L’emblème du service de sécurité d’Ukraine - une croix militaire et un trident — et l’inscription en cyrillique sous le logo de l’entreprise ne trompent pas. Dans les locaux rochelais de Shark Robotics, on s’active pour monter la quarantaine de robots de sécurité incendie qui doit partir en Ukraine. "Nous nous sommes engagés à livrer 20 robots avant l’été", précise Cyrille Kabbara, le PDG de la PME fondée en 2016.
Une réponse "logique et immédiate"
Derrière ce contrat à 14,5 millions d’euros faisant d’elle "la seule entreprise French Tech à avoir été lauréate" du fonds Ukraine (doté de 200 millions d’euros), on retrouve le produit phare de l’entreprise, Colossus, un robot incendie autonome et modulaire de près de 600 kg dont la version 3.0 doit sortir d’ici à la fin de l’année.
"Les Russes sont connus pour utiliser la double frappe : ils bombardent une première fois et attendent que les secours arrivent pour retaper au même endroit. Le gros avantage du robot est de pouvoir aller sur site chercher les victimes et éteindre les feux. Il est en quelque sorte un prolongement du bras des pompiers. Il peut être utile en temps de guerre mais aussi en temps de paix, pour protéger les sites sensibles et énergétiques, précise Cyrille Kabbara. On va livrer 40 robots en un an mais on sait qu’à terme, le besoin est plus important."
Le contrat ukrainien est loin d’être le seul pour Shark Robotics. L’entreprise livre aussi la Pologne ou la Slovaquie, cherche à pénétrer le marché américain et a récemment attaqué l’Afrique en livrant des premiers robots en Côte d’Ivoire. La société réalise aujourd’hui 90 % de ses revenus à l’export dans plus de 25 pays. Elle y opère essentiellement via une cinquantaine de distributeurs, la filiale (Shark Asia) créée en 2019 à Singapour étant pour l’heure l’exception. L’entreprise a déjà fabriqué plus de 350 robots, principalement pour la sécurité incendie. Mais aussi des herses robotisées utilisées par les forces de l’ordre pour stopper les véhicules en crevant leurs pneus. Elle commence à les promouvoir à l’étranger, notamment "aux États-Unis, en Asie du Sud Est et au Moyen Orient", précise le dirigeant.
Invité au salon de Jeff Bezos
Celui-ci a misé sur un modèle intégré. L’entreprise développe ainsi ses propres batteries et ses systèmes d’intelligence artificielle. Ses compétences sont reconnues à l’international. "On intervient chaque année à l’ONU au salon IA For Good, par exemple", cite Cyrille Kabbara. Fin mars, Shark Robotics était aussi la seule entreprise française invitée à la conférence MARS de Jeff Bezos, leader d’Amazon, en Floride. L’occasion de présenter son robot pompier et ses avancées en robotique de sécurité.
Après avoir levé fin 2022 10 millions d’euros auprès du fonds parisien Move Capital, Shark Robotics déploie sa stratégie avec une certaine rigueur militaire, issue des 9 ans passés par son fondateur dans les forces spéciales. "On développe nos innovations avec une logique de concentration des feux et d’économies de moyens", indique-t-il.
Une frugalité qui ne l’empêche pas d’investir 2 millions d’euros cette année dans la R & D et d’anticiper un déménagement pour regrouper l’ensemble de ses équipes en 2026, qui devrait grossir de 15 à 20 personnes pour dépasser la centaine de salariés en fin d’année.