En 2025, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE (CA : 6,6 Md€ ; 10 000 salariés) a injecté 170 millions d’euros dans les lignes à haute tension qui sillonnent la région Grand Est, dont 118 millions d’euros d’achats auprès de 1 088 entreprises locales. "En 2026, ce sera 200 millions d’euros", pointe Laurent Cantat-Lampin, délégué régional de RTE dans le Grand Est. "Puis 280 millions d’euros en 2027 et 440 millions d’euros en 2028." Sur les cinq prochaines années, l’opérateur s’apprête à débourser un total de 1,8 milliard d’euros dans le Grand Est.
200 milliards d’euros dans les réseaux français
Début février, quelques jours après l’annonce de la programmation pluriannuelle de l’énergie, ce document qui fixe la trajectoire énergétique de la France pour les dix prochaines années, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, évoquait l’investissement nécessaire dans le transport de l’électricité à l’échelle de l’ensemble du pays : 200 milliards d’euros, lâchait le ministre. Un effort comparable à celui soutenu lors de la première électrification de la France, lancée en 1946 après la création d’EDF.
Vers une augmentation de l’électricité consommée
Pourquoi des montants aussi colossaux ? L’enjeu est d’adapter le réseau électrique français à une "nouvelle électrification", souligne Laurent Cantat-Lampin. Aujourd’hui, "les énergies fossiles représentent encore 56 % de la consommation énergétique française, quand l’électricité ne représente que 27 %", rappelle le délégué territorial. Selon les objectifs fixés par le gouvernement, cette part doit grimper à 38 % dès 2035. "Notre horizon, c’est la neutralité carbone pour 2050", rappelle le représentant de RTE dans le Grand Est.
Accompagner les industriels
Un des piliers majeurs du vaste chantier qui s’ouvre va donc consister à "accompagner la décarbonation de la région". Pour de nombreuses entreprises, l’accès au réseau haute tension est devenu "un moyen existentiel de durer", estime Laurent Cantat-Lampin, en citant en exemple l’usine Saint-Gobain PAM de Pont-à-Mousson, qui va abandonner le charbon pour un process entièrement électrique à l’horizon 2028.
L’installation de datacenters
Parallèlement, de nouveaux acteurs gourmands en électrons frappent à la porte du Grand Est, à l’instar de Microsoft et du français Eclairion qui projettent d’installer des datacenters dédiés à l’intelligence artificielle. Des acteurs qui recherchent une électricité "abondante" et "pas chère" en France. À l’Est de Mulhouse, dans la commune de Petit-Landau, dans le Haut-Rhin, Microsoft doit ainsi implanter un gigantesque datacenter, nécessitant la création par RTE d’un nouveau poste à 400 000 volts. Soit "plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissement", lâche le délégué régional de RTE dans le Grand Est. Des projets de production d’hydrogène vert, grâce à l’électrolyse de l’eau, comme à Saint-Avold ou Épinal, complètent ce paysage électrique en pleine transformation.
Bâtir le réseau pour le siècle à venir
"Aujourd’hui, nous adaptons aussi notre réseau pour qu’il soit résilient climatiquement aux hausses de température", explique Laurent Cantat-Lampin, en travaillant sur des scénarios de hausse des températures atteignant les 4 degrés, augmentant ainsi les risques d’inondations et de tempêtes. Autre chantier, RTE doit moderniser des infrastructures vieillissantes, dont certaines affichent "80 ans, voire parfois 100 ans", illustre Laurent Cantat-Lampin. L’opérateur va ainsi reconstruire une ligne historique entre Creutzwald et Saint-Avold, en Moselle.
Parmi les autres enjeux de l’adaptation du réseau, figure l’intégration des énergies renouvelables. Dans le Grand Est, la production d’énergie solaire a bondi de 65 % en un an, pour atteindre 2,8 TWh. Sur les 90,5 TWh produits dans le Grand Est en 2025, l’ensemble des énergies renouvelables ont contribué à hauteur de 22,7 %.