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Pour l’industrie du verre, la décarbonation est un "passage obligé"
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Pour l’industrie du verre, la décarbonation est un "passage obligé"

Face à l’impact carbone des fours tournant au gaz et aux prix volatils de cette énergie, l’industrie de la verrerie d’emballage fait face à d’importants investissements de décarbonation. Entre empreinte environnementale et demandes du secteur de l’emballage, la décarbonation est "un passage obligé".

L’industrie du verre représente 3 % des émissions de dioxyde de carbone de l’industrie en France — Photo : Anne Soullez

L’industrie du verre d’emballage fait face à d’importants investissements pour se décarboner. En Europe, 160 projets de décarbonation sont identifiés par la Fédération européenne du verre d’emballages selon son rapport sur la transition énergétique du secteur publié début mars.

Pas moins de 36 projets de décarbonation se situent en France, premier pays européen en nombre d’initiatives devant l’Allemagne (23 projets) et le Royaume-Uni (21 projets).

Atteindre la neutralité carbone

Le secteur s’est d’ailleurs engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 grâce à la transformation progressive des fours à gaz en fours hybrides ou électriques et à l’évolution des procédés de production. Pour y parvenir, il faudra investir 20 milliards d’euros sur les prochaines décennies.

2,7

Objectif : réduire les émissions de CO2 de l’ordre de 60 à 70 % alors que l’ensemble du secteur verrier émet 2,7 millions de tonnes chaque année, soit 3 % des émissions de l’industrie française. Un four de verrier consomme en moyenne 80 % de gaz et 20 % d’électricité.

La décarbonation est donc "un passage obligé" pour les verriers d’emballages, explique Jacques Bordat, président de la Fédération des industriels du verre. "Si nous voulons être présents sur le marché des emballages, nous allons devoir fournir des emballages décarbonés, c’est un chemin compliqué mais qu’il est indispensable de prendre", explique-t-il.

Trois gros investissements prévus en 2026

En 2026, trois importants investissements dans des fours hybrides seront concrétisés en France. En Auvergne-Rhône-Alpes, O-I Glass investit 60 millions d’euros dans son usine de Veauche et Verralia va consacrer la même somme dans son usine de Saint-Romain-le-Puy. L’entreprise avait déjà démarré un four 100 % électrique sur son site de Cognac en 2024. Dans les Hauts-de-France, Verescence consacre 25 millions d’euros pour un four hybride destiné à fabriquer des flacons.

15 ans

Par rapport à un four traditionnel, il faut doubler l’investissement nécessaire pour installer un équipement hybride ou électrique. Le secteur perçoit des aides financières mais "elles ne recouvrent pas la différence entre les deux investissements, elles permettent d’en limiter le coût", indique le président de la Fédération.

Un enjeu aussi technique

Les verriers ne doivent pas louper leur fenêtre de tir pour passer à l’hybride ou l’électrique. "Un four d’emballage ne s’arrête jamais et a une durée de vie de 15 ans, si on doit changer de technologie, il faut le faire au moment de la construction du four", précise Jacques Bordat.

La conception de ces fours est aussi "radicalement différente", poursuit-il. Il faudra donc apprendre à les faire fonctionner et à les piloter.

Un levier de souveraineté face aux crises internationales

Face à la récente hausse du prix du gaz avec la guerre au Moyen-Orient, le secteur suit la situation avec attention. D’autant plus qu’il a déjà connu une première crise en 2022 au début de la guerre en Ukraine.

"Le passage au four hybride c’est de la décarbonation mais c’est aussi utiliser de l’électricité produite en France. En électrifiant, le secteur gagne en indépendance et en souveraineté," estime Jacques Bordat. Un enjeu qui traverse tous les secteurs industriels alors qu’un plan national d’électrification des usages est attendu courant mai.

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