PGP Farmer (2 salariés, 6 associés, 90 investisseurs) a bouclé plusieurs levées d’un total de 3 millions d’euros en deux ans auprès d’investisseurs privés, lui permettant de franchir plusieurs étapes pour son projet d’industrialiser la production de cannabis médical. Si elle y parvient, cette start-up créée en 2022 à l’initiative de Brahim Sebart, marquera les esprits : près de Ribérac (Dordogne), dans le Périgord Vert, l’usine qui sortira de terre sera la première de France pour ce marché. Les bâtiments pharmaceutiques s’étendront sur 8 000 m2, adossés à 22 000 m2 de serres de cultures pour le cannabis à usage thérapeutique. Jusqu’à 150 personnes y travailleront, pour produire des gélules, des pommades ou des huiles, à partir de 30 tonnes annuelles de fleurs de cannabis.
Un pari osé
Le jeune dirigeant et ses cinq associés opérationnels, dont l’entrepreneur à succès Laurent Potel (PDG de Comet, ex-PDG de Reezocar), ont parié gros puisqu’à ce jour, le marché du cannabis médical est inexistant en France, le législateur ne l’ayant pas autorisé. "Vingt-quatre pays de l’Union européenne ont adopté une législation en faveur du cannabis médical. La France fait partie des quatre derniers à ne pas l’avoir fait", explique Brahim Sebart. Mais cela va changer. "Un décret de 2022 accompagne deux arrêtés portant sur la production des cultures et sur la production de médicament", explique-t-il. "Il reste une dernière donnée à faire valider par le gouvernement : le niveau de remboursement des patients. Cela devrait aboutir d’ici quatre à six semaines. Nous espérons que le cannabis médical sera légalisé d’ici juin prochain".
Le cannabis ne soigne pas, mais il est préconisé comme antidouleur, lorsque les opiacées présentent des limites, en particulier pour les patients atteints de sclérose en plaques, d’épilepsie, de douleurs chroniques (arthrose) ou en fin de vie (cancers) et autres maladies nerveuses.
Les 3 millions déjà consommés
Les 3 millions d’euros levés ont déjà été consommés par les précédentes étapes de développement : les démarches administratives, dont le dépôt du permis (accordé), et l’élaboration du projet industriel, sur lequel planchent trente personnes (bureaux d’études, architectes, etc.). Le groupe girondin Cap Ingelec (près de 800 salariés, CA 2025 : 680 M€) est engagé comme contractant général. Les démarches visant à valider le Proof of concept (POC) sont conduites au sein d’un laboratoire hollandais, et devraient aboutir à la fin de l’été 2026. "Notre modèle de culture est celui utilisé au Canada et en Californie. Il est connu et performant. Notre technologie n’est pas innovante, mais le sujet est de produire ce cannabis en France, avec notre écosystème bioclimatique", précise l’entrepreneur.
"Notre technologie n’est pas innovante, mais le sujet est de produire ce cannabis en France."
Dès lors, la levée de fonds dédiée à la construction de l’usine sera officiellement lancée à partir de septembre (même si les premiers contacts sont déjà en cours). Brahim Sebart reste discret sur le montant exact, mais il sera important, dimensionné pour financer un tel équipement industriel. Le montage prévoit de s’appuyer sur un tiers de financements publics, un tiers privés et un tiers de dette.
Les travaux devraient démarrer en 2027 pour deux ans, auxquels s’ajoutera un an pour la validation par l’Agence du médicament. Les premières productions pourraient être commercialisées en 2030. L’effectif irait croissant de 60 personnes à 150 sur les cinq années suivantes, d’ici 2035.
PGP Farmer s’appuie déjà sur plusieurs lettres d’engagement de futurs clients intéressés (principalement des sociétés allemandes et suisses). Il faut dire qu’il n’existe que douze sites de production en Europe, qui produisent moins de 200 tonnes, alors que le marché est en croissance de 20 %, et estimé à 700 tonnes d’ici 2030. Environ 75 % des fleurs dans l’Union européenne proviennent aujourd’hui de sources extra-européennes, en particulier du Canada. En France, la légalisation concernera 700 000 nouveaux patients potentiels. Seul un autre projet d’usine est en cours dans le Loiret. Les suivants, quand il y en aura, n’émergeront pas avant plusieurs années.