Évidemment le nom prête à sourire, il marque les esprits, il est typique de la communication audacieuse du Slip Français. La Belle Paire est la joint-venture créée par l’entreprise parisienne de sous-vêtements et la PME familiale Broussaud Textiles, acteur depuis 1938 de la chaussette en Haute-Vienne pour 250 clients. Détenue à parts égales par les deux sociétés, La Belle Paire portera la croissance du Slip Français pour la partie chaussettes. Des chaussettes qui, revendiquées made in France, "sauvent la planète".
30 mètres de machines automatiques pour quadrupler la production
La Belle Paire a investi 300 000 euros pour installer une ligne de production dédiée dans l’usine Broussaud dans le village des Cars près de Limoges. Une usine qui tourne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec 68 salariés, sans compter les quatre recrutements à venir. Dix machines flambant neuves ont été installées, auxquelles s’ajouteront trois autres d’ici quelques mois et trois existantes.
Sur 30 mètres, le ballet est en marche : chaque robot file à toute allure, les bobines colorées se déroulent tour à tour, coordonnées, les aiguillent tricotent, et trois minutes trente secondes plus tard une chaussette tombe dans le bac. "Nous produirons 400 000 paires pour Le Slip Français dès cette année", affirme Aymeric Broussaud, président de l’entreprise familiale. C’est quatre fois ce que Broussaud fabriquait pour l’enseigne en moyenne chaque année.
Réduire les risques
Les deux entreprises se connaissent bien, elles travaillent ensemble depuis 13 ans. Si Broussaud lui a déjà tricoté 1,3 million de paires de chaussettes, pourquoi alors ne pas se contenter de continuer ? Pourquoi une entreprise commune ?
"Pour ne pas reproduire ce qu’on subit mes grands-parents avec la grande distribution, explique Aymeric Broussaud pointant du doigt le risque pour son entreprise. Quand Auchan leur a dit qu’il arrêtait de travailler avec eux pour aller produire en Asie, mes grands-parents se sont retrouvés avec tous leurs salariés et leur matériel." La production nécessaire à la croissance du Slip Français représentera une part importante de l’activité de l’usine qui fabriquait jusqu’à présent 1,5 million de paires par an pour de nombreuses marques (Lacoste, grande distribution, Hermès à compter de fin février, sa marque en propre…).
Les deux entreprises ont d’abord envisagé de répartir la charge de production en incluant un troisième acteur, en soutien à Broussaud et à la bonneterie Perrin en Bourgogne (qui continue aujourd’hui de tricoter une part minoritaire des chaussettes). "Mais cela ne s’est pas bien passé", raconte Aymeric Broussaud qui ne perçoit dans cette filiale commune "que des avantages". La Belle Paire associe "le panache du Slip Français, ses idées, son regard créatif, sa force commerciale, au savoir-faire et aux exigences industrielles de Broussaud".
"Avec La Belle Paire on est repartis pour au moins 20 ans"
"On va peut-être nous dire qu’on fait une erreur, sourit-il, comme on nous a dit il y a 20 ans quand on a repris l’entreprise avec Alexandra (son épouse et coridigeante, NDLR), nous affirmant que le textile français était mort." Broussaud (7 M€ de CA 2025) est rentable depuis 17 ans. "En 20 ans, on a tout connu, des hauts, des bas, des hauts. Avec La Belle Paire, on est repartis pour au moins 20 ans."
Pour le Slip Français aussi le compte est bon, lui qui est devenu rentable pour la première fois en 2025 (21 M€ de CA, 57 salariés au siège à Paris). En grandes difficultés financières en 2022 et 2023, l’enseigne créée en 2011 a opéré un virage stratégique majeur autour d’un pari : augmenter le volume de production et baisser ses prix. "En un an, nous avons divisé nos prix par deux et on a fait une croissance de 100 %", résume Léa Marie, la directrice générale. "Nous sommes dans une logique de massification pour plus de compétitivité", détaille Guillaume Gibault, le fondateur et président de la marque. "Pour la production de sous-vêtements, nous avons dû ouvrir notre propre usine (Bonne Nouvelle, à Aubervilliers en région parisienne, en 2023) faute de partenaire. Pour les chaussettes, nous l’avions. Le projet s’est monté en six mois."
Au-delà d’une nouvelle ligne de production, Alexandra Broussaud y voit une affirmation de l’engagement de l’entreprise "pour une production française compétitive et fière de ses racines". La paire de chaussettes est vendue 9,90 euros.