Si des PME hésitent à investir ou recruter au vu des incertitudes du contexte français et international, Nawah atteste de son optimisme sur les potentialités de diffusion de sa technologie de matériaux à base de nanotubes de carbone alignés verticalement (VACNT). L’entreprise est au salon de l’aéronautique et du spatial au Bourget du 16 au 22 juin avec la délégation de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Montée en puissance dans les Bouches-du-Rhône
Elle veut démontrer aux professionnels du secteur qu’elle est maintenant apte à les fournir, grâce aux évolutions engagées sur son usine de Rousset, inaugurée en octobre 2024, pour un investissement appelé à s’élever à 17 millions d’euros. Depuis 2023 entre les mains du fonds Kouros et de son président Alexandre Garese, Nawah sera bientôt entièrement concentrée dans cette installation où la capacité de production va s’accroître. "Nous avons rapatrié nos machines situées chez STMicroelectronics, explique Alain Guinot, le directeur général. Il n’en reste plus qu’une à transférer et moderniser durant l‘été. Nous aurons donc avant fin 2025 une grande adaptabilité par rapport aux besoins que pourront exprimer nos prospects et clients. Nous voulons contribuer à développer un écosystème de nanotechnologies dans l’environnement de Rousset, près d’Aix-en-Provence".
Changement de calendrier
Pour Alain Guinot, "notre investisseur a eu l’intuition que Nawah propose un matériau innovant dont il faut promouvoir l’usage afin que des sociétés l’explorent et l’adoptent à un prix acceptable. Nous accueillons déjà sur notre site deux sociétés qui regroupent une dizaine de personnes, Carboneo, spécialisée dans l’électrolyse du CO2, et ETSEM Lab qui va aider nos clients à customiser et tester nos produits sur leurs propres applications."
La prochaine phase concernera l’intégration d’une deuxième ligne de production d’une capacité de 80 000 m² pour mi-2026. "Nous devions initialement investir d’abord dans cette ligne, mais nos ambitions de déploiement aux États-Unis, au vu de la politique de taxations douanières en cours dans ce pays, nous ont conduits à inverser le calendrier afin d’y dédier une production à nos clients du marché des composites."
Nawah a porté son choix sur Dayton, en Ohio. L’unité de 3 500 m² pourra à terme fabriquer et livrer, avec six lignes de production, jusqu’à 400 000 m² de ses rouleaux de matériaux nanostructurés 3D pour un investissement évalué à 10 millions de dollars. "Nous démarrons avec une première ligne et nous comptons sur une croissance significative vers 2027-2028", précise Alain Guinot qui prévoit une dizaine de personnes sur place à fin 2025.
Promouvoir la diversité d’applications
Pour y parvenir, la PME de 41 collaborateurs a conclu un partenariat avec l’Institut de Recherche de l’Université de Dayton (UDRI). L’accord vise d’une part à travailler sur un programme pour l’armée américaine (US Army Combat Capabilities Development Command) pour évaluer les améliorations mécaniques et de résistance à la fatigue que permet l’intégration de sa solution dans des pièces vouées à l’aviation. "Les États-Unis ont environ deux ans d’avance sur l’industrie aéronautique européenne sur l’intérêt porté à ces technologies", confie-t-il.
Il consiste d’autre part à accélérer l’appréhension des atouts des VACNT sur le territoire. "Très concentré sur les innovations applicatives, l’UDRI est déjà énormément sollicité par les acteurs des composites pour des développements spécifiques. Il y a aussi dans son environnement géographique d’importants industriels qui auront besoin de matériaux allégés, à l’image d’une usine de construction en série de taxis volants électriques. Nous voulons en être proches." Pour Alain Guinot, d’autres clients, notamment dans le sport haut de gamme, sont prêts à s’engager dès lors que Nawah aura fait la preuve de produire localement en masse. Une filiale est en cours de constitution pour prospecter commercialement.