Zone de turbulences pour les entreprises de la Glass Vallée
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Zone de turbulences pour les entreprises de la Glass Vallée

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Premier pôle mondial du flaconnage de luxe situé en Normandie et dans les Hauts-de-France, la Glass Vallée traverse une zone de turbulences. Entre une activité en repli pour la majorité des entreprises et des charges qui augmentent, l’industrie de transformation du verre doit faire face à plusieurs défaillances. La filière espère rebondir cette année.

Créé en 1896, le site de Mers-les-Bains (Somme) de Verescence produit chaque année 200 millions de flacons — Photo : Anne Soullez

Réalisant 70 % de la production mondiale de flacons en verre de luxe, la Glass Vallée traverse une zone de turbulences. À cheval entre la Normandie et les Hauts-de-France, dans la vallée de la vallée de la Bresle, cette industrie de transformation du verre a connu ces derniers mois plusieurs défaillances d’entreprises.

80 %

"L’année 2025 a été compliquée pour la filière", analyse Stéphane Franconville, dirigeant de Meca Group et président de la Glass Vallée, un cluster fédérant 60 entreprises du domaine de la verrerie de luxe pour la parfumerie, la cosmétique et les spiritueux. S’appuyant sur un savoir-faire emmagasiné depuis le 16e siècle, l’ensemble emploie 7 500 salariés, qui ont connu des heures meilleures.

"Le bilan est assez négatif sur le plan économique, parce que près 80 % des entreprises industrielles ont vu leur chiffre d’affaires baisser. L’activité est en baisse, de manière significative pour certains", expose Stéphane Franconville. Le président de l’association d’entreprises évoque aussi des tensions de trésorerie liées à des investissements lourds et à la hausse des charges, notamment de l’énergie. Il fait par ailleurs état de difficultés d’accès aux financements court terme.

Les faillites de Jenniver, Normov et B.M.V.

A quelques semaines d'intervalle, trois sociétés de la Glass Vallée ont fait faillite en 2025 : la société de tri du verre Jenniver, basée à Longroy (Seine-Maritime), et les deux sociétés du groupe Diverre, Normov et B.M.V., situées à quelques kilomètres l’une de l’autre, dans la Somme et la Seine-Maritime. Les trois entreprises ne manquaient pourtant pas d’activité.

Concurrence de la Chine et de l’Europe de l’Est

Pour la société Jenniver, les élus locaux mettent en cause la faible valorisation du tri du verre. Le maire du Tréport Laurent Jacques estime ainsi que "sur un flacon de parfum de luxe vendu autour de 120 euros, 3 à 5 euros seulement reviennent à l’industrie verrière dans ses différentes composantes, production du flacon, décor, tri…". Un point sur lequel le président de la Glass Vallée, interrogé, ne souhaite pas s’exprimer.

Pochet du Courval, installé depuis 400 ans dans la Vallée de la Bresle, tente de décarboner sa production de flacons en verre pour le luxe avec des fours électriques — Photo : Pochet du Courval

Dans le cas des deux sociétés du groupe Diverre, son dirigeant, Pascal Bandelier, déplore la baisse de la consommation des produits de luxe en Chine et aux États-Unis, ainsi que la forte concurrence des pays d’Europe de l’Est et de la Chine. Ceux-ci disposent d’une main-d’œuvre moins coûteuse, tout comme de réglementations et obligations de sécurité moins lourdes.

Risque de voir les verriers se fournir à l’étranger

Les entreprises de la Glass Vallée doivent aussi composer avec des problèmes récurrents de recrutement. "Les métiers de l’industrie n’ont pas toujours une bonne image. Nous essayons de la dépoussiérer", souligne Stéphane Franconville. Un enjeu crucial, selon le président de Diverre, face au "risque de voir les verriers français se fournir à l’étranger". Pour autant, le président de la Glass Vallée reste confiant quant à l’avenir des 85 salariés de Jenniver et de la vingtaine d’employés de Normov et B.M.V. qui ont perdu leur emploi dans la liquidation de leur entreprise. "Je ne suis pas inquiet pour ces salariés. Je suis convaincu que nous pouvons tous les reclasser", assure Stéphane Franconville.

La Glass Vallée forme pour 2026 "des vœux de résilience", selon les mots de son président. "La forte technicité du parfum me donne de l’espoir pour l’avenir", confie Stéphane Franconville, qui espère un rebond. L’activité dépend avant tout de ses principaux marchés à l’export. D’abord les États-Unis pour la parfumerie et la cosmétique, devant l’Europe, et l’Asie, particulièrement porteur pour la cosmétique.

Meca Glass Group réalise des moules pour l’industrie du verre, notamment pour le secteur de la parfumerie — Photo : Anne Soullez

"Nous n’arrivons pas à lire l’impact des taxes étasuniennes sur nos produits"

Un an après l’entrée en vigueur de nouvelles taxes à l’export de la part des États-Unis, la filière devrait y voir plus clair cette année. "Pour l’instant, nous n’arrivons pas à lire l’impact des taxes étasuniennes sur nos produits. Elles nous avantagent par rapport à nos concurrents chinois. Nous sommes taxés à hauteur de 15 % à 20 % contre 30 % à 50 % pour les produits chinois", pointe le président de la Glass Vallée. L’autre enjeu majeur pour 2026 reste la transmission, en formant des jeunes aux métiers du flaconnage en verre. Ils représentent l’avenir d’un savoir-faire français reconnu, qui a traversé les âges.

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