Le chiffre a de quoi faire lever les yeux. Le 21 avril, le producteur agenais d’énergie et de modules photovoltaïques Reden (275 salariés) a annoncé avoir bouclé un refinancement d’un montant "d’environ 1,1 milliard d’euros", visant à accélérer le développement de ses actifs en exploitation et en construction en Europe.
De l’Europe au Japon
Le financement en question, sous forme d’emprunt bancaire, repose d’abord sur des partenaires historiques — le Crédit Agricole et Natixis, filiale de BPCE — et des banques françaises : la Société Générale, BNP Paribas et la BPI. Y figurent aussi l’italien Unicredit, le néerlandais ING, les grecs AlphaBank et Eurobank, les espagnols Unicaja et Bankinter ou le britannique Standard Chartered.
Une seule banque fait figure d’exception : le japonais MUFG (Mitsubishi UFG Financial Group). "Les banques japonaises sont friandes de projets d’infrastructures comme les nôtres et ont beaucoup d’argent à placer. Nous étions sursouscrits (plus de propositions que nécessaire, NDLR) et avons dû laisser de la place aux banques françaises", assure Franck Demaille, directeur général de Reden.
"Regrouper en une seule dette a permis de simplifier les choses et de bénéficier de meilleures conditions de financement tout en diversifiant le risque."
Cette opération refinance, pour majorité, de la dette déjà ancienne et "essentiellement liée aux projets. À chaque fois qu’on en lance un nouveau, on va souscrire une nouvelle dette auprès de prêteurs. On se retrouvait avec une centaine de véhicules endettés et une gestion assez lourde. Regrouper en une seule dette a permis de simplifier les choses et de bénéficier de meilleures conditions de financement tout en diversifiant le risque", ajoute le dirigeant.
À cet intérêt de miser sur un gros montant s’ajoute la capacité pour Reden d’être plus agile sur l’arrivée potentielle de nouveaux projets. "Nous avons mis en place dans cette opération une ligne de crédit de 250 millions d’euros qui nous permet de financer nos investissements sans aller renégocier avec les banques à chaque fois qu’un nouveau projet arrive. Ce n’est qu’une fois que la somme est utilisée que les banques vont venir refinancer. C’est un tampon qui accélère les choses et les dérisque".
Diversifier le portefeuille
Derrière cette opération à 9 zéros, on trouve une volonté de Reden de diversifier son portefeuille de projets à l’échelle européenne. S’il possède déjà 1,1 GW de capacité installée, il veut la tripler à horizon 2030 en "l’équilibrant entre différents pays : 30 à 40 % en France, 25 % en Italie et le reste en Espagne et en Allemagne", ajoute Frank Demaille.
Pour l’heure, la France reste prépondérante dans son portefeuille de projets, mais Reden a notamment accéléré ces derniers mois en Italie, très dépendante du gaz et avec de fortes ambitions sur le renouvelable, en signant coup sur coup deux accords avec les italiens SHI Holding et ACN Contract. Le lot-et-garonnais, qui a inauguré sa première centrale solaire dans le pays en avril 2025, mettra dans les prochains mois le premier coup de pioche de son plus gros chantier à date en Europe, "Santino", un projet agrivoltaïque de 57 MWc qui accueillera aussi de la production d’huile d’olive.
Pour la suite, Reden sait déjà qu’il aura besoin d’autres fonds. "Ce refinancement est une première étape. Nous allons devoir trouver d’autres moyens de nous financer. Nos actionnaires et les banques y réfléchissent", glisse le dirigeant.