Depuis son siège basé à Lyon, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et ses quelque 1 500 salariés sont notamment en charge de l’aménagement du fleuve, de la gestion de la navigation fluviale, ou encore de la production d’électricité renouvelable. Dans un contexte de tensions climatiques croissantes, la CNR (412 M€ de résultat net en 2024) s’affirme aujourd’hui également comme un acteur clé de la gestion de l’eau. "Dans ce domaine, nous sommes des lanceurs d’alerte", déclare Laurence Borie-Bancel, la présidente du directoire.
Fournir un outil d’aide à la décision
Juste après avoir intégré le Comité National de l’Eau, CNR a signé en octobre dernier un accord franco-suisse afin de gérer les épisodes de sécheresses et de crues du fleuve et "s’entendre sur la régulation du Rhône". Par ailleurs, la filiale d’Engie et de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) lancera bientôt une étude pour la création d’un "centre de supervision du Rhône". L’objectif du futur centre sera de disposer d’une vision en quasi-temps réel des prélèvements et des disponibilités en eau, afin de mieux ajuster les arbitrages à l’échelle du fleuve.
"L’enjeu est de concilier les différents usages, au premier rang desquels l’agriculture, qui représente près de la moitié des prélèvements, sans fragiliser l’alimentation en eau potable ni la production hydroélectrique, dont le niveau a décru en 2025, à l’image du débit du Rhône l’année dernière", explique Laurence Borie-Bancel. L’entreprise travaille également sur des solutions de stockage hivernal pour limiter les tensions lors des périodes d’étiage.
Montée en puissance du trafic fluvial
La préservation du Rhône sert un autre de ses objectifs stratégiques : la décarbonation au service de la réindustrialisation. En 2025, la CNR a accordé les concessions de quatre ports stratégiques — Lyon, Vienne Sud, Portes-lès-Valence et Arles — à des opérateurs spécialisé. À Lyon, le port Édouard-Herriot a été confié à CMA CGM, qui propose désormais une chaîne logistique fluvio-maritime reliant Lyon à Shanghai. L’idée est de reporter une partie du trafic routier de l’axe Lyon Marseille vers le transport fluvial.
"Avec des acteurs comme nos nouveaux concessionnaires, nous pouvons proposer du porte-à-porte. Le trafic fluvial n’est plus un maillon isolé de la chaîne logistique", commente Thomas San Marco, directeur exécutif à CNR.
Ces accords fixent des objectifs de développement aux prestataires à échéance 2032 : la circulation de 120 000 EVP (équivalent conteneurs) par an via le transport fluvial et d'environ 100 000 EVP en transport ferroviaire.
90 millions d’euros pour le corridor MeRS
La concession des ports à des acteurs spécialistes de la logistique porte déjà ses fruits : le fret fluvial sur les 330 kilomètres de voies navigables entre Lyon et la Méditerranée a progressé pour la troisième année consécutive en 2025, atteignant 3,65 millions de tonnes transportées, soit une hausse de près de 9 %.
Pour sécuriser cette dynamique, CNR engagera à partir de 2026 la modernisation des grandes écluses de Châteauneuf-du-Rhône et de Bollène, un investissement de 90 millions d’euros destiné à fiabiliser le corridor Rhône – Saône – Méditerranée (MeRS).
25 % de la production d’hydroélectricité en France
Gestionnaire du fleuve, CNR reste également le premier producteur d’électricité renouvelable, dont l'essentiel provient de ses installations hydroélectriques sur le Rhône. En 2025, l’entreprise a généré près de 15 TWh, dont 13,2 TWh d’hydroélectricité (19 barrages et 46 centrales hydroélectriques), complétés par l’éolien (68 parcs) et le solaire (70 parcs). De quoi couvrir le consommation de 6,4 millions de personnes.
À horizon 2041, 550 millions d’euros seront investis pour renforcer la performance et la flexibilité de la chaîne hydroélectrique du Rhône, confirmant le rôle structurant du fleuve dans le mix énergétique décarboné de la région.