Vous avez quitté la présidence de Mon Courtier Énergie, une société bordelaise de courtage en énergie pour les entreprises que vous avez fondée il y a neuf ans. Qu’est-ce qui vous a décidé ?
Je pense qu’il y a des profils de dirigeants qui conviennent à certains stades d’évolution des entreprises. Je fais partie de ceux qui aiment les débuts, quand c’est très dynamique. Aujourd’hui, la structure de Mon Courtier Énergie est déjà bien imposée sur le marché, ce n’est plus la même dynamique, cela m’intéresse moins. Si je devais dater le début de mes réflexions c’est probablement 2023 avec l’entrée en Bourse qui était une belle étape professionnelle et personnelle et qui marque un bon niveau de maturité de l’entreprise.
"Je retrouve une liberté de ton et d’action pour monter autre chose"
Le choix de quitter la présidence est aussi une condition pour lancer d’autres projets. J’aime monter des boîtes. Quand on est coté en Bourse, même si un président n’a qu’un rôle de représentation, c’est plus compliqué de lancer un autre projet. Je retrouve ainsi une liberté de ton et d’action, et un peu de temps aussi. L’entrepreneuriat, a fortiori pour une entreprise de la taille de celle de Mon Courtier Énergie aujourd’hui (250 personnes, 28 M€ de CA 2025, NDLR), est très prenant en temps effectif et mental.
Y songiez-vous depuis longtemps ?
C’est un projet qui date. Il y avait déjà eu une première tentative en 2024 avec la nomination d’un directeur général en interne. Je n’ai plus été "que" président pendant environ un an. Cela n’a pas été concluant. Pour la deuxième tentative je voulais quelqu’un d’extérieur au secteur de l’énergie et qui impulse une nouvelle vision, avec un historique de grand groupe. C’est le cas d’Hugo (Larricq, recruté en tant de directeur général en septembre 2025, NDLR), qui vient de Cdiscount. Je pense qu’il faut une rupture dans la méthode pour imaginer des choses nouvelles et pour que ce soit plus simple pour moi, pour les associés historiques et pour les équipes.
Comment ont réagi les équipes ?
Elles s’y attendaient depuis la première tentative, mais on les prépare. On explique que l’entreprise est dans une nouvelle phase, que diriger une société comme Mon Courtier Énergie demande de l’énergie… Hugo (Larricq, NDLR) a su se faire apprécier des équipes. Il faut aussi bien sponsoriser son successeur, être présent tout en lui laissant un champ de liberté.
Aviez-vous un plan méthodique avec des conditions pour votre départ ?
Dès le recrutement du premier directeur général, l’idée était de préparer ma succession. Cette fois, avec Hugo je tablais sur un an. Neuf mois auront suffit.
"Es-tu la meilleure personne pour gérer l’entreprise les prochaines années ? Si tu peux trouver mieux, fais-le"
Comment ont réagi vos paires, les autres dirigeants ?
J’ai reçu plusieurs coups de fil. Ils sont curieux de ce que je vais faire de ma vie (je n’ai que 41 ans). Finalement, beaucoup de dirigeants fondateurs se demandent comment sortir de leur entreprise ; ils sont inquiets de savoir s’ils vont réussir à lâcher le "bébé". Selon moi, tout tient en deux questions : qu’est-ce que tu as envie de faire de ta vie les prochaines années ? Et es-tu la meilleure personne pour gérer l’entreprise les prochaines années ? Si tu peux trouver mieux, fais-le. La remise en question est moins évidente quand on a connu la réussite, mais une entreprise est un collectif, c’est la responsabilité des équipes, elle ne nous appartient plus. Au vu de mon énergie et de ce que j’avais déjà fait, je ne suis plus la meilleure personne pour Mon Courtier Énergie.
En tant qu’administrateur, quel pouvoir conservez-vous ? Et au capital ?
Je conserve mes parts au capital, qui sont d’environ 18 % depuis l’entrée en Bourse. En tant qu’administrateur, je siège au conseil d’administration et prend part aux décisions mais en tant que président je n’avais déjà plus qu’un rôle de représentation. Dans les faits, j’ai un peu accompagné mon successeur dans l’opérationnel au début. Mon Courtier Énergie a été construit avec les deux fonctions unifiées (directeur général et président) et c’est comme cela que l’entreprise doit fonctionner.
Quels sont désormais vos projets et à quelle échéance ?
Rien n’est communicable pour l’instant, je laisse passer les vacances d’été. Je ne prendrai pas de longues vacances, j’ai peur de m’ennuyer !