On aurait pu croire le fabricant de conduits de cheminées fortement impacté par le marché de la construction en berne ces dernières années et par les incertitudes de MaPrimeRénov. Sa croissance n’est pourtant qu’à peine ébranlée : 349 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2024-2025, soit -0,9 %, et 360 millions d’euros attendus sur l’exercice clos fin mars 2026. Le groupe Poujoulat le doit à une diversification de ses activités bien inspirée, notamment dans la rénovation énergétique il y a 10 ans, reléguant le neuf à environ 15 % du chiffre d’affaires, et dans le bois-énergie (43 % de l’activité, + 15 % par an). Il le doit aussi à une résilience qui a déjà fait ses preuves. Quand, il y a 51 ans, l’entreprise est passée des mains de son créateur à celle de la famille Coirier, encore aux commandes, elle frôlait le dépôt de bilan après le premier choc pétrolier.
"Les premières années après le rachat par mon père ont été très compliquées"
Quincaillerie puis tôlerie
L’aventure Poujoulat débute en 1950, quand Michel Poujoulat ouvre une quincaillerie à Niort (Deux-Sèvres). Il en fait rapidement une tôlerie pour maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication et ouvre une usine en périphérie de la ville, à Saint-Symphorien. C’est toujours le siège actuel du groupe. La société de consommation est alors en ébullition et l’usine fabrique des produits destinés au confort des foyers, notamment des caissons de machines à laver. L’entreprise inventera aussi un système de générateur d’air chaud au fioul. Mais le premier choc pétrolier en 1973 la plonge en grandes difficultés. Les commandes s’effondrent.
Au bord du gouffre après le choc pétrolier
En 1975, elle est au bord du gouffre lorsqu’Yves Coirier, le père de l’actuel PDG Frédéric Coirier, la reprend pour un euro symbolique. Il gérait jusqu’alors un cabinet de conseil. Sollicité par Poujoulat pour accompagner le développement de l’entreprise, il décide, par attachement à sa région d’origine et par confiance dans le savoir-faire des salariés, d’y investir toutes ses économies pour maintenir l’activité. "Les premières années ont été très compliquées", se souvient l’actuel dirigeant. Son père fait à l’époque un choix audacieux et salvateur ; il parie sur l’innovation en lançant dès 1976 la sortie de toit et le conduit isolé métallique.
Le choix visionnaire des conduits métalliques
Ces innovations remplacent les conduits maçonnés et s’avèrent particulièrement adaptées à la construction rapide de maisons individuelles qui se développe à l’époque. Au cours des années 80 puis 90, l’entreprise connaît une croissance fulgurante. Elle se développe à l’international et s’étoffe via plusieurs acquisitions en France et en Europe. Aujourd’hui, le groupe s’appuie sur des filiales dans neuf pays. D’une usine à Saint-Symphorien, le groupe compte désormais 21 sites dont huit usines métal, sept usines bois et de nombreux partenaires.
Introduction en Bourse pour financer la croissance externe
Pour assurer sa montée en puissance, Poujoulat s’est introduit en Bourse via la place de Nantes en 1988, puis a été cotée à Paris. " L’introduction en Bourse a permis de lever des capitaux pour financer de la croissance externe : racheter de petites sociétés à l’étranger afin de démarrer l’export — notamment en Belgique, aux Pays Bas et en Angleterre — et élargir la gamme de produits ", explique Frédéric Coirier. À la fin des années 90, Cheminées Poujoulat réalise alors 60 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 400 salariés, s’impose sur le marché européen du conduit de cheminée métallique, tant pour les maisons individuelles que pour le collectif puis l’industrie.
Cette stratégie d’investissement est toujours d’actualité. Sur les six dernières années, le groupe a consacré 150 millions d’euros à ses croissances d’activité, à l’augmentation de ses capacités et à la modernisation de ses sites. Il est aussi toujours alerte sur les acquisitions potentielles.
Équipement, combustible, entretien : la chaîne complète
La dernière acquisition en date a été celle du groupe Progalva Energies en 2025 (43 salariés, 8 M€ de CA), un fabricant français de solutions techniques pour la maintenance en génie climatique. Poujoulat y a vu l’opportunité d’élargir son offre, en accompagnant les installateurs de la pose à l’entretien. Dans cette même veine, Poujoulat avait créé en 2024 une filiale dédiée à la ventilation, Vitalome. Objectif : répondre aux exigences de qualité de l’air et d’entretien des réseaux dans des maisons toujours plus isolées et étanches.
100 millions d’euros investis en dix ans
Mais sa diversification la plus stratégique a été sans conteste celle du combustible bois, à partir de 2007-2008. L’entreprise mesure le retard du secteur face aux équipements de chauffage modernes et se lance dans la commercialisation et la production de granulés, bûches et bois d’allumage. Un virage industriel majeur, financé par près de 100 millions d’euros en dix ans. Aujourd’hui, 26 usines maillent le territoire français pour alimenter les deux marques Woodstock et Crépito. Cette activité pèse désormais près de la moitié de l’activité du groupe qui se présente comme le leader français des biocombustibles (bûches, granulés, allume-feu) à usage domestique.
30 recrutements prévus en 2026
L’entreprise, qui emploie 1 850 salariés dont une cinquantaine d’apprentis, prévoit environ 30 embauches en 2026, dont une part importante dans le bois-énergie. En parallèle, la modernisation des ateliers — ergonomie, mécanisation, robotisation — élargit les profils pouvant accéder aux métiers industriels.
Si le contexte du bâtiment reste fragile, Poujoulat se prépare à l’avenir avec une stratégie claire : accélérer la rénovation énergétique, renforcer l’international et développer les services.