Deltafluid engage une nouvelle étape de développement avec un investissement de 1,7 million d’euros destiné à doubler sa surface à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), soit 1 000 m² supplémentaires d’ateliers et de bureaux. Objectif pour ce fabricant d’instruments de mesure et de contrôle de fluides : "Absorber la croissance et industrialiser davantage nos process", explique Nicolas Morisson, le directeur général. Le site va également intégrer de nouvelles capacités, notamment dans le soudage nucléaire et les essais de pression. Cette montée en puissance s’inscrit dans une dynamique de structuration plus large, avec une organisation désormais segmentée entre fonctions commerciales, techniques et opérationnelles.
Une croissance tirée par la filière nucléaire et ses grands programmes
Initialement positionnée sur la pétrochimie, Deltafluid a engagé un virage stratégique vers le nucléaire il y a près de 10 ans. Un changement structurant qui repose sur des étapes de qualification indispensables. "La première étape a été la qualification EDF UTO en 2021, rappelle le dirigeant. Sans cela, on ne peut pas accéder aux marchés nucléaires." En 2023, l’entreprise obtient la certification ISO 19 443, spécifique à la filière : "C’est elle qui nous a ouvert encore plus de marchés". Aujourd’hui, le nucléaire représente environ 70 % de l’activité.
La PME intervient comme équipementier de rang 2 dans la supply chain, en fournissant des sections de tuyauterie intégrant des fonctions de mesure et de régulation. L’activité est portée par des projets majeurs comme l’EPR Hinkley Point C au Royaume-Uni où Deltafluid intervient sur des circuits critiques du réacteur. "Nous travaillons sur le circuit secondaire et la salle des machines, notamment sur l’alimentation de secours en eau." L’entreprise se positionne désormais sur le futur EPR Sizewell C en Angleterre et sur les futurs EPR2 en France avec une logique de continuité industrielle. "Sizewell est une réplique de Hinkley Point : nous sommes donc très bien positionnés."
Une exigence de sûreté qui transforme en profondeur l’organisation
Dans le nucléaire, la montée en exigence est totale, notamment sur la traçabilité et la lutte contre les risques de non-conformité. "Une simple erreur documentaire peut entraîner le rejet d’une pièce conforme", prévient Nicolas Morisson. Cette exigence impose une rigueur absolue à chaque étape de production, avec validation systématique des matériaux, des procédés et des contrôles. "Tout doit être tracé, signé et validé avant livraison." Pour répondre à ces contraintes, Deltafluid accélère sa digitalisation avec l’outil Siteflow, développé avec EDF, afin de dématérialiser les dossiers de fabrication. "Nous allons vers une traçabilité totale et une sécurisation complète du cycle de production", détaille le dirigeant.
Cette transformation accompagne également la structuration des équipes, passées de 15 à 25 salariés, avec un objectif de 31 collaborateurs à court terme et environ 40 à horizon 2030.