Le soulagement est de rigueur pour les 75 salariés de l’usine de fabrication de médicaments MD — pour Martin Dow, nom de son propriétaire pakistanais de 2015 à 2023 — de Meymac, en Corrèze. En redressement judiciaire depuis mars 2026, le site, qui appartenait depuis trois ans à l’allemand Prange Pharma, va survivre à un énième redressement judiciaire depuis son implantation en 1988.
Renforcer le local
Le 5 juin dernier, le tribunal de commerce de Brive-la-Gaillarde a approuvé un plan de reprise. Il émane du laboratoire lyonnais Arrow (250 salariés, 350 M€ de CA en 2025-2026), quatrième laboratoire pharmaceutique en France en termes de volumes fournis aux hôpitaux et officines. La société a vu dans cette reprise l’opportunité de "renforcer en local l’empreinte industrielle globale" du groupe auquel elle appartient depuis 2014, le géant pharmaceutique indien Aurobindo (plus de 40 000 salariés, 3,8 milliards de dollars de CA).
Le groupe, qui dispose d’une trentaine de sites dans le monde, renforce sa présence industrielle européenne, une dizaine d’années après le rachat du portugais Generis et cinq ans après l’intégration pour Arrow — qui pèse environ 10 % du CA d’Aurobindo — d’un site logistique de 25 000 m2 en banlieue de Lyon d’où sortent environ 500 000 boîtes de médicaments par jour.
De sous-traitant à fabricant intégré
Arrow, spécialisé dans les médicaments génériques, avait un argument massue dans sa manche. "Les repreneurs précédents (depuis 2010, NDLR) étaient des sous-traitants. Nous sommes exploitants de nos propres produits en France avec une production annuelle d’environ 130 millions de boîtes sur le marché français pour 1 000 références. Autrement dit, c’est nous qui prenons la décision de transférer des productions, ce qui change tout", assure Vincent Pont, président d’Arrow Pharma.
Ce retour à la case départ pour Martin Dow Meymac est donc, a priori, une bonne nouvelle, avant tout parce qu'il rassure sur les futurs volumes de production de l'usine. "Globalement, c’est lorsque Bristol-Myers Squibb (société fondatrice, NDLR) est parti en 2010 que les problèmes ont commencé pour ce site. BMS amenait ses propres produits. À partir du moment où le site a basculé en sous-traitance, c’est devenu plus compliqué, il n’avait pas assez de volume pour être rentable", poursuit Vincent Pont.
15 millions d'euros investis
Pour le redevenir, l’usine corrézienne, reconnue notamment pour sa production de médicaments sous forme sèche (comprimés, gélules, sachets) pour des laboratoires pharmaceutiques, va bénéficier d’un investissement d’une quinzaine de millions d’euros sur les cinq prochaines années. L’essentiel (8 à 10 M€) sera dédié à des investissements industriels.
"L'usine fabrique aujourd'hui 7 à 8 millions de boîtes par an. L'idée, c'est que dans cinq ans, elle puisse en fabriquer 15 à 20 millions, le niveau à atteindre pour que le site soit viable et à l'équilibre", poursuit le président d'Arrow.
"Environ 10 % de la production d’Arrow sera transférée"
Une partie de la production pour Arrow sera rapatriée sur place. Les plans ne sont pas encore figés sur les molécules concernées. Meymac devrait aussi augmenter son activité de contrôle de médicaments fabriqués en dehors d’Europe, qui pèse aujourd’hui 15 à 20 % de son chiffre d’affaires.
Arrow prévoit d’embaucher pour suivre la cadence. "La fabrication à façon pour d’autres va rester, on va essayer de développer cette partie avec de nouveaux produits", termine Vincent Pont, ajoutant "qu'environ 10 % de la production d’Arrow sera transférée". Les prochains mois devraient être dédiés à des "investissements d’urgence" pour relancer la machine. Les molécules à transférer et les investissements à lancer seront, eux, arrêtés dans les prochains mois.