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Carboneo veut transformer le CO2 en carburant et passer à l’échelle industrielle
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Carboneo veut transformer le CO2 en carburant et passer à l’échelle industrielle

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Transformer le CO2 en carburant grâce à l’électricité : c’est le pari de Carboneo, spin-off de Sorbonne Université désormais soutenu par l’industriel Nawah. Après une première production de méthanol en laboratoire, la deeptech basée à Rousset (Bouches-du-Rhône) s’attaque à un défi de taille : passer à l’échelle industrielle sur un marché encore émergent.

Alain Guinot, directeur des opérations chez Carboneo — Photo : Carboneo

Passer du monde de la recherche à celui de l’industrie. C’est tout l’enjeu de Carboneo, spin-off de Sorbonne Université, soutenu par la société ETSEM (siège à Rousset, Bouches-du-Rhône) qui est devenue actionnaire majoritaire. "Nous voulons créer un projet industriel autour de la réutilisation du carbone", explique Alain Guinot, directeur des opérations pour Carboneo.

Du méthanol obtenu par électrolyse

Car, la deeptech est capable de transformer ce carbone en carburant, à partir d’électricité. "Non seulement, nous renforçons l’autonomie énergétique, mais en plus nous proposons une solution de décarbonation du cycle industriel", ajoute le dirigeant. L’approche repose sur la valorisation du CO2 biogénique – issu notamment de la biomasse, de la fermentation ou de certains procédés industriels – plutôt que sur son stockage, encore dominant aujourd’hui.

Carboneo s’est associé à la PME industrielle Nawah qui intervient dans ce cycle en produisant le matériau servant de support d’électrode (les nanotubes de carbone verticalement alignés), afin de développer "des électrodes performantes et durables". La technologie associe ainsi catalyse moléculaire et nanomatériaux architecturés, avec l’objectif d’améliorer à la fois l’efficacité et le coût de l’électrolyse du CO2.

"Carboneo est finalement la synthèse des innovations du Pr Marc Robert, directeur scientifique reconnu pour ses travaux sur la catalyse moléculaire et l’électrolyse du CO₂, et de Nawah", commente Alain Guinot.

Et cette synthèse a récemment débouché sur un produit fini : du méthanol obtenu par électrolyse en quantité significative, une avancée que l’entreprise présente comme inédite à ce stade de développement.

La valorisation du CO2 capturé

Au-delà de la prouesse technologique, la start-up cible déjà des débouchés industriels concrets. À l’heure où les projets de capture du CO2 se multiplient, la question de sa valorisation reste centrale. Sa solution pourrait notamment s’adresser à des sites de méthanisation ou à des installations industrielles isolées, avec des unités de conversion compactes installées au plus près des émissions.

L’aviation et le transport maritime ciblés à terme

Elle vise également, à terme, les filières des carburants durables pour l’aviation et le maritime, via la production d’e-méthanol ou de carburants de synthèse, des marchés tirés par la réglementation européenne.

Vers une levée de fonds de 7 millions d’euros

Tout l’enjeu est désormais de transformer cette innovation de laboratoire en solution industrialisable. "À l’occasion du salon Hyvolution, en début d’année, nous avons confirmé l’attrait pour notre solution de valorisation locale offrant un débouché pour le CO aujourd’hui stocké", annonce Alain Guinot.

Prochaine étape pour Carboneo : la réalisation d’un prototype pour valider la démonstration à l’échelle de quelques kWh, avec un premier démonstrateur attendu d’ici fin 2026, avant un passage à l’échelle mégawatt envisagé à l’horizon 2028. En parallèle, une levée de fonds de 7 millions d’euros est prévue début 2027, pour accompagner l’industrialisation entre 2027 et 2028.

Un pari au service de la souveraineté

"Le marché est encore balbutiant, car il faut que des projets de capture de CO2 soient mis en place, que la valorisation des carburants durables devienne une réalité, que le prix de l’électricité soit adapté à la consommation des électrolyseurs. Nous travaillons sur le développement d’une technologie qui ne pourra être diffusée avant 2030 voire 2035", confie Alain Guinot.

Dans ce contexte, la jeune pousse entend s’inscrire dans un enjeu plus large de souveraineté industrielle européenne, en développant une brique technologique dédiée à la valorisation du carbone sur le territoire. Depuis ce printemps, un directeur opérationnel est venu compléter une équipe qui compte 7 personnes. Un ingénieur d’application sera recruté en cours d’année.

"Nous en sommes encore au stade du pari. Nous avons la conviction que la réindustrialisation de la France passera par des solutions avant-gardistes, et notamment des solutions de décarbonation. Les électrolyseurs sont un très bon moyen de produire du carburant de façon autonome, de renforcer notre souveraineté.", conclut le dirigeant.

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