L’association semble naturelle, leurs robots étant tous deux modulaires, pesant environ 600 kg et partageant un objectif commun. La deeptech rochelaise Shark Robotics, fabricant de robots pour la sécurité incendie, le nucléaire, la Défense ou le spatial, a signé le 22 avril un protocole d’accord avec la société Tencore, "leader ukrainien des robots terrestres et véhicules sans pilote", développeur de TerMIT, un transporteur d’infanterie modulaire de terrain.
Deux joint-ventures
L’accord est présenté par les deux sociétés comme "la première initiative conjointe de coentreprises (joint-ventures) complémentaires menées simultanément en France et en Ukraine dans le secteur de la sécurité et de la Défense".
Il repose sur un partenariat dans la création de deux coentreprises. La première sera située en France et centrée sur le développement de robots de défense "s’appuyant sur le retour d’expérience du champ de bataille ukrainien, notamment pour la logistique et l’évacuation sanitaire". Les robots développés pourront être "fournis, sous forme de dons, aux forces ukrainiennes", précise un communiqué.
En Ukraine, Shark Robotics et Tencore mettront en place une "plateforme industrielle de service locale, principalement dédiée à la robotique de sécurité civile". Elle comprendra aussi des activités de maintenance, de formation et de production "progressive de certains composants" pour sécuriser une chaîne d’approvisionnement européenne. Shark Robotics connaît le sujet : elle développe déjà ses propres batteries et ses systèmes d’IA en interne.
Défense et sécurité civile
Les deux sociétés l’assurent : les systèmes qui seront développés "couvrent l’ensemble des missions de robotique terrestre". Sur le volet Défense, ils permettront d’opérer dans la logistique sur les zones de guerre, l’évacuation des blessés, le transport de charge utile ou le soutien au combat ou aux missions de déminage.
Pour la sécurité civile, la lutte contre les incendies est toujours d’actualité, tout comme la protection du personnel de secours, la sécurisation des infrastructures critiques (centrales, usines…) et la protection des populations. "Ces applications, actuellement essentielles en Ukraine, deviennent de plus en plus pertinentes dans d’autres régions exposées à des menaces similaires, notamment au Moyen-Orient", ajoutent-elles.
"À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir."
Mission Ukrainienne élargie
Ce n’est pas la première incursion de la scale-up rochelaise dans la Défense : elle a déjà créé en 2018 le robot Barakuda, utilisé aujourd’hui pour alimenter les travaux de Pendragon, un programme d’innovation du ministère des Forces armées pour intégrer l’IA dans la robotique de combat terrestre, visant un déploiement en 2027.
La société, créée en 2016 par un ancien des forces spéciales, est très présente à l’international où elle réalise déjà 90 % de son chiffre d’affaires dans plus de 25 pays, essentiellement via des distributeurs. C’est sa collaboration active avec l’Ukraine qui a conduit à cette association inédite.
Elle a en effet été lauréate du fonds Ukraine (200 M€) et a décroché un contrat de 14,5 millions d’euros pour livrer 40 robots Colossus en 7 mois à l’Ukraine en 2025. Si son fondateur, Cyrille Kabbara, avait déjà affirmé l’an dernier que le besoin était "plus important", la scale-up assure aujourd’hui que "de nouveaux déploiements sont en cours" pour son robot pompier. "À l’instar de l’Ukraine, l’Europe doit se préparer à des conflits où les robots joueront un rôle déterminant. Ce partenariat vise à développer les capacités dont nous aurons besoin à l’avenir", termine Cyrille Kabbara.