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W Platform veut dépolluer les chaudières industrielles en captant leur CO2
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W Platform veut dépolluer les chaudières industrielles en captant leur CO2

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La start-up girondine W Platform vient de breveter un nouveau procédé de captation du CO2 industriel. Son but : éliminer les gaz à effet de serre des grosses chaudières tout en produisant du carburant vert. La start-up, qui a signé un premier contrat aux États-Unis grâce à ce procédé, vise aussi les groupes électrogènes et notamment le — très polluant — et stratégique secteur des data centers.

Quentin Renouil, ingénieur responsable du bureau d’études de W Platform et Matthieu Planté, cofondateur, présentent CO2 Net Zero — Photo : Romain Béteille

Dépolluer les chaudières à combustion tout en transformant leur CO2 en carburant vert. C’est l’innovation que vient de lancer la start-up girondine W Platform (une dizaine de personnes, 1 M€ de CA). Spécialisée dans la captation et la valorisation du dioxyde de carbone fermentaire et industriel, elle a déposé en août dernier le brevet d’un nouveau procédé de captation du CO2 provenant des fumées issues des chaudières industrielles. "CO2 Net Zero", c’est son nom, "permet aux utilisateurs de grosses chaudières à combustion de traiter leurs effluents gazeux pour ne plus polluer", assure Matthieu Planté, cofondateur de W Platform.

Production d'e-fuel, d'e-saf ou d'e-méthanol

La start-up a créé un premier démonstrateur opérationnel pour valider le fonctionnement de ce nouvel assemblage. Trois éléments clés sont nécessaires à son fonctionnement : du CO2 issu des fumées des chaudières industrielles, de l'oxygène et de l'eau. Le CO2 capté sera associé à un générateur d'oxygène et "le processus va permettre de produire du e-fuel, e-saf ou e-méthanol ", explique encore Matthieu Planté.

L'électrolyse de l'eau, qui sépare les atomes d'oxygène et d'hydrogène présents dans l'eau, est privilégiée pour générer de l'oxygène et produire le fameux carburant vert. Une autre méthode, la photosynthèse de micro-algues dans un réacteur dédié, est aussi envisagée.

Le tout repose sur l'oxy-combustion, procédé consistant à brûler un combustible en présence d'oxygène pur, plutôt qu'en utilisant l'air ambiant. L'oxy-combustion produit ainsi des fumées bien plus concentrées en CO2 (plus de 60%), afin de produire le carburant vert, tout en limitant l'émission d'oxydes d'azote (NOx) et donc la pollution atmosphérique.

L'oxygène et le CO2 restants sont remis dans le moteur en entrée de combustion. Le système s'autoalimente et fonctionne en circuit fermé, permettant ainsi de décarboner les chaudières à partir de 10 MW.

Un modèle économique hybride

CO2 Net Zero se pose en offre intermédiaire et complémentaire des nouvelles chaudières "Ch0c", développées par seize acteurs français dont le fabricant de chaudières lot-et-garonnais Babcock Wanson, qui reposent aussi sur l’oxy-combustion.

"Notre procédé est un entre-deux, il peut fonctionner sur les chaudières existantes et réduira quand même le coût de fonctionnement des nouvelles, d’abord parce que l’oxygène est produit localement et ensuite parce qu’on optimise la rentabilité de la chaudière en produisant du e-fuel", poursuit Matthieu Planté.

La cible, au niveau national, est la même : les chaudières industrielles, responsables de 23 % des émissions globales de l’industrie française. Les 1 000 chaudières les plus émettrices représentent environ 4 millions de tonnes de CO2 par an.

La start-up, qui a levé 2 millions d’euros en 2024 et espère réunir environ 1 million d’euros de plus entre fin 2025 et début 2026, va baser la commercialisation de cette solution sur un modèle économique hybride. "On veut s’adosser à des partenaires au sein d’un consortium. Notre métier, c’est le procédé et la capacité d’étudier et de dimensionner les projets. Avec nous, il faudra des partenaires pour gérer l’électrolyse, la production de carburant vert et de microalgues", annonce Matthieu Planté. L’entreprise compte aussi vendre des contrats d’exploitation du brevet, déposé en France et aux USA, à d’autres entreprises pour démocratiser l’utilisation de son procédé.

Une première cible américaine

W Platform, dont les marchés cibles sont les réseaux de chaleur urbains, les chaudières industrielles (fuel, gaz, bois entre 10 et 100 MW) où d’autres procédés similaires comme les incinérateurs de déchets, ne vise pas que les chaudières. Elle lorgne aussi vers les groupes électrogènes, fonctionnant au gaz ou au pétrole, spécifiquement ceux utilisés aux États-Unis pour la création de data centers à l’empreinte carbone exponentielle.

La start-up, à son échelle, s’inscrit ainsi dans la dynamique des géants du web américain, qui se sont fixés un objectif de zéro émission nette à horizon 2030. Elle a d’ailleurs déjà signé avec un client — encore confidentiel — pour mettre en place son démonstrateur (modèle microalgues) aux États-Unis dans un data center.

S’ouvrant ainsi les portes du (gigantesque) marché américain depuis Bordeaux, la start-up poursuit le déploiement de ses autres solutions de revalorisation du CO2 dans la production de vin (pour le protéger de l’oxydation), de bière — pour rajouter des bulles — ou dans la méthanisation. Elle a d’ailleurs équipé des brasseries à Rennes ou Bordeaux et va poursuivre la dynamique dans les prochains mois en Occitanie ou dans le Nord. Elle dispose déjà de plusieurs gros industriels dans sa liste de clients : Holcim, L’Oréal, Bacardi ou Orano. À terme, la jeune société espère tirer de CO2 Net Zero "20 à 50 %" de son chiffre d’affaires.

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