Les concurrents Beneteau et Fountaine Pajot s’allient pour électrifier le marché de la plaisance à la voile
# Nautisme # Transition énergétique

Les concurrents Beneteau et Fountaine Pajot s’allient pour électrifier le marché de la plaisance à la voile

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C’est une petite révolution dans le monde de la plaisance. Le groupe vendéen Beneteau et son concurrent, le charentais Fountaine Pajot, s’allient pour accélérer l’électrification de la plaisance à la voile. Pour ce faire, les deux leaders mondiaux créent une co-entreprise E-Lektra Marine, avec l’objectif de convertir 10 à 15 % du marché mondial de la voile à l’électrique d’ici 2030.

Matthieu Fountaine, directeur général délégué de Fountaine Pajot et Bruno Thivoyon, président du directoire du groupe Beneteau — Photo : Beneteau

L’initiative est inédite ! Le groupe vendéen Beneteau (6 200 salariés, 850 M€ de CA) et son concurrent, le charentais Fountaine Pajot (323 M€ de CA) scellent une alliance stratégique pour accélérer la transition énergétique de la plaisance à la voile.

Pour ce faire, les deux géants du secteur créent E-Lektra Marine, une joint-venture à parts égales, dédiée à la propulsion électrique et à la gestion intelligente de l’énergie à bord. La coentreprise accueillera également à son capital le bureau d’études Alternatives Énergies (basé à La Rochelle), spécialisé en intégration de systèmes électriques et racheté par Fountaine Pajot en 2023, ainsi que le toulousain Cirtem, expert en conversion et gestion de l’énergie et le lyonnais EVE System, spécialiste de la conception de packs batteries.

60 % du marché

L’alliance embarque à son bord sept marques des deux constructeurs : Beneteau, Jeanneau, Lagoon, Excess, Fountaine Pajot Sailing Catamarans, Fountaine Pajot Yachts et Dufour. Ces marques, qui restent indépendantes commercialement, représentent 60 % de parts de marché en volumes.

Ce qui confère à l’alliance une importante force de frappe pour répondre au défi de la décarbonation des voiliers de plaisance. En effet, plus de 99 % d’entre eux sont équipés d’un moteur thermique pour effectuer les manœuvres de port, naviguer en l’absence de vent ou pour assurer une partie des besoins énergétiques à bord. Or, là où une voiture électrique se recharge à tout moment sur une prise, un voilier doit pouvoir produire, stocker et répartir sa propre énergie en pleine mer. Energie solaire, batteries, générateur, propulsion, confort à bord : l’ensemble des flux énergétiques doit être orchestré en temps réel. L’enjeu ne se limite donc pas à la propulsion seule, mais à la gestion globale de l’énergie à bord.

Instaurer un standard mondial

Pour répondre à ces problématiques, les deux constructeurs veulent créer un standard mondial ouvert à tous les acteurs du nautisme. "En conjuguant nos expertises industrielles, nous voulons structurer des standards ouverts et rendre les solutions bas carbones plus simples, plus accessibles et déployables à grande échelle", explicite Bruno Thivoyon, président du directoire du groupe Beneteau.

Fondé en 1884 à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, le groupe Beneteau propose déjà des solutions électriques basse tension sur ses voiliers jusqu’à 12 mètres depuis plusieurs années. Fountaine Pajot déploie, pour sa part, des solutions hybrides haute tension sur ses catamarans de plus de 15 mètres. Plutôt que de développer chacun leur propre socle technologique, les deux groupes ont choisi de coconstruire une plateforme commune, ouverte à l’ensemble de l’industrie nautique.

Enjeu économique

L’enjeu d’E-Lektra Marine est également économique. En fédérant les volumes de production de sept marques, ainsi que d’autres constructeurs nautiques, la plateforme vise à atteindre les seuils industriels nécessaires pour rendre ces solutions compétitives. Concrètement, les systèmes proposés par la nouvelle coentreprise apporteront des solutions d’électrification adaptées à toutes tailles de voiliers, une gestion optimisée de l’énergie à bord, un suivi en temps réel des consommations via un écran simple d’usage, une offre standard entretenue par un réseau mondial agréé et formé. Les solutions s’adaptent aussi bien aux bateaux neufs qu’aux bateaux d’occasion.

Électrifier plusieurs centaines de bateaux par an

Le vendéen Beneteau a démarré il y a plus de 20 ans sa trajectoire d’électrification, avec notamment les premiers Lagoon 421, avant de la poursuivre ces dernières années par des solutions entièrement électriques sur ses voiliers monocoques de moins de 12 mètres.

Beneteau a entamé depuis plus de 20 ans l’électrification de sa flotte — Photo : Beneteau

Le groupe charentais s’est quant à lui positionné sur le marché de l’électrification de grands catamarans de croisière. Fort de ces validations techniques, il franchit aujourd’hui une nouvelle étape en déployant actuellement des solutions électriques à l’échelle de l’ensemble des marques Fountaine Pajot Sailing Catamarans, Fountaine Pajot Yachts et voiliers Monocoque Dufour.

"La guerre au Moyen-Orient remet l’électrique au cœur des enjeux et renforce notre vision"

Les deux constructeurs se donnent pour objectif d’électrifier 10 à 15 % du marché mondial de la voile d’ici 2030, soit plusieurs centaines de bateaux par an. "La guerre au Moyen-Orient remet l’électrique au cœur des enjeux et renforce notre vision", assure Bruno Thivoyon.

Le rapprochement des frères ennemis intervient dans un contexte compliqué pour la plaisance. Beneteau, qui espère un redressement de ses ventes en 2026, était dans le rouge en 2025.

Vendée Charente-Maritime # Nautisme # Transition énergétique # Innovation # Capital # Grandes Entreprises # ETI