À Griesheim-près-Molsheim (Bas-Rhin), la transformation est déjà visible sur une exploitation agricole de 160 hectares. Mise en service en 2011, une centrale photovoltaïque intégrée en toiture, marquée par des cellules dégradées et une baisse de rendement, est en cours de " repowering ", une opération qui consiste à remplacer tout ou partie des équipements sans reconstruire l’installation. "L’idée, c’est de restaurer la production et de sécuriser l’installation sans repartir de zéro", explique Marius Rhinn, exploitant agricole dans le Bas-Rhin.
Un partenariat pour structurer un marché émergent
Signé en avril 2026, un partenariat entre le Crédit Agricole Alsace Vosges et Feedgy vise le déploiement d’opérations de repowering sur les centrales photovoltaïques agricoles du territoire. Il cible en priorité les installations mises en service dans les années 2010, aujourd’hui confrontées à une baisse de performance ou à des enjeux de mise aux normes. Le dispositif concerne exclusivement le secteur agricole, où ces actifs sont adossés aux bâtiments d’exploitation et constituent un complément de revenu structurant pour l’agriculteur.
Dans ce cadre, Feedgy intervient comme opérateur technique, en charge du diagnostic, de la conception et de la mise en œuvre des projets. Le Crédit Agricole Alsace Vosges joue un rôle d’apporteur d’affaires et d’accompagnateur financier, en orientant ses clients vers ces solutions et en structurant leur financement. "Nous apportons une solution concrète pour moderniser les installations, sécuriser les revenus et valoriser les actifs", indique Thierry Cornille, directeur général du Crédit Agricole Alsace Vosges.
Aucun objectif chiffré en volume d’opérations n’a été communiqué à ce stade, mais les deux partenaires visent un déploiement progressif à l’échelle régionale.
Le repowering, nouveau levier de performance
Sur l’exploitation de Marius Rhinn, l’optimisation est nette. L’installation passe de 18 onduleurs à 3, et d’environ 1 000 panneaux à 500 modules nouvelle génération. Malgré cette division par deux, la production progresse d’environ 10 %, tandis que la puissance installée augmente de près de 25 %, pour atteindre environ 300 kWc, contre 240 kWc auparavant.
Ces gains reposent sur des panneaux bifaciaux intégrant des technologies de type "back contact", plus performantes pour capter la lumière et limiter les pertes électriques. Leur résistance mécanique atteint 5 400 pascals, adaptés à des épisodes grêleux. Le système intègre également des optimiseurs permettant un pilotage fin, panneau par panneau, avec un suivi en temps réel via application mobile.
"Le repowering permet d’améliorer la performance tout en conservant les conditions économiques des contrats historiques", souligne Harold Darras, président fondateur de Feedgy. Pour les exploitants, l’intérêt est double : maintenir les tarifs d’achat historiques, souvent plus avantageux, tout en prolongeant la durée de vie de l’installation.
Des acteurs en structuration
Fondée en 2015, Feedgy est spécialisée dans l’optimisation et la modernisation des centrales photovoltaïques. L’entreprise, basée à Paris et disposant d’une implantation à Montpellier, a réalisé plus de 500 projets. Elle emploie 85 salariés et a généré 23 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Elle amorce aujourd’hui son développement à l’international, notamment en Allemagne.
De son côté, le Crédit Agricole Alsace Vosges accompagne 497 000 clients avec 1 450 collaborateurs et dispose de 2,65 milliards d’euros de fonds propres. La banque régionale renforce, à travers ce partenariat, son positionnement de conseil auprès des exploitants agricoles, sur des enjeux à la fois énergétiques et patrimoniaux.
Recycler… et demain réemployer
En toile de fond, la question de la fin de vie des équipements s’impose. Les panneaux déposés sont orientés vers des filières de recyclage, notamment via Soren, éco-organisme agréé chargé de la collecte et du traitement des modules photovoltaïques usagés. Si la filière est aujourd’hui structurée, les solutions de réemploi à grande échelle restent encore limitées.