De Louis XIII à Chanel : comment la verrerie des flacons de parfum Pochet du Courval a traversé quatre siècles
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De Louis XIII à Chanel : comment la verrerie des flacons de parfum Pochet du Courval a traversé quatre siècles

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La verrerie Pochet du Courval spécialisée dans le flaconnage de luxe est implantée dans la vallée de la Bresle, en Seine-Maritime, depuis plus de 400 ans. Une histoire industrielle riche, où se côtoient l’impératrice Eugénie et les plus grandes marques de parfum, qui se poursuit aujourd’hui avec l’achat d’un four électrique, afin de répondre aux enjeux de demain.

Le soufflage du verre ne se fait plus à la bouche depuis près de cent ans. Aujourd’hui, tout est automatique — Photo : Pascal Biomez

La Vie est belle de Lancôme, Only the Brave de Diesel, Chanel N°5… : tous ces parfums ont un point commun. Leurs flacons, comme un million d’autres chaque jour, sortent de l’usine Pochet du Courval, située à Guimerville, en Seine-Maritime. Un savoir-faire qui ne date pas d’hier, puisque les premières traces de la fondation de la verrerie du Courval remontent à plus de 400 ans, lorsque Catherine de Clèves, duchesse de Guise et comtesse d’Eu, autorise par lettres patentes François Le Vaillant, écuyer et sieur du Courval, à établir une verrerie en basse forêt d’Eu.

Les origines de la Glass Vallée

C’était en 1623, Louis XIII était le roi, et la région s’apprêtait alors à connaître un développement économique florissant qui formerait ce qu’on appelle aujourd’hui la Glass Vallée. "Toutes les conditions étaient réunies pour établir des verreries ici, résume Léa Pinel, responsable communication chez Pochet du Courval. La forêt d’Eu fournissait le bois. La proximité avec un cours d’eau, la Bresle, était nécessaire au refroidissement. Et on trouvait au fond de la rivière la potasse, qui rentrait dans la composition du verre."

L’iconique flacon aux Abeilles de l’Impératrice Eugénie

À l’époque, des dizaines de verreries poussent sur ce bout de terre à la limite de la Somme. Il s’agit de concevoir du verre plat, servant aux vitrages des fenêtres pour les maisons bourgeoises. Si la technique du verre soufflé remonte à des millénaires, c’est la démocratisation de la parfumerie dans les années 1850 qui va transformer le flacon en véritable accessoire de mode.

L’iconique flacon aux Abeilles est encore aujourd’hui doré à l’or liquide, à la main — Photo : Agence Unchained

Et un événement mondain propulser la verrerie du Courval – devenue maison Pochet-Deroche en 1824 au fil des unions, l’entreprise s’étant toujours transmise via les filles de la famille - en fer de lance de cette nouvelle tendance… "Le 30 janvier 1853, Pierre-François-Pascal Guerlain crée pour l’Impératrice Eugénie un parfum à l’occasion de son mariage avec Napoléon III. Il fait appel à la famille Pochet pour créer le flacon, raconte Léa Pinel. C’est ainsi que naît l’iconique flacon aux Abeilles qui, aujourd’hui encore, est décoré chez nous à l’or liquide, à la main."

Une nouvelle usine automatisée

La demande s’envole, et l’automatisation des process va constituer un nouvel enjeu pour l’entreprise. En 1933 – un an avant que l’entreprise n’associe officiellement les noms Pochet et du Courval -, le soufflage du verre traditionnel à la bouche est remplacé par le soufflage semi-automatique à air comprimé.

L’usine de Guimerville (Seine-Maritime) a remplacé la verrerie historique du Courval en 1971 — Photo : Pascal Biomez Photographie

En 1971, décision est prise de construire une nouvelle usine, beaucoup plus moderne et automatisée, à seulement un kilomètre du site historique, à Guimerville, où elle se situe encore aujourd’hui, et emploi 1 400 salariés. "Les dirigeants ont investi une année de chiffre d’affaires dans ce projet, souligne Léa Pinel. La demande était telle qu’il fallait produire beaucoup plus, et le soufflage semi-automatique ne suivait plus. C’était extrêmement ambitieux, mais les verreries qui n’ont pas fait ce choix n’existent plus aujourd’hui. "

"On a la chance d’avoir 400 ans de savoir-faire, poursuit Léa Pinel. Mais si on veut être là dans 400 ans, il faut répondre dès maintenant aux attentes de demain."

Anticiper les tendances tout en restant indémodable. Innover pour se développer, tout en misant sur un savoir-faire ancestral. C’est l’équilibre à trouver pour continuer à évoluer dans un marché de plus en plus concurrentiel. Face aux marques européennes historiques que sont Heinz-Glas (Allemagne) et Bormioli Luigi (Italie), il faut désormais composer avec l’offensive chinoise, aux prix plus agressifs compte tenu d’une main d’œuvre moins coûteuse. "On a la chance d’avoir 400 ans de savoir-faire, poursuit Léa Pinel. Mais si on veut être là dans 400 ans, il faut répondre dès maintenant aux attentes de demain."

Un four électrique à 40 millions d’euros

Proposer des flacons rechargeables, ou avec une partie de verre recyclé. Troquer les capuchons en plastique contre des capuchons en verre. En 2022, l’entreprise a investi 40 millions d’euros dans un four électrique, clé de voûte d’un plan de décarbonation à 94 millions d’euros qui doit, d’ici 2034, permettre à l’usine de diviser par deux ses émissions de CO2. "Si un client veut un flacon 100 % décarboné, grâce au four électrique, on peut." Preuve que "rien n’est impossible chez Pochet du Courval", que ce soit des flacons en forme d’escarpin, de smartphone, de robot. Ou cerclés de métal sans un seul point de colle, comme la collection Chance de Chanel.

Pochet du Courval. Un million de flacons de parfum sortent chaque jour de l’usine de Guimerville — Photo : Agence Unchained

L’une des forces du groupe : les services travaillent main dans la main, en transversalité, pour trouver les solutions et satisfaire le client. Cela permet de proposer un produit clé en main, qu’il s’agisse d’une bouteille de parfum, d’un pot de crème hydratante, ou d’un flacon de sérum.

Avec la création de la société Qualipac en 1991, puis l’acquisition de Solev en 2011, Pochet du Courval n’a pas besoin de sous-traiter le parachèvement du flacon. Les accessoires, qu’ils soient en plastique ou en verre, et les décors peuvent être réalisés en interne. C’est aussi à travers ces filiales que le groupe, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 450 millions d’euros en 2025, a pu s’implanter à l’international, avec l’installation en 2008 d’une usine Qualimétal en Chine.

Parmi les références de Pochet du Courval : La Vie est belle de Lancôme — Photo : Robson90

En France, l’entreprise familiale, qui vient de voir arriver la neuvième génération avec la présence du fils (Alexis Gosset) et du neveu (François Blond) de l’ancienne présidente Irène Gosset dans le comité de direction, compte huit sites, dont le siège social basé à Clichy (Hauts-de-Seine). Mais la seule et unique verrerie se situe en Normandie. Le poids de l’histoire.

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