C’est un petit bout du patrimoine corrézien qui échappe à la disparition. Maugein, l’un des derniers fabricants français d’accordéons encore en activité, rouvrira les portes de son atelier de Tulle en mars, sous l’impulsion d’un nouveau dirigeant. Christophe Sirgues, technico-commercial en charge de l’électronique, est le nouvel actionnaire majoritaire de l’entreprise née en 1919.
Plombé par le covid
Placée en liquidation judiciaire fin septembre, Maugein était confronté à une baisse importante de son volume de commandes depuis le covid, à laquelle s’ajoutait le remboursement des 170 000 euros du prêt garanti par l’État (PGE) qu’elle avait contracté. La prédominance de la concurrence chinoise, déjà bien installée, n’a pas non plus aidé l’artisan Maugein à sortir la tête de l’eau.
"On avait le personnel suffisant pour sortir 300 instruments par an et on en était à peine à la moitié. On n’a pas retrouvé le niveau de commandes d’avant-covid. On a perdu une clientèle de musiciens professionnels qui, confrontés à une perte d’activité conséquente, renouvellent beaucoup moins leurs instruments, aujourd’hui encore", assure Christophe Sirgues.
220 000 euros pour relancer la machine
"J’ai réfléchi à une solution pour tenter de sauver cette boutique. J’ai passé une bonne partie du mois d’août dernier à faire des tableaux Excel pour voir comment arriver à viabiliser la structure", témoigne le nouveau dirigeant. "Ça a coûté 220 000 euros", résume-t-il, associant à cette somme l’apport des onze actionnaires (exclusivement privés), du financement bancaire et des prêts d’honneur (Initiative Corrèze et Réseau Entreprendre).
Une production resserrée
"La première évidence, malheureusement, ça a été de réduire la masse salariale", ajoute l’entrepreneur. La manufacture, qui rassemblait jusqu’à 200 personnes à son âge d’or à la fin des années 30, est donc passée de 12 à quatre salariés : une ébéniste, un accordeur, un mécanicien et un électronicien. À ces quatre associés de tenter de remonter la pente, non sans changements.
"On veut se recentrer sur notre point fort, la fabrication d’accordéons diatoniques, dont on est aujourd’hui les seuls fabricants industriels en France. Nous continuerons aussi la production d’accordéons chromatiques", annonce Christophe Sirgues.
Un objectif de 80 accordéons fabriqués par an
L’objectif annuel fixé par la reprise, modeste, est d’arriver à fabriquer 80 accordéons par an. Maugein mise aussi sur une petite activité de négoce et d’importation, précisent Les Échos.
Si Maugein maintient son savoir-faire sur place, il ne s’interdit pas d’acheter une petite partie des pièces qui composent ses accordéons à l’extérieur. "On va aussi sous-traiter la peinture chez un carrossier automobile. Ce qu’on va passer en sous-traitance reste anecdotique malgré tout", rassure le dirigeant. Enfin, Maugein réfléchit aussi à réaménager son siège social actuel, un bâtiment de 1 250 m2, histoire de ne garder "que le strict nécessaire".
Prêts à rouvrir
Maugein avait déjà subi un redressement judiciaire en 2014 et avait été repris par son avant-dernier dirigeant en date, Richard Brandao. Réorganisé, l’atelier se prépare à rouvrir ses portes le 4 mars prochain. Son nouveau dirigeant, lui, a déjà le nez dans les commandes fournisseurs.
"J’ai commencé l’accordéon à 12 ans. Je devais en avoir 15 quand j’ai mis les pieds dans l’usine pour la première fois. Quand vous êtes accordéoniste, c’est un lieu un peu magique, termine Christophe Sirgues. L’avenir dira si on a bien fait de le reprendre ou pas. Quoi qu’il en soit, on aura essayé."