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Cabot Carbone projette d’investir 130 millions d’euros dans un réseau de vapeur décarbonée près du Havre
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Cabot Carbone projette d’investir 130 millions d’euros dans un réseau de vapeur décarbonée près du Havre

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À Lillebonne en Seine-Maritime, le projet de Cabot Carbone figure parmi les 150 cathédrales industrielles désignées par Emmanuel Macron, le 22 avril dernier. Son projet d’Energy Center à 130 millions d’euros permettra aux industries voisines de décarboner leur process en leur acheminant du gaz à haute température à partir de 2029.

Nicolas Baudin, président de Cabot Carbone, entreprise chimique de Seine-Maritime dont le projet d’Energy Center figure parmi les "cathédrales industrielles" identifiées par le président Emmanuel Macron — Photo : DR

Cabot Carbone s’apprête à construire l’une des 150 "cathédrales industrielles" d’Emmanuel Macron, ces projets jugés stratégiques par l’Élysée, qui bénéficieront de dérogations réglementaires et de procédures administratives accélérées.

Une filiale du groupe américain Cabot Corporation

C’est le projet d’Energy Center de Cabot Carbone, basé à Lillebonne en Seine-Maritime, qui a été retenu par les équipes du Président de la République. Employant 100 salariés, cette filiale française du groupe américain Cabot Corporation (4 000 salariés) fabrique sur les bords de la Seine du "noir de carbone" utilisé par les industriels. La firme projette de valoriser un gaz issu de son process de production pour créer un réseau de chaleur.

"Le projet d’Energy Center consiste à créer un réseau de vapeur décarboné à destination d’autres industriels de la zone"

"Le process de transformation de notre matière première - des sous-produits d’énergies fossiles - génère un gaz résiduaire, le Tail Gas au contenu énergétique important, présente Nicolas Baudin, président de Cabot Carbone et directeur du site de Lillebonne. Il constitue une source de chaleur conséquente. Le projet d’Energy Center consiste à valoriser ce gaz ainsi que la chaleur fatale qui l’accompagne pour créer un réseau de vapeur décarboné à destination d’autres industriels de la zone. Notre chaleur viendrait en substitution d’énergies fossiles, dont le gaz naturel, que ces industriels emploient actuellement soit pour se chauffer, soit pour leur process. Ce qui leur permettrait de décarboner leur propre activité".

Une partie de la centaine de collaborateurs de Cabot Carbone basée à Lillebonne, près du Havre (Seine-Maritime) — Photo : DR

Un projet de 130 millions d’euros conçu avec Engie

Conçu en coentreprise avec Engie, cet Energy Center nécessite un investissement de 130 millions d’euros. Le projet sera majoritairement financé par Cabot Carbone, qui bénéficiera d’une enveloppe de 45 millions d’euros de subventions délivrés par l’Ademe et le Fonds chaleur.

Parce qu’il sera en grande partie automatisé, il générera "seulement" la création d’une quinzaine d’emplois et permettra d’éviter l’émission de 75 000 tonnes de CO2 par an chez les industriels qui seront reliés à Cabot Carbone par un réseau de canalisations de 5 km de longueur.

Encore suspendus à la décision finale d’investissement qui devrait intervenir à la fin 2026 et à la négociation commerciale avec les futurs consommateurs de vapeur, les travaux ne devraient pas livrer l’Energy Center, sur le site même de l’usine de 17 hectares, avant début 2029.

Pour le groupe américain Cabot Corporation, dont Cabot Carbone est l’unique filiale française, le projet n’est pas une première, puisqu’il opère déjà quinze Energy Center dans le monde.

La dernière usine en France de noir de carbone

Quant à l’usine de Lillebonne, fondée en 1961, elle est "la dernière usine en activité en France de production de noir de carbone, qui est sans doute la plus vieille molécule chimique industrialisée, tenant son origine dans la valorisation de coproduits d’autres industries encore majoritairement fossiles (pétrole, polymères)", résume le directeur du site. Cabot Carbone s’approvisionne quasi uniquement sur une plateforme à Rotterdam (Pays-Bas), avec des matières premières européennes et dispose d’une autorisation préfectorale de capacité de production plafonnée à 120 000 tonnes par an.

Présent partout ou presque

La matière première entre sous forme liquide et sort sous forme de granules. Elle est présente presque partout : tout objet de couleur noir comporte du noir de carbone : une souris d’ordinateur, des câbles électriques, des coques de téléphone, les touches de clavier d’un PC… sans oublier l’automobile qui est le marché historique du "carbon black".

"Notre groupe a été créé aux États-Unis dans les années 1880 et Mr Goodyear, fabricant de pneumatiques, a rencontré Mr Cabot pour lui faire part de la faible durabilité de ses pneumatiques, alors en caoutchouc naturel et initialement blancs, rappelle Nicolas Baudin. C’est l’ajout de noir de carbone qui a permis d’augmenter significativement la résistance des pneus à l’usure, passant d’une durée de vie 5 000 km à 50 000 km".

Pneumatiques et industries

Du fait de sa capacité à renforcer à la fois les propriétés mécaniques et la résistance aux UV, le noir de carbone est toujours utilisé dans les pneumatiques de l’industrie automobile, lesquels représentent 40 % du marché de Cabot Carbone. Mais ce sont majoritairement (60 %) de multiples applications industrielles qui vont l’utiliser pour consolider leurs matrices industrielles fabriquées à partir d’une autre matière première.

Le site industriel de Cabot Carbone, la seule filiale française du groupe Cabot Corporation basé aux États-Unis, s’étend sur 17 hectares, à cheval sur Lillebonne et Port-Jérôme-sur-Seine — Photo : DR

"Le carbon black améliore aussi la conductibilité électrique, la puissance transmise, la densité énergétique et accroît le nombre de cycles que des batteries électriques peuvent subir, ajoute le dirigeant. Il ne remplace pas le lithium, mais son petit pourcentage - 1,5 % en masse des matériaux composant les batteries électriques automobiles - reste indispensable au fonctionnement des batteries. En cela, c’est un matériau critique".

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