Vendée" évoque le ministre. Serge Papin souhaite en faire un véritable outil de financement des reprises en mettant en place une fiscalité échelonnée.

France Pays de la Loire Bourgogne Franche-Comté Auvergne Rhône-Alpes Bretagne Corse Centre Val-de-Loire Grand Est Hauts-de-France Ile-de-France Normandie Nouvelle-Aquitaine Occitanie Région Sud # Industrie # Services # Politique économique # Écosystème et Territoire # Transmission # Reprise # Fusion-acquisition # Services de l'Etat