Dans un vignoble bordelais en pleine crise, l’innovation continue d’émerger, de plus en plus tournée vers la production du vin.
Entre les rangs du château Luchey-Halde de Mérignac (Gironde), 52 entreprises et organismes spécialisés étaient là pour le prouver début juillet lors de la seconde édition du salon Vi-TIC, initié par Digilab, plateforme d’innovation de Bordeaux Sciences Agro.
Elles se disputent les faveurs d’un marché aux contraintes économiques, environnementales et réglementaires toujours plus fortes.
Solution fermentaire
La start-up bordelaise W Platform (1 M€ de CA, 14 collaborateurs), spécialisée dans la captation de CO2 fermentaire dans les chais, était l’une des premières exposantes. Depuis sa levée de fonds (2 M€) en février, elle a déménagé à Innogaronne, dernier hub d’innovation de l’incubateur Technowest. Sa solution phare, CO2 Winery, capte le CO2 et le comprime dans des bouteilles afin de le réutiliser pour inerter (remplacer l'oxygène par du gaz neutre) les cuves, refroidir les vendanges ou baisser la consommation d’eau. Less Alco, procédé en R & D qui vise un lancement en 2025, réinjecte ce CO2 lors de la vinification pour réduire le degré d’alcool des vins.
Alternative à l’achat de CO2 fossile, W Platform s’ouvre aux marchés de la bière ou des méthaniseurs et lance cet été un site internet pour "mettre en relation les producteurs de CO2 et des acheteurs, notamment des viticulteurs n’ayant pas mis en place" son système, termine Matthieu Planté, cofondateur.
Une vue globale du vignoble
S’il vise d’abord la viticulture, c’est sans doute car ses acteurs y ont vu un moyen plus économe d’améliorer leur processus de production.
"Les viticulteurs trouvent un intérêt dans ces innovations mais ne sont pas prêts à tout accepter et craignent de s’éloigner de leur savoir-faire de terrain", précise Nathalie Toulon, responsable du Digilab. "Ils sont demandeurs de tout ce qui va leur permettre de respecter la réglementation, de soulager certaines tâches chronophages ou d’avoir une vue plus globale de leur vignoble."
L’essor de l’IA
Les sociétés utilisant l’IA tente de répondre à ces intérêts convergents, et les OAD (outils d’aide à la décision) occupaient une large part des exposants. La start-up bordelaise VitiVisio (cinq personnes), fondée en 2023, utilise l’IA et le deep learning pour "optimiser la récolte et réduire l’utilisation des pesticides".
Elle le fait grâce à un gros boîtier, qui s’installe sur les véhicules des viticulteurs (tracteur, enjambeur…), équipé de caméras et d’un capteur qui récolte des données géolocalisées. Transmises à un logiciel, elles sont restituées sous la forme d’un parcellaire. "L’IA intervient dans l’analyse de l’image. Notre algorithme, basé sur 15 critères, va détecter les maladies ou pieds morts", résume Laurent Godeau, cofondateur.
La start-up finalise une levée de fonds. Elle souhaite ajouter des fonctionnalités au logiciel - comme la détection des maladies saisonnières - et lancer une pré-série de son capteur en 2025.
"Les progrès dans la collecte de données permettent de mieux utiliser l’IA. Les besoins de la filière et nos capacités technologiques se rencontrent", termine Laurent Godeau pour décrire l’étape dans laquelle VitiVisio s’inscrit. "L’IA perceptive arrive dans les châteaux, souvent couplée à un capteur pour analyser des images. Beaucoup de solutions sont en test et s’affinent. L’IA générative, la plus récente, est aujourd’hui plutôt investie dans le marketing, mais va aussi arriver dans les exploitations", certifie Nathalie Toulon.
Robotique de précision et profusion
Dernière star du salon, la robotique, orientée au départ vers le travail du sol, se tourne de plus en plus vers des fonctionnalités spécifiques comme l’épamprage (taille des repousses), la pulvérisation ou la protection contre les aléas climatiques.
VitiTunnel, solution girondine de bâche escamotable motorisée, vient de lancer une solution miniature, sans moteur, dédiée aux parcelles de témoins non traités. Vitirover a sorti récemment une version plus petite de son robot-tondeur autonome destiné aux étudiants et chercheurs.
La société charentaise Praysbee (10 collaborateurs), créée à Cognac en 2021, veut lancer dès 2025 son procédé de pulvérisation Wulp basé sur une technologie de jet projeté oscillant pilotable en temps réel promettant un coût moindre en énergie et une réduction de 90 % des dérives.
Certes, "la profusion n’aide pas à la lisibilité de chacun, mais ça s’affine", conclut Nathalie Toulon. "C’est une période de transition". La transformation globale, elle, ne fait en revanche plus de doute.