Le cabinet marseillais Performance 8 Energy conduit deux projets d’implantation de parcs de batteries de stockage d’électricité aux Ormes (Vienne) et à Descartes (Indre-et-Loire). Si ces projets aboutissent, ces unités de stockage d’énergie par batteries (BESS — Battery energy storage system) représenteraient un investissement de 310 millions d’euros, dont 100 millions aux Ormes.
Réguler la variabilité de la production renouvelable
Créé en 2024 par trois associés, Clément Rivalin, Thierry Sarda et Sophie Blervaque, Performance 8 Energy est spécialisée dans le développement de centrales de stockage d’électricité. "Elles permettent le rééquilibrage du réseau de distribution d’électricité de RTE (Réseau de transport d’électricité), en absorbant le surplus d’énergie quand elle n’est pas consommée et en la libérant quand il y en a besoin", explique Clément Rivalin, président de l’entreprise.
La régulation de la distribution est devenue un enjeu plus aigu avec l’augmentation de la part de l’électricité issue des énergies renouvelables. Les énergies solaire et éolienne sont par essence intermittentes et variables, "ce qui pose des problèmes à RTE". Pour le gestionnaire de réseau habitué à la régularité des productions nucléaire et hydroélectrique, il s’agit même d’une "rupture philosophique", commente Clément Rivalin.
880 MWh d’électricité stockée
Les sites des Ormes et de Descartes se trouvent sur deux départements et deux régions différentes, mais ne sont distants que de 10 km. Le premier représentera une capacité de stockage de 330 MWh, le second de 550 MWh, soit 880 MWh à eux deux. Ils pourront restituer l’électricité lors des pics de consommation.
Couvrir les besoins d’environ 40 000 personnes
Leur puissance permet de couvrir les besoins en électricité de l’équivalent de deux villes de la taille de Châtellerault et Loches cumulées (40 000 habitants), explique le promoteur du projet.
Le site de Descartes se trouve sur l’ancienne friche industrielle Everite (Saint-Gobain) à réhabiliter. L’ensemble du site s’étend sur 9 hectares, le parc de batteries n’en occupera qu’une partie.
Le site des Ormes, quant à lui, est un terrain agricole de 3 hectares, aujourd’hui en jachère. Il sera loué. Son intérêt est de se trouver à proximité immédiate (70 mètres) d’un poste source RTE pour le raccordement. Aucun lien n’est pour le moment établi avec les projets en cours pour la réhabilitation des ex-Fonderies du Poitou, distantes de seulement 12 km, mais ce n’est pas à exclure à l’avenir, selon la nature des activités qui s’y implanteront. Par exemple, aux Ormes comme à Descartes, la proximité d’un data center à alimenter trouverait une cohérence.
Pieux vissés
Pour se distinguer de ses concurrents, Performance 8 Energy met en avant deux technologies particulières. D’abord, une méthode d’implantation "zéro béton", en appliquant une technique de pieux vissés, qui préserve l’intégrité des sols. Ensuite, il utilisera un outil de gestion et de monitoring souverain pour communiquer avec le transformateur. La jeune entreprise investit pour créer cet outil. "Nous lançons le programme", annonce Clément Rivalin.
La quantité de batteries installées n’est pas encore arrêtée puisque leur capacité de stockage évolue rapidement. Un container avait une capacité de 1 MWh en 2023. Elle est de 5,5 MWh aujourd’hui, soit 60 containers pour les Ormes. Ce sera peut-être moins demain.
Mise en service en 2030
Les prochaines étapes à passer pour Performance 8 Energy sont désormais d’obtenir les permis de construire, ainsi que de valider les termes des accords avec RTE, ce qui devrait s’étaler sur les deux prochaines années. La mise en service des parcs est espérée pour début 2030.
Pour développer ses projets, Performance 8 Energy a levé une première enveloppe de 1 million d’euros, sur un corps de financement de 2 millions d’euros, via la plateforme Enerfip. Il s’agit des premiers dossiers conduits par l’entreprise marseillaise, qui mène également un autre projet en Côte d'Or.