Prudence, incertitude, attentisme avec quelques lueurs d’optimisme. Le bilan que dresse Bpifrance de la conjoncture internationale en ce milieu d’année pour les entreprises françaises est empreint de réserve et se garde bien de toutes prévisions. L’analyse du contexte macroéconomique par Bpifrance Le Lab (le think tank de la banque publique d’investissement) se borne à pointer les principaux enjeux auxquels sont confrontées aujourd’hui les entreprises françaises dans un contexte géopolitique pour le moins agité.
Les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz
La crise du Moyen-Orient est bien évidemment au cœur des interrogations, par delà le conflit ukrainien, avec les conséquences attendues sur le prix de l’énergie. Pour l’heure si le prix du baril de pétrole et du gaz se sont envolés avec le blocage du détroit d’Ormuz, "nous ne sommes pas dans une situation comparable à la crise de 2022", constate Philippe Mutricy, directeur des études Bpifrance.
Plus inquiétant en revanche est l’impact sur le transport de certaines matières premières dont les prix augmentent et dont l’approvisionnement est menacé de pénurie (engrais, soufre, ammoniaque, aluminium, hélium, plastiques, produits chimiques…). Avec, en filigrane, un risque inflationniste majeur pour les entreprises. Lesquelles se disent pour l’heure en capacité d’absorber le choc tant sur leur capacité de production que sur leur trésorerie pour peu que ce choc reste modéré et ne dure pas trop longtemps.
Une politique douanière américaine erratique
L’autre enjeu économique majeur auquel sont confrontées les entreprises françaises vient du commerce international et de la politique douanière américaine dont on peine à percevoir l’évolution. La surtaxe de 10 % qui remplace les droits de douane dits "réciproques" annulés par Cour suprême devrait prendre fin le 24 juillet, sauf à être renouvelée par le Congrès américain et alors que le président Donald Trump a évoqué récemment son intention de porter cette surtaxe à 15 %. Certains produits en restent exemptés (minerais critiques, produits pharmaceutiques, aéronefs…) tandis que les droits de douane dits "sectoriels" au titre de la sécurité nationale et ceux imposés au titre de la concurrence déloyale restent en vigueur : 50 % pour l’acier, l’aluminium et leurs produits dérivés, 25 % pour l’automobile (15 % pour l’Union européenne), 25 % pour le bois (15 % pour l’UE)…
Le tsunami chinois
Pour autant, cette bataille asymétrique des États-Unis ne semble pas avoir eu à ce jour d’impact réel sur le commerce mondial qui continue de prospérer, tiré par les pays émergents. La Chine a réorienté ses exportations vers l’Asie (Vietnam et Thaïlande en tête) et, de façon directe ou indirecte, vers l’Union européenne. Une stratégie commerciale qui découle de la surcapacité industrielle structurelle de la Chine dont la demande intérieure demeure peu dynamique. Conséquence un risque majeur pour l’industrie européenne confrontée à ce tsunami chinois.
La bonne tenue du commerce international profite cependant aux entreprises françaises exportatrices qui anticipent une progression de leur chiffre d’affaires en 2026 (37 % des dirigeants exportant régulièrement prévoient une hausse de leur chiffre d’affaires en 2026 contre 29 % de ceux exportant occasionnellement et 19 % de ceux n’ayant jamais exporté ces cinq dernières années).
Une croissance en berne
Reste une conjoncture économique mondiale morose en dépit de la croissance enregistrée aux Etats-Unis (+ 2,2 %) portée par l’intelligence artificielle. En France cette croissance marque le pas avec des prévisions de l’ordre de 0,8 % sous réserve de l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Elle pourrait se limiter à 0,3 ou 0,6 % si le prix du baril de pétrole s’établissait durablement au-dessus de 100 dollars.
Les investissements marquent le pas
Les entreprises françaises sont par ailleurs confrontées à la baisse de la consommation des ménages qui va de pair avec la hausse du taux d’épargne et à une incertitude politique qui pèse sur leurs décisions d’investissements : si 34 % de leurs projets sont maintenus au premier trimestre 2026, 43 % sont reportés et 22 % annulés.
En outre la perspective d’allongement des taux longs conditionné par l’inflation et le déficit public risque de compromettre le financement de ces investissements et de peser sur la trésorerie des entreprises par renchérissement du coût du crédit.