Au croisement de la chimie verte et de la décarbonation industrielle, la start-up américaine MCatalysis produire des carburants synthétiques à partir de déchets — résidus agricoles, plastiques, gaz industriels résiduels. Elle choisit de s’installer à Lyon pour bénéficier de son écosystème.
La technologie développée par la start-up, dont les travaux de recherche ont pris racine à l’université d’Oxford, repose sur la catalyse activée par micro-ondes. Le principe : soumettre des matières carbonées à un rayonnement micro-ondes en présence d’un catalyseur pour déclencher des réactions chimiques qui produisent des carburants ou des molécules chimiques durables — de l’hydrogène, des gaz combustibles, voire du diesel synthétique destiné à la mobilité lourde comme le transport maritime.
Fondée en 2025 par l’ingénieur et entrepreneur américain Michael Irwin, la société compte aujourd’hui neuf salariés, dont six au Royaume-Uni et deux désormais à Lyon. Son premier financement de 1,5 million de dollars levés en 2025, complété par une aide gouvernementale britannique de 1,7 million de livres sterling (en cours de finalisation) lui a permis de franchir une étape décisive : l’installation de son premier prototype industriel en France, sur la plateforme Axel’One, campus scientifique de référence implanté à Villeurbanne, à la Doua.
Lyon, capitale de la chimie durable
Le choix de Lyon ne doit rien au hasard. " Lyon est la capitale européenne de la catalyse et des procédés chimiques, le cœur de l’industrie des transitions ", estime Michael Irwin qui insiste sur la valeur de l’écosystème local : " La densité industrielle, l’excellence scientifique locale, le soutien d’OnlyLyon Invest et d’HL Energy Ventures nous permettent de nourrir notre ambition de produire des carburants et des molécules synthétiques durables à des coûts comparables à ceux de la pétrochimie. "
C’est précisément via ce réseau local que MCatalysis a rencontré son partenaire industriel clé : Sairem (23 M€ de CA en 2025 ; 90 salariés), fabricant lyonnais de systèmes à micro-ondes pour l’industrie, basé à Décines-Charpieu, qui anime une école de formation dédiée aux technologies micro-ondes. " C’est comme cela que Michael nous a connus. Je lui ai suggéré de venir à Lyon, capitale de la chimie, ce qu’il a fait. C’est plus facile de recruter ici ", raconte David Vennin, président de Sairem. Les deux entreprises ont collaboré à la conception et à la fabrication d’un premier prototype de petite capacité, livré en janvier 2026, dédié à la production d’hydrogène à partir de gaz vert. MCatalysis est actuellement en phase de tests et de calibration. Une deuxième application est également à l’étude : la transformation de déchets plastiques en carburants gazeux.
Un pilote à Solaize en 2028
Une fois ce premier pilote validé, un équipement de plus grande capacité sera installé sur la plateforme Axel’One. L’objectif à moyen terme est ambitieux : ouvrir une usine pilote à Solaize en 2028, capable de produire dix barils par jour d’essence synthétique, avec une cible industrielle à terme de 5 000 barils quotidiens. Pour y parvenir, MCatalysis prévoit de lever 1,5 million de dollars supplémentaires en 2028 et table sur un modèle de partenariat avec des industriels de la chimie et de la pétrochimie. Le principal défi reste celui de toute cleantech : ramener le coût de production à un niveau compétitif. " Le problème des cleantech, c’est le coût de production ", reconnaît Michael Irwin. Lyon, avec son tissu industriel et académique, entend bien aider MCatalysis à le résoudre.