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La pêche bretonne trace la voie de l’hybridation navale avec le projet Hyba
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La pêche bretonne trace la voie de l’hybridation navale avec le projet Hyba

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Le projet Hyba, mené par le CRPMEM Bretagne avec l’armement Apak et Vectura System, franchit un cap majeur pour décarboner la filière pêche en France. Le chalutier Naoned, propriété de l’Apak, est validé comme démonstrateur industriel et devrait être équipé d’une solution d’hybridation de sa propulsion.

Le chalutier Naoned, propriété de l’armement Apak, a servi de démonstrateur industriel pour tester les scenarii possibles de motorisation des navires de pêche — Photo : Bertrand Tardiveau

Alors que le secteur de la pêche fait face à la nécessité urgente de réduire sa consommation d’énergies fossiles et son empreinte carbone, le projet Hyba (Hybride Bretagne Atlantique) avance à grands pas. Il a été lancé en 2023 sous l’impulsion du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Bretagne (CRPMEM Bretagne), l’armement lorientais Apak et la start-up nantaise Vectura System, experte en système d’hybridation, des systèmes qui permettent l'économie de carburants. Ce programme vise à rendre opérationnelle une solution, d’hybridation du moteur associé à des batteries, adaptable à la majorité de la flotte française.

Après une première phase d’études, le chalutier Naoned, appartenant à l’Apak, équipé de capteurs et instrumenté dans ses conditions réelles de pêche, a servi de démonstrateur. Les gains simulés sur plusieurs scénarios sont significatifs : réduction de la consommation de 22 à 25 %, + 5 % de gains supplémentaires avec l’optimisation du chalut de fond.

Pour Sébastien Berthebaud, responsable scientifique du projet, "le Naoned est représentatif des chalutiers bretons, si bien que le résultat de l’expérimentation est susceptible d’être exploité par d’autres navires". À la clé, une véritable opportunité de transfert technique sur tout le secteur.

Cap sur l’industrialisation du "retrofit"

Le Naoned (23 mètres, construit en 1999) sera entièrement converti en navire hybride fin 2026-début 2027. Une campagne d’essais en mer instrumentée validera l’efficacité du retrofit. Le budget de cette phase atteint 2,3 millions d’euros, ventilés ainsi : 1,3 million d’euros de R & D, 700 000 € de travaux, 300 000 € d’immobilisation du navire.

Eric Guygniec, président de l’Apak, souligne l’importance pragmatique du processus : "Si en 2026, on arrive à une baisse de la consommation de carburant de 10 ou 15 points, ce sera concluant. Les dépenses en gasoil c’est 30 à 40 % du chiffre d’affaires".

Un enjeu de rentabilité pour la filière

L’innovation centrale repose sur la digitalisation avancée du chantier naval à travers l’outil EcoBoatTwin : un jumeau numérique 3D des navires, au service de l’approche " Smart Yard ". Cette méthode vise la maîtrise des coûts, estimés à 40 % pour les composants et 60 % pour la transformation chantier. Selon les porteurs du projet : "L’objectif est de standardiser et industrialiser le retrofit hybride, en optimisant coûts, délais et qualité".

Quatre autres navires, répartis entre Manche et Méditerranée, bénéficient d’ores et déjà d’une modélisation numérique pour valider la reproductibilité industrielle du modèle hybride à l’échelle nationale.

L’éventuelle duplication est programmée fin 2027. Il s’agit de valider la pertinence et la reproductibilité du retrofit industriel du groupe motopropulseur hybride dans toute la filière pêche. La réussite du projet Hyba apparaît cruciale, tant pour l’équilibre économique des armements que pour la décarbonation du secteur. Le projet, conçu pour être transférable sans augmentation majeure de la jauge, répond ainsi à la demande d’une flotte plus sobre, compétitive et conforme aux enjeux climatiques actuels.

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