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Grand Est : les organisations professionnelles s’inquiètent de la rapide dégradation de la conjoncture économique
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Grand Est : les organisations professionnelles s’inquiètent de la rapide dégradation de la conjoncture économique

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Réunies le 5 mai 2026 à l’initiative de la CCI Grand Est à Strasbourg, une vingtaine d’organisations économiques ont dressé un constat convergent de dégradation rapide de la conjoncture. Reçues la veille par le préfet de région, elles appellent à des mesures urgentes pour desserrer l’étau sur la trésorerie et les coûts.

Les représentants d’une vingtaine d’organisations économiques du Grand Est, réunis le 5 mai à la CCI, ont présenté un diagnostic commun de dégradation de la conjoncture — Photo : Marine Dumeny

Le ralentissement est désormais tangible. Après un début d’année porté par un effet de rattrapage, l’activité a reculé de 0,8 % en février dans le Grand Est, puis de 2,5 % en mars, selon les données issues de plus de 49 000 déclarations de TVA analysées par l’Ordre des experts-comptables.

"On observe un infléchissement clair des chiffres d’affaires", souligne Catherine Hanssen, présidente régionale de l’Ordre des experts-comptables. Plusieurs secteurs passent sous leur niveau de 2025, comme la viticulture, l’habillement, la restauration ou encore les travaux d’installation thermique.

Coûts en hausse, marges écrasées

Sur le terrain, les tensions liées au conflit au Moyen-Orient s’accumulent. Dans certaines filières industrielles, les hausses de coûts atteignent jusqu’à 30 % en quelques semaines. "Dans la plasturgie, près de 60 % des entreprises sont confrontées à une explosion inédite des prix des matières premières", indique Jacques Marty (Polyvia Grand Est).

Dans le transport, la situation est encore plus brutale. "Sur certaines lignes, les coûts de fret ont été multipliés par dix par rapport à des niveaux habituels, avec des hausses immédiates de 50 %", détaille Philippe Virtel, pour l’Union TLF.

Dans l’agroalimentaire, la tension est double. "On fait face à la hausse des intrants et à une sensibilité accrue des consommateurs aux prix", relève Édouard Haag (ARIA Grand Est).

Conséquence directe : les marges se contractent fortement. "Sur certains marchés publics, on tombe à des marges autour de 2 %, faute de clauses de révision adaptées", alerte Thierry Ledrich (FRTP Grand Est).

Trésoreries fragilisées et effet ciseaux

À ces hausses de coûts s’ajoute un allongement des délais de paiement, y compris du côté de certains donneurs d’ordres publics. "Le respect des délais de paiement est devenu un enjeu vital pour les PME", insiste Nadège Risse (CPME Grand Est).

Le cumul de ces facteurs crée un effet ciseaux : hausse des charges, difficulté à répercuter dans les prix, ralentissement de l’activité. "On est clairement sur une urgence conjoncturelle", résume Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est.

La fin progressive des dispositifs de soutien post-Covid accentue cette fragilité. "Les PGE arrivent en phase de remboursement, avec un point de tension identifié à l’automne", prévient Catherine Hanssen.

Un choc à objectiver, sous pression de l’État

Face à ce diagnostic, le préfet du Grand Est a demandé aux acteurs économiques de quantifier précisément l’ampleur du phénomène. Objectif : mesurer le nombre d’entreprises concernées, évaluer les niveaux de trésorerie et anticiper les risques de défaillance.

Les experts-comptables ont été sollicités pour affiner ces indicateurs dans les prochains jours, à partir de leurs données consolidées.

Des mesures d’urgence, en attendant un traitement de fond

Face à la dégradation rapide, les organisations professionnelles ont présenté un socle d’actions articulé autour de deux horizons. À court terme, des leviers immédiats pour soulager les trésoreries : prêts bonifiés accessibles, étalement des dettes fiscales et sociales, respect strict des délais de paiement et recours accru à la médiation.

À cela s’ajoutent des mesures visant à rééquilibrer les modèles économiques, notamment la généralisation des clauses de révision de prix dans les contrats publics et privés, ainsi qu’une mise à jour plus rapide des index. Les acteurs plaident également pour un moratoire sur certaines normes et un report de dispositifs d’éco-taxation, tout en appelant à mobiliser davantage la commande publique en faveur des entreprises locales.

"La trésorerie est aujourd’hui le point de fragilité le plus partagé", rappelle Jean-Paul Hasseler. Si ces mesures font consensus, elles sont pensées comme un premier niveau de réponse.

En creux, la question d’un traitement plus structurel reste posée, alors que les tensions observées, sur les approvisionnements, les prix ou encore la capacité à répercuter les hausses, s’inscrivent dans la durée.

Des réponses attendues sous une semaine

La séquence s’inscrit désormais dans un calendrier resserré. Les organisations économiques attendent un retour rapide de l’État sur les propositions formulées.

"Des premiers retours sont attendus d’ici une semaine", indique Jean Paul Hasseler, alors que l’exécutif est appelé à arbitrer entre mesures immédiates et réponses plus structurelles. Dans l’intervalle, les acteurs régionaux poursuivent la remontée d’informations pour affiner le diagnostic. Ils espèrent une fin de crise à l’orée de l’automne 2026.

Derrière les indicateurs conjoncturels, c’est bien la capacité de résistance du tissu économique régional qui est en jeu, dans une séquence où les tensions pourraient rapidement basculer en crise plus large.

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